« Post-vérité » ?

J’essaye de comprendre ce qui se passe. On nous propose des explications. L’une d’entre elles tient en un mot : « post-vérité ». Ce néologisme serait le mot de l’année 2016. De fait, on le trouve partout.

La désinvolture à l’égard de la vérité serait une caractéristique majeure du monde d’aujourd’hui. La faute en incomberait aux réseaux sociaux. Ceux-ci vous mettent en lien avec des gens qui pensent déjà comme vous. Si vous pensez que le réchauffement climatique n’est qu’une légende, vous trouvez sans peine des millions de gens qui partagent cette idée.

Comme chrétiens, nous ne pourrons jamais faire nôtre cette perspective. Nous avons en tête les paroles du Christ. Il est devant Pilate. Celui-ci lui demande qui il est. Réponse de Jésus : « Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. »

Réponse de Pilate, formulée comme une question : « Qu’est-ce que la vérité ? » Le dialogue tourne court.

L’idée de vérité peut faire peur. On peut y voir la source de toutes les intolérances. De fait, elle porte en elle l’idée d’un absolu. Jésus disait : « Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais » (Mt 5,36).

Beaucoup n’admettent pas cela. Ils vous expliquent que tout est toujours plus compliqué qu’on ne croit. Quiconque est catégorique serait dangereux. Tout serait relatif…

À force de critiquer toute prétention à la vérité, on en arrive à des absurdités. Beaucoup de scientifiques le comprennent. J’aimerais qu’ils réalisent aussi que, sur ce point comme sur les autres, nous sommes leurs alliés, pas leurs adversaires.

Cette prise de conscience reste à faire. La semaine dernière un magazine consacré aux questions industrielles m’est tombé entre les mains. La question de la post-vérité faisait la une !

Je vous cite ce que l’on trouvait en pages intérieures : « Nous sommes dans l’ère de la post-vérité. La bataille entre connaissances et croyances ne fait que commencer. » Croyances d’un côté, connaissances de l’autre. Ce simplisme est consternant.

Quelques jours plus tôt, j’avais découvert un livre récemment paru. Original, profond, assez déroutant, mais nettement plus convaincant que mon magazine. Son titre : « L’athéisme va-t-il mourir ? »

Il est possible que les réseaux sociaux mettent en péril notre rapport à la vérité. Mon avis est que le vrai problème, c’est quand même l’athéisme. Bonne nouvelle : on va peut-être en sortir.

Jésus ou bien Pilate. Rendre témoignage à la vérité, ou bien se réfugier dans le doute. Doit-on choisir ? Oui. Certainement.

Père Jean-Loup Lacroix

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