Arrière, Satan !

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. » Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.
– Acclamons la Parole de Dieu.

Voici que nous commençons le Carême.
Nous en avions besoin.

Je crois même que c’était urgent.

Urgent parce que le climat n’est pas bon, parce que nous nous demandons de quoi demain sera fait. Il y a beaucoup de colère aujourd’hui, dans notre société. Il y a des jeunes qui sont sans espoir. Il y a trop de haine. Il y a trop peu de respect. Il y a trop de mensonge.

On peut aborder une situation comme celle-ci en se durcissant. Mais le risque est alors de se tromper de combat. Si on renonce à être bienveillant et raisonnable, accueillant, juste, le combat que l’on mène n’est pas le bon. Pour traverser des temps difficiles nous avons besoin de force, mais cette force doit être une force d’âme, une force spirituelle. Jésus disait : « Que sert à l’homme de gagner le monde entier s’il vient à perdre son âme. » Un poète latin, Juvénal, aura un peu plus tard une formule du même genre : « Pour vivre, perdre ses raisons de vivre ». Il expliquait que rien n’est pire que cela. Nous avons besoin de sérénité, de confiance, de solidité. Mais où les trouver ?

Réponse : dans la parole de Dieu.

Jésus était parti au désert. En Terre Sainte, le désert n’est jamais loin. Il y a le désert de Judée, qui commence aux portes de Jérusalem. Il y a le désert du Sinaï, plus au sud, en allant vers la Mer Rouge et vers l’Égypte.

Au temps de Moïse, le peuple d’Israël avait longtemps vécu dans ce désert : 40 ans. Il y avait rencontré Dieu. Il y avait aussi rencontré la faim. Pour qu’il n’y meure pas de faim et de soif, il avait fallu plusieurs miracles : celui de l’eau qui avait jailli du rocher, celui de la manne, cette nourriture tombée du ciel, celui des cailles. Au désert, Israël avait également rencontré la tentation, et il y avait succombé.

Tentation du veau d’or : l’idole d’un jeune taureau en fait, qui résumait à lui seul tous les cultes du paganisme. Tentation du manque de foi et du désespoir, quand le peuple avait voulu faire demi-tour, au lieu de marcher vers la Terre promise.

Jésus était donc parti, au Désert. Saint Matthieu écrit : « Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. » Nous comprenons que le combat va être un combat spirituel : d’un côté l’Esprit Saint, qui conduit Jésus, de l’autre l’esprit du mal, le diable, que Jésus va trouver sur sa route.

Et le combat se produit. Jésus a longtemps jeûné. Physiquement, il est affaibli. En face de lui, le diable, qui est habile, qui sait qu’il doit dissimuler ses pièges. Ce qu’il propose doit sembler bien. Il propose un nouveau miracle, comme au temps de Moïse, pour changer les pierres en pain. Il propose que Jésus aille à Jérusalem, sans perdre de temps, pour y faire une démonstration spectaculaire. Jésus ferait le geste d’un suicide. Pour finir, au lieu de mourir, il aurait prouvé que Dieu le protège. Le diable va plus loin. Il propose de remettre à Jésus le pouvoir qu’il exerce dans le monde entier. N’est-ce pas une bonne idée ? D’un seul coup, tout ce qui est sous son emprise serait repris par Jésus. Il faudrait seulement que Jésus lui rendre hommage, qu’il se prosterne devant lui, comme on le faisait en ce temps devant les rois et les empereurs.

À chaque fois, Jésus refuse la fausse bonne idée que lui propose le tentateur. Il est important de remarquer qu’il ne se contente pas de dire non. Il donne ses raisons. Il exprime ce qui l’habite, ce qui le motive, et donc aussi ce qui le protège, ce qui va le rendre victorieux.

Quand Jésus fera à ses disciples la confidence de ce qui avait été son épreuve spirituelle, il leur expliquera aussi quelles avaient été ses armes dans le combat.

Ce qui l’habitait au plus profond, ce qui faisait sa vie, son être même, comme on finira par le comprendre, c’était la Parole de Dieu.

Cette parole avait jadis été donnée à Moïse. On la trouvait dans les cinq livres de la Loi de Dieu, dans les écrits des prophètes et des sages, dans le livre des Psaumes.

Le diable essaie d’en faire usage lui aussi, mais cela ne pouvait pas marcher. De faux prophètes peuvent trafiquer la parole de Dieu et se trouver des disciples. Il en existe aujourd’hui. Mais Jésus, quant à lui, même fatigué par le jeûne et la faim, ne pouvait pas être abusé. Absolument pas.

Son secret, ou plutôt son mystère, c’était la Parole elle-même. Il était le Verbe de Dieu. Avant de prendre chair dans le sein de la Vierge Marie, c’était lui qui avait parlé à Abraham, à Moïse, à Daniel, à Elie et à tous les autres.

Contre lui, le diable n’avait aucune chance de l’emporter. Jésus n’entrerait pas dans son jeu. Il ne se ferait pas son allié, aussi peu que ce soit.

Le tentateur a-t-il plus de pouvoir contre nous ? Hélas, oui. Il a le pouvoir que nous lui donnons, quand nous sommes hésitants, incertains dans nos choix, quand nous avons le cœur partagé.

Nous cédons parfois à des tentations très grossières. Il nous arrive aussi de céder à des tentations plus subtiles, quand nous prétendons bien faire, sans être de bonne foi, car nous nous trompons nous-mêmes par de fausses bonnes raisons. On trouve toujours des raisons pour choisir un mauvais chemin.

Qu’est-ce qui peut nous rendre forts dans le combat spirituel ? C’est ce que Dieu nous donne. Sa Parole d’abord, mais aussi la capacité de la reconnaître, de la discerner. Il ne suffit pas de citer la Bible. Le diable le fait aussi. Il faut la comprendre comme il faut.

Ce dimanche, et tout au long du Carême, nous allons entourer de notre prière nos catéchumènes, les futurs baptisés de Pâques. Le Carême va être pour eux comme une préparation au combat. Ils en reçoivent aujourd’hui les armes : le Credo, le Notre Père. Les deux prières sont comme des concentrés de la Parole de Dieu. Le Credo est un résumé de l’Histoire Sainte. Le Notre Père reprend les mots mêmes que Jésus a enseignés et qui résument toute la prière. Toute sa prière.

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