1642 : Olier à Saint-Sulpice

Nous fêtons aujourd’hui le patron de notre paroisse, saint Sulpice, évêque de Bourges, au 7e siècle. Nous célébrons aussi Jean-Jacques Olier, curé ici-même, un millénaire plus tard, au 17e siècle.

Sulpice et Olier furent l’un et l’autre des pasteurs, à l’image de Jésus le Bon Pasteur. Ils le furent de manière exemplaire parce qu’ils prirent au sérieux la mission qu’ils avaient reçue. Ils ont en commun d’avoir été disponibles à l’appel de Dieu, à leur vocation.

Saint Sulpice avait été évêque à l’époque des rois mérovingiens. Être évêque aurait pu n’être pour lui que la garantie d’une vie tranquille. Mais non. On lui avait confié la population d’un vaste diocèse assez misérable. Il l’a parcouru en tous sens. Partout, il donnait l’exemple de la charité et de la prière. Il y a gagné deux surnoms : saint Sulpice le Bon et saint Sulpice le Pieux.

Olier était lui aussi le fils d’une famille influente. Sa voie semblait toute tracée. On pouvait prévoir qu’il deviendrait très rapidement l’évêque d’un grand et beau diocèse.

Les choses ne se passèrent pas ainsi.

Avant même son ordination, il comprit qu’il ne pouvait pas se contenter de mener la vie confortable d’un jeune ecclésiastique fortuné.

Un peu plus tard, il fit un pèlerinage au sanctuaire marial de Lorette, en Italie. Il y fut guéri d’une maladie des yeux. Il y vécut surtout une expérience spirituelle qui vint le délivrer du souci excessif qu’il avait de lui-même, de sa « superbe » comme il l’écrivait, autrement dit de son orgueil.

De retour à Paris, il étonne et il choque sa famille en réunissant des pauvres gens pour leur apporter du secours et leur enseigner la religion. Avec plusieurs compagnons, il prêche ensuite des « missions » en Auvergne, dans le pays nantais, ou encore à Chartres.

En 1641, ses compagnons et lui acquièrent une maison du village de Vaugirard près de Paris. Leur idée est d’accueillir de futurs prêtres pour les préparer à l’ordination. Faire quelques études en Sorbonne, comme on le faisait dans le meilleur des cas, cela n’était pas suffisant.

L’idée semble bonne, mais Olier hésite. Est-ce que leur projet est bien celui de Dieu ? Il va faire une retraite dans le sanctuaire marial d’Aubervilliers, pour y chercher la lumière. Il y reste le temps qu’il faut, plus d’une semaine, pour que celle-ci se fasse enfin.

Début 1642, il y a donc exactement 375 ans, les premiers « séminaristes » sont donc accueillis dans la communauté de Vaugirard.

Dans les mois qui suivent, Olier va cependant changer une partie de ses projets. On lui propose de devenir curé d’une paroisse dont la population était en forte croissance, mais qui n’avait alors aucun prestige : Saint-Sulpice.

Il se persuade assez vite qu’il y a là un appel de Dieu. Il accepte. Début août, ses compagnons et lui, avec la communauté des séminaristes, s’installent au presbytère de la paroisse. Le 15 août, ils participent tous ensemble, sous la conduite du jeune curé, à la grand-messe et à la procession dans le quartier.

Olier avait alors 33 ans. C’était le début d’une longue histoire. Tout au long de cette année 2017, nous vous proposons d’en faire mémoire.

Olier fut un homme d’action parce qu’il fut d’abord un homme de prière. Il est connu comme le fondateur de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, mais avant tout comme un maître spirituel, et comme un pasteur : le curé Olier.

Aujourd’hui, je voudrais surtout retenir de lui la façon dont il s’est laissé conduire. Malgré ses limites, il se sentait appelé à faire de grandes choses, mais il fallait qu’elles soient bien celles que Dieu voulait. Alors, il prenait conseil ; il lisait inlassablement l’Écriture Sainte ; il faisait oraison pour que Jésus devienne son modèle en tout, pour que ce qui était la vie intérieure du Christ et de Marie, devienne sa propre vie et la source de son action ; il priait beaucoup l’Esprit Saint et il apprenait à reconnaître ce que celui-ci suscitait en lui.

Nous avons à prendre le même chemin que lui. Pour être fidèles à son exemple, nous avons très particulièrement à demander au Saint-Esprit de nous conduire. Pour que sa force se manifeste, en dépit notre faiblesse.