L’inespéré

Personne n’avait imaginé cela. Les plus fervents des Juifs attendaient un bonheur sans fin. Un nouveau David serait roi. Mais la résurrection de Jésus était tout autre chose. Il avait vaincu la mort. Il surgissait de l’invisible. Il ouvrait les portes de l’au-delà.

Le Brun l’a représenté qui jaillit du tombeau environné d’anges et qui s’élance parmi les nuées du ciel. C’est bien cela.

Un mot m’est venu : l’inespéré.

Plus tard, on se souviendra que Jésus avait expliqué qu’il devait mourir et puis revivre. On se rappellera qu’il avait dit à Marie de Béthanie : « Je suis la résurrection et la vie » (Jean 11,25). On trouvera dans les Écritures des annonces voilées de la résurrection. Par exemple : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal » (Psaume 22). Mais qui avait compris ?

Nous fêtons Pâques dans un contexte de grande incertitude. De quoi demain sera-t-il fait ? Nous prions pour notre pays, pour le monde et pour l’Église, mais sans arriver à imaginer comment Dieu nous exaucera.

Nous devons savoir que Dieu a pour habitude de nous surprendre, mais toujours en bien. Méditant sur la mort et l’au-delà, le Père Auguste Valensin écrivait : « Il est impossible que Dieu me déçoive, l’hypothèse seule est énorme ! » Quand vient l’heure d’un renouveau, on découvre ce que Dieu avait préparé en secret, et qu’on n’avait pas vu. Seul celui qui a semé le grain sait qu’il germera et portera fruit. Le promeneur ne voit qu’une terre sans vie.

L’histoire de l’Église est faite d’une longue suite de résurrections. Au milieu du 12e siècle, qui aurait imaginé François d’Assise ? Au milieu du 20e, Jean XXIII, le Concile et Jean-Paul II ?

Il en est parfois de même dans l’histoire des nations. Pendant l’interminable Guerre de Cent Ans, qui aurait pu imaginer Jeanne d’Arc ?

La lumière de Pâques nous interdit de perdre espoir. Si ceux qui travaillent à un avenir meilleur nous semblaient le faire en vain, nous aurions tort. Si la colère et le dépit étaient les sentiments qui nous dominent, nous ferions injure à Dieu.

Les disciples qui faisaient route vers Emmaüs étaient comme écrasés de tristesse. Le Ressuscité les rejoint, sans qu’ils le reconnaissent encore. Il leur fait ce reproche : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire ! »

Le jour baissait, mais soudain, ce fut comme un feu.

Père Jean-Loup Lacroix

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