Décès du Père Henri d’Antin

Mardi, il était à Issy pour une célébration. Mercredi matin, on l’a trouvé mort. On le sentait fatigué. On ne prévoyait pas une issue si rapide.

« Très bien, serviteur bon et fidèle ; entre dans la joie de ton seigneur ». Cette conclusion de la parabole des talents (Mt 25,21) nous est immédiatement venue à l’esprit. Le Concile a enseigné que c’est « l’exercice loyal, inlassable de leurs fonctions dans l’esprit du Christ qui est pour les prêtres le moyen d’arriver à la sainteté. » Henri d’Antin a suivi ce chemin. Le voici au but.

Entre 1964 et 2013, il aura été en paroisse pendant un total de 49 ans (Saint-Etienne d’Issy, Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus de Boulogne, Saint-Jean de Neuilly et enfin Saint-Sulpice). Se précipiter à l’église parce qu’il manque un prêtre pour confesser, recevoir une famille en deuil, des parents pour un baptême ou encore une personne qui sollicite une aide matérielle : tout cela faisait sa vie, avec un parfait naturel, comme s’il lui était facile de se dépenser sans compter.

Ce que l’on sait moins, c’est qu’il fut un praticien du droit de l’Église. De 1990 à 2003, il fut l’Official Régional de Versailles, ce qui signifie qu’il présidait la juridiction devant laquelle toutes les causes se jugeaient alors en 2nde instance.

Ce que l’on sait moins encore, c’est que sa thèse de doctorat en droit canonique portait sur l’histoire des Constitutions de la Compagnie des Prêtres de Saint-Sulpice. Lui-même n’en parlait jamais, mais on vient de la redécouvrir et d’en mesurer le grand intérêt.

Les souvenirs que je conserve de lui sont bien résumés par deux photos. Sur l’une, il est occupé à nous projeter les diapositives du séjour qu’il venait d’effectuer à Berlin. En l’écoutant, j’étais frappé par son enthousiasme juvénile, mais surtout par sa merveilleuse culture. 70 ans plus tôt, quand il était lycéen à Montaigne, la langue allemande était à l’honneur. Malgré le malheur du temps, on savait expliquer que l’Allemagne restait le pays de l’Aufklärung et de Goethe, de tant de penseurs et d’artistes. Il n’avait pas oublié.

Autre souvenir : il est à genoux devant le Saint-Sacrement, comme tous les jours ou à peu près. Malgré l’inconfort d’un vieux prie-Dieu, en vrai disciple d’Olier, il préside l’adoration.

Il lui arrivait de faire des remontrances à ses curés. Je n’ai pas oublié celle-ci : « Le Père Le Sourd était un excellent curé et il arrivait toujours à l’heure à table, lui ! »

Père Jean-Loup Lacroix

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