Foi, doute, certitude

Nous vivons dans une société dans laquelle les convictions religieuses sont regardées avec suspicion. Passe encore que l’on puisse se référer aux « valeurs chrétiennes ». Mais croire ? Vraiment ? Dire : « Dieu a parlé. Il ne peut ni se tromper ni nous tromper. »

L’idée s’est répandue que la foi serait plus crédible quand elle est mélangée de doute. On dit : « Croire, c’est douter. » De fait, saint Paul expliquait : « Nous cheminons par la foi, non par la vue » (2 Co 5,7). Le doute précède la foi, souvent. Mais la foi n’est pas le doute. Elle est son contraire : le doute surmonté.

Quand des témoins sont fiables, il est logique de croire ce qu’ils disent. Je n’ai jamais été témoin d’un miracle, mais mon propre père, brancardier à Lourdes, a vu une guérison soudaine se produire à un mètre de lui, au moment où le prêtre élevait l’ostensoir pour bénir une personne grabataire. Puis-je avoir le moindre doute sur l’existence de tels faits ? Non.

On prétend que ceux qui ne veulent pas admettre que, eux aussi, ils ont de sérieux doutes ne seraient que des inté­gristes. Parler de certitude, ce serait être sur le chemin du fanatisme. Ce n’est pas ce que je constate ni ce que l’Église enseigne. Je viens de consulter Youcat, ce catéchisme pour les jeunes que Benoît XVI a fait distribuer aux JMJ de Madrid. J’y lis ceci : « Cette foi est beaucoup plus qu’un savoir, elle est une certitude » (Youcat, n° 21, voir aussi Catéchisme de l’Église Catholique, n° 157).

La foi n’est pas une « posture ». Elle n’est pas une façon de prendre la vie en « faisant comme si ». Elle est cette intime conviction qui naît et grandit à la vue des signes que Dieu donne. Souvent, on la vit d’abord comme une simple opinion. Croire ou ne pas croire : la question ne s’est pas encore posée. Puis vient le jour – après avoir réfléchi, prié, douté, cherché, débattu, étudié et que sais-je encore – où l’on prend la liberté de mettre sa confiance en Dieu : le Dieu vivant et vrai (1 Th 1,9).

Est-on sûr que le doute ne reviendra pas ? En fait, non. La foi n’est jamais un acquis que rien ne menacerait. Elle dépérit si elle ne devient pas « foi vécue ». Elle peut connaître des épreuves aussi violentes que soudaines. Elle est un bouclier (Ep 6), pas une forteresse. Nous avons à veiller sur elle.

Père Jean-Loup Lacroix

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