Lazare

Dimanche 02 Avril, 5ème dimanche du temps de carême : Ezéchiel : 37, 12-14 ; Romains : 8, 8-11 ; Jean : 11, 1-45.

… On enleva donc la pierre.
Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit :
« Père, je te rends grâce
parce que tu m’as exaucé.
Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ;
mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure,
afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. »
Après cela, il cria d’une voix forte :
« Lazare, viens dehors ! »
Et le mort sortit,
les pieds et les mains liés par des bandelettes,
le visage enveloppé d’un suaire.
Jésus leur dit :
« Déliez-le, et laissez-le aller. »
Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie
et avaient donc vu ce que Jésus avait fait,
crurent en lui.
– Acclamons la Parole de Dieu.

Frères et Sœurs,

Après la catéchèse baptismale de l’eau avec l’Evangile de la rencontre de Jésus avec la femme samaritaine au bord du puits de Jacob, après la catéchèse de la lumière avec l’Evangile de la guérison de l’aveugle de naissance, l’Eglise célèbre en ce 5ème dimanche du temps de carême, le dernier scrutin des catéchumènes avec le récit de la résurrection de Lazare dont le thème principal est la victoire de la vie sur la mort.

Durant ces trois derniers dimanches, le Christ s’est révélé aux catéchumènes, mais à nous aussi à travers les Evangiles successifs tirés de Saint Jean, comme celui qui est la source d’eau vive jaillissante pour la vie éternelle, comme celui qui est la lumière du monde et aujourd’hui comme celui qui est la résurrection et la vie.

L’espérance du triomphe sur la mort est d’abord évoquée par la première lecture tirée du livre d’Ezéchiel. En l’an 586, Jérusalem était tombée aux mains des Babyloniens qui avaient déporté une bonne partie de la population. C’était un temps de désolation et de consternation.  Pourtant au moment où tout semblait désespéré, le prophète annonce que le Seigneur fera revivre les ossements desséchés en ramenant les captifs de l’exil. L’Esprit de Dieu fera jaillir du tombeau une humanité nouvelle. « Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, Ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Vous saurez que je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, Ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous donnerai le repos sur votre terre. »

C’est une telle espérance que réalise le baptême. Dans le même sens, Saint Paul, nous rappelle dans la deuxième lecture que tout baptisé est habité par l’esprit du Seigneur qui est source de vie. Grâce à cet esprit, dit-il, nous sommes vainqueurs de la mort physique, du moment qu’elle ne peut pas nous séparer de Dieu. « Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes. »

Quant à l’Evangile, il nous relate la résurrection de Lazare dans une narration émouvante, pleine de douleur, mais aussi d’espérance. C’est le dernier des sept grands miracles accomplis par Jésus dans l’Evangile de Saint Jean ; c’est le signe par excellence qui annonce sa propre résurrection d’entre les morts.

Je voudrais juste m’arrêter sur quelques points importants de ce long récit à savoir :

Tout d’abord le retard de Jésus, puis les pleurs du Fils de Dieu, ensuite l’affirmation centrale de cet Evangile, je suis la résurrection et la vie, enfin Lazare, le Christ et nous.

Le retard de Jésus :

Le premier détail qui retient l’attention est sans aucun doute le retard volontaire de Jésus. On s’attendait à ce que Jésus accoure vers Lazare, cet ami qui le recevait si volontiers dans sa maison. Au contraire, le Christ se contente de répondre aux envoyés : « cette maladie ne conduit pas à la mort ». Jésus prend tout son temps, Marthe le lui reproche : « Si tu avais été là, ton ami ne serait pas mort ». « Si tu avais été là ». Nous avons aussi l’impression des fois que Dieu nous laisse seuls face à l’épreuve, face aux difficultés. Dieu veut notre bien, et si nous avons l’impression qu’il tarde à nous exaucer, c’est pour que notre foi s’affermisse.

Le retard de Jésus ou son silence des fois peut être un test ou un examen. Le Seigneur nous demande de continuer à l’aimer et à lui faire confiance, même aux heures d’épreuves, car lui seul choisit le moment et la manière de répondre à nos supplications.

Les pleurs du Fils de Dieu :

Ses pleurs dévoilent l’humanité de Jésus, sa douceur. Ses pleurs sont le signe de la grande amitié qui le lie à Lazare et à sa famille. Des larmes de compassion ont coulé sur les joues du Fils de Dieu. Mais au-delà de ses sentiments humains, c’est toute la tendresse de Dieu qui est ainsi manifestée.

Je suis la résurrection et la vie :

Le message central de ce récit se trouve dans les deux dialogues qui précèdent le miracle : d’abord entre Jésus et Marthe, puis entre lui et Marie. La substance de ces deux conversations est la même, aux deux sœurs éplorées Jésus proclame qu’il est victorieux de la mort. « Moi je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra, et tout homme qui vit et croit en moi ne mourra jamais. »

Lazare, le Christ et nous :

Entre la résurrection de Lazare et celle du Christ, il existe une différence essentielle. Pour Lazare, il s’agit d’un retour à la vie terrestre avec ses limitations et ses vicissitudes. Quelques années plus tard, il a dû connaître à nouveau la réalité de la mort.

La résurrection du Christ au contraire inaugure son entrée dans l’éternité de Dieu. En sortant du tombeau Lazare avait les pieds et les mains bandés, le visage enveloppé d’un suaire, c’est le signe de la condition humaine et de la mort. Par contre lorsque le Christ ressuscite au matin de Pâques, il laisse dans le tombeau le suaire et les bandes qui enveloppaient son corps. Il ne porte plus les signes de la condition humaine. C’est donc une nouvelle vie qui commence pour lui, une vie qu’il promet à tous ceux qui seront unis à lui dans le mystère de sa Pâques. « Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra, et tout homme qui vit et croit en moi ne mourra jamais » ; « Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus, d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels ». Telle est notre espérance, telle est notre foi. Saint Paul nous rappelle que : « si le Christ n’est pas ressuscité vaine est notre foi ». Que le Seigneur fasse grandir en nous cette espérance en la résurrection bienheureuse.

Père Robert Tsakadi

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