Lumière du Christ

Joyeuse lumière de la sainte gloire du Père immortel,
céleste, saint, et bienheureux, ô Jésus Christ.
Parvenus au coucher du soleil,
voyant la lumière du soir,
nous chantons Dieu ; Père, Fils et Saint-Esprit.
Il est digne dans tous les temps
de te célébrer avec des voix saintes,
ô Fils de Dieu qui donne la vie,
aussi le monde te glorifie.

Un instant auparavant, il avait son visage de tous les jours. Un instant après, il l’aurait repris. Entre les deux, dans ce bref intervalle, leurs yeux s’étaient ouverts.

Nous disons « transfiguration ». Le mot employé par les évangiles pourrait se traduire par « métamorphose », mais une métamorphose est une transformation qui rend méconnaissable. Ce n’était pas le cas, bien au contraire.

Les dieux imaginés par les païens se déguisaient. L’humble humanité du Christ n’était pas un déguisement. Il s’était très réellement fait homme, et pour toujours. Mais sa gloire restait voilée. Ce jour-là, un court instant, elle avait pu être vue. Nous pas derrière lui, ni se projetant sur lui, mais bien sur son visage, sur sa Sainte Face.

La transfiguration ce n’est pas Jésus qui aurait été illuminé par une lumière extérieure venant d’on ne sait où, comme dans une mise en scène. Il montrait la lumière qu’il portait en lui, sa propre lumière.

Nous nous demandons de quoi demain sera fait. À certaines heures, les ténèbres semblent l’emporter. Si nous ressentons les choses ainsi, il me semble que ce dimanche de la Transfiguration vient à son heure.

Vous connaissez sans doute cette hymne liturgique extrêmement ancienne qui se chante à la tombée de la nuit. Elle commence par ces mots : « Joyeuse lumière ».

Je repense aux chrétiens des tout premiers siècles. Dans le fameux rapport envoyé par Pline le Jeune à l’empereur Trajan, il est expliqué : « Ils ont l’habitude de se réunir à jour fixe, avant le lever du soleil et de chanter tour à tour une hymne à Christ comme à un Dieu. »

Pline ne comprenait pas bien. Pourtant ses indicateurs disaient vrai. Les chrétiens de ce temps risquaient prison et supplice pour la simple joie de chanter leurs hymnes au Christ[1]. Pour eux, il était « la vraie lumière » (Jean 1,9).

En méditant la transfiguration, je crois les comprendre. Nous n’étions pas sur la montagne avec les trois apôtres, mais le souvenir de ce qu’ils ont alors vécu réveille en nous une même joie.

Nous avions le cœur lourd, comme enténébré. Le voici qui tressaille !

Père Jean-Loup Lacroix

[1] François Cassingena-Trévedy commente ainsi : « Il est tout à fait remarquable que, désigné par le terme carmen, lui-même assorti d’une longue histoire dans la religion traditionnelle de Rome, le chant des hymnes, en tant qu’exercice ecclésial, apparaisse comme un marqueur, comme un identifiant de la nouvelle confrérie qui commence à inquiéter l’empire » (Premiers écrits chrétiens, bibliothèque de la Pléiade, Paris 2016, p. 1463).

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