Adieu, Père d’Antin

Messe des obsèques : église Saint-Sulpice, 6 février 2017

  • Première lecture : 1 Corinthiens 15,1-5.11
  • Évangile : Jean 12,24-28

Homélie du Père Jean-Loup Lacroix :

Il avait une très bonne nature. Il n’était pas timide, pas inhibé. Son amabilité n’était pas seulement le fruit de sa bonne éducation.

S’il vous accueillait chaleureusement, ce n’était pas parce qu’il avait pris sur lui. Cela venait de sa bonne santé ! Il pouvait s’indigner. Cela lui arrivait assez souvent. C’était alors sincère : il ne plaisantait pas.

Il était très français, très parisien, avec cet esprit vif, son allure juvénile, sa façon d’aller vite. Mais il n’avait pas cet esprit moqueur, qui vous pousse à être méchant plutôt qu’à rater un bon mot. Il faut dire qu’il n’avait rien à prouver. Il avait grandi entre la rue de Rennes, l’église Saint-Sulpice et le lycée Montaigne. Le nom qu’il portait et les nombreux amis qu’il avait le dispensaient du souci de se mettre en avant. Les snobs sont ceux qui cherchent à se donner une importance qu’ils n’ont pas. Il était tout le contraire, la simplicité même : « un enfant d’une heureuse nature » comme dit le livre de la Sagesse.

Il possédait si peu certains défauts qu’il était incapable de les comprendre. Pour s’amuser d’une tricherie, il faut être soi-même un peu filou. Henri ne l’était pas du tout.

Saint Paul écrit : « Je vous ai transmis ce que j’ai moi-même reçu. » Il en était ainsi du Père d’Antin. Il avait reçu la foi. Il la vivait. Il la transmettait. Sa foi n’était pas faite d’un mélange de croyance et de doute. Elle était entière et sans réserve. Comme prêtre, il savait cependant qu’il devait accueillir les gens tels qu’ils sont, sans s’étonner de les voir souvent très loin d’une foi approfondie. Il savait surtout qu’il devait les aider à avancer.

Il a été prêtre en paroisse pendant un total de 49 ans. Il ne s’adressait pas à une petite élite mais au tout-venant des chrétiens. Pas seulement des chrétiens, à vrai dire. Je me souviens de la façon dont il avait su organiser une prière à l’église pour une personne qu’il connaissait, très attirée par le christianisme, mais sans avoir jamais pu être baptisée. Il fallait un peu d’audace pour ne pas se contenter d’aller prier au domicile familial. Il avait su se mettre d’accord avec les proches, avec tact.

Il savait une chose, c’est qu’il n’y a pas de vie chrétienne sans générosité, sans offrande de sa vie. Nous devons être, comme Jésus, ce grain de blé semé en terre, dont le sacrifice peut sembler vain, mais qui, pour finir, porte beaucoup de fruit.

Il n’y a pas de vie chrétienne, et donc pas de vie sacerdotale, qui puisse être féconde sans ce détachement de soi-même que le Christ enseignait et dont il nous a donné l’exemple. Les prêtres ont à vivre cela très concrètement en se donnant à leur ministère. Le concile Vatican II explique que c’est « l’exercice inlassable de leur ministère » qui est pour eux le chemin de la sainteté. Le Père d’Antin était inlassable. Il se laissa conduire à la maison de retraite, parce qu’il le fallait bien, mais cela ne lui allait pas.

Sa belle santé ne faisait pas de lui un homme insensible. Beaucoup de choses pouvaient l’attrister, mais il savait que l’on doit suivre Jésus même aux heures les plus sombres.

Il avait obtenu de Dieu ce cœur simple « qui ne savoure pas les tristesses »[1].

Il restera pour nous un modèle.

[1] Allusion à la prière du Père Léonce de Grandmaison (1868-1927). Le Père d’Antin la connaissait sans aucun doute et elle l’aura inspiré : « Sainte Marie Mère de Dieu gardez-moi un cœur d’enfant pur et transparent comme une source. Obtenez-moi un cœur simple qui ne savoure pas les tristesses. Un cœur magnifique à se donner, tendre à la compassion. Un cœur fidèle et généreux qui n’oublie aucun bien et ne tienne rancune d’aucun mal. Faites-moi un cœur doux et humble aimant sans demander de retour, joyeux de s’effacer dans un autre cœur devant votre divin Fils. »

 

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