Éradiquer les duels

16. Les duels : un enjeu pastoral

Le jour de la Pentecôte, en 1651, à Saint-Sulpice, un événement fit grand bruit, appelé à se propager rapidement. Que demandait-on au Saint-Esprit ?

Parmi les misères et fléaux du temps, l’un concernait la noblesse et la décimait : la pratique des duels. Un gentilhomme pouvait-il souffrir injure sans demander réparation ? Pour une broutille parfois, on répandait le sang, on était prêt à mourir. Affaire d’honneur ! Elle vous vaut l’estime de votre propre milieu.

Les ordonnances royales, répétées, n’empêchaient rien. En une semaine, rapporte-t-on, 17 personnes furent tuées en duel sur le territoire de la paroisse. Il est vrai que le Faubourg offrait les terrains propices, tel le Pré aux Clercs… Les 4 Mousquetaires n’avaient-ils pas lié ainsi amitié derrière les Carmes ? On se bat même en pleine Foire Saint-Germain, tout à côté de l’église !

Pour le curé, une enjeu pastoral majeur. Il fallait éradiquer les duels.

Réprimer ? Par les armes spirituelles. Refus de sépulture ecclésiastique. Puis Olier requiert du vicaire général de l’Abbaye l’excommunication des duellistes, sauf au lit de mort. Mais les confesseurs sont souples devant les nobles…

Il y faut bien plus. Ce sera à des gentilshommes eux-mêmes, regroupés autour d’Olier, de se lever pour devenir un exemple vivant, un appel positif à la conversion.

16. Les duels : un enjeu pastoral (suite)

Or donc, qu’arriva-t-il chez nous à la Pentecôte 1651 ?

En 1648, dans l’orbite de la Compagnie du Saint-Sacrement, un petit groupe était né autour du baron de Renty, un saint laïc – et d’Olier. Celui-ci, sorti plus fort de l’émeute de 1645, attirait désormais les nobles qui lui avaient été hostiles. Parmi ses prises, la conversion du marquis de La Motte-Fénelon (oncle du Fénelon des entretiens d’Issy qui deviendra évêque de Cambrai) avait fait grand bruit. Connu pour ses nombreux duels, il entre dans ce groupe placé sous le patronage de saint Louis, qui veut se battre, mais contre le duel.

Après la mort de Renty, en 1649, la confrérie s’étoffe : une quinzaine de militaires autour de Fénelon et du curé Olier. Poursuivant leur quête spirituelle, ils prennent le nom de Compagnie de la Passion. Ne s’agit-il pas de souffrir l’injure sans demander réparation, à la suite du Christ ?

Et voici qu’à la Pentecôte, remplis de force, ils s’engagent publiquement à renoncer aux duels, y compris à servir de second – et à chercher à en détourner les autres. Signent Fénelon, le maréchal de Fabert, le duc de Liancourt, d’autres encore de la paroisse.

Un coup d’éclat qui scandalise d’abord : quels lâches ! Mais qui venant d’hommes connus pour leur courage, pose question. Retentit jusqu’en province. Bientôt appuyé par les maréchaux de France, par 50 docteurs de Sorbonne… Jusqu’à ce que le jeune Louis XIV commence son règne personnel par un solennel édit contre le duel.

Dans la paroisse, et à partir d’elle, quel chemin parcouru !

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