Urgence Carême

Ce mercredi matin, nous préparions le rite des Cendres et l’entrée en carême. Je ressentais un sentiment d’urgence.

Je pensais à l’actualité. Comme chrétiens, quand les incerti-tudes sont grandes, nous voudrions donner l’exemple de la sé-rénité. Mais notre foi ne nous protège ni des inquiétudes, ni même de la colère.

Comment garder l’espoir ? Comment être des serviteurs de la paix ? Ne pas renoncer à la fraternité ?

Le carême est urgent parce que nous en avons besoin pour retrouver la paix de l’âme, sans laquelle nous ne ferons rien de bon.

On trouve dans les kiosques des magazines qui prétendent enseigner comment survivre. Titres aperçus sur une première page : « Comment protéger sa famille » et « Comment se dé-placer en terrain hostile ». La nouvelle mode est de se prépa-rer à l’apocalypse. On s’y prend bien mal.

Le « kit de survie » dont nous avons besoin, c’est un re-nouveau intérieur. Jérémie disait « un cœur nouveau ».

Le carême est très précisément fait pour cela.

Je repense au curé Olier. En 1645, trois ans après son arri-vée à Saint-Sulpice, il s’était fait beaucoup d’ennemis. Il avait contre lui la coalition de ceux qui ne veulent jamais rien changer. On l’a alors attaqué très violemment. Il y eut une vé-ritable émeute. Il fut molesté.

Les avanies qu’il a subies alors auraient pu le détruire. Il n’en fut rien. Il n’avait pas toujours été un homme très sûr de lui, mais il était progressivement devenu un homme à la très profonde vie spirituelle. Il avait su imiter saint Paul : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20).

Son secret se résumait dans une prière : « Ô Jésus, vivant en Marie, venez en moi. »

Cela me fait penser au pape François. On déforme ses pro-pos. On publie des livres contre lui. On le présente comme un naïf. Un grand nombre de ses collaborateurs mettent la plus grande mauvaise volonté à faire ce qu’il demande. Il reste bienveillant et déterminé. Il n’a pas perdu son sourire.

Mercredi, La Croix titrait : « Un Carême très politique ». Oui, c’est inévitable, mais j’oserai dire que nous avons sur-tout besoin d’un carême « mystique ». Cela signifie : un ca-rême pour entrer plus profondément dans le « mystère » du Christ.

Dans son amour : divin, invincible.

Dans sa liberté. Dans sa confiance.

Comme saint Paul. Comme Olier. Comme François.

L’urgence première est là.

Père Jean-Loup Lacroix

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