Pentecôte

Saint Luc écrit : « Soudain, un bruit survint du ciel. » Ensuite, ce furent des langues « qu’on aurait dites de feu » qui descendaient et se partageaient.

Une chose est quand même étonnante : en ce jour de Pentecôte, l’Esprit Saint demeure sans visage. Nous savons notre catéchisme. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont un seul Dieu en trois personnes. On aurait pu s’attendre à ce que, le jour de sa venue, le Saint-Esprit se présente sous une apparence semblable à celle d’une personne humaine. Qu’il nous montre son visage. Il n’en fut pas ainsi.

Je crois deviner la raison : le jour de Pentecôte, le Saint Esprit n’est pas venu pour nous donner une seconde image de Dieu le Père. Comme si le Christ n’avait été qu’une première image, encore partielle.

Quand nous pensons à Dieu, nous ne devons pas imaginer le Saint Esprit se tenant devant le Père aux côtés du Fils, chacun d’eux étant son reflet, mais incomplet. De toute éternité, le Père engendre le Fils. Il l’engendre comme son image parfaite. L’Esprit n’est pas une sorte de complément. Il est cet amour qui circule entre le Père et le Fils. Comme l’expliquent les Pères de l’Église, il est la gloire du Père que le Fils reçoit et partage.

Dans le temps, pour l’homme Jésus, l’Esprit sera cette « onction » — une douceur et une flagrance, comme celles d’une huile parfumée — qui fait de lui le Messie et le Fils de Dieu.

À Pentecôte, le Saint Esprit ne vient donc pas pour dire des paroles qui s’ajouteraient à celles de Jésus. Il ne vient pas donner un cinquième évangile. Il vient en nous pour nous faire comprendre ce que Jésus a dit.

Sous l’influence de l’athéisme, notre culture a perdu l’idée d’une origine unique de tout ce qui est. L’universalisme a mauvaise presse. Chacun s’enferme dans sa vision des choses. Chaque communauté dans ses particularismes. Quand on conserve un certain sens religieux, on prétend qu’il existe une pluralité irréductible des visages du divin. Même parmi les chrétiens, de telles idées se répandent. Un ami protestant m’a beaucoup choqué en écrivant : « Je ne crois pas que Jésus-Christ soit le seul sauveur et médiateur. » Il écrivait aussi : « Je ne crois pas que le Saint-Esprit soit une entité divine en elle-même. » Il me semble que ceci explique cela.

C’est l’Esprit Saint qui fait l’unité de ce qui est divers. C’est lui qui rend possible une pluralité qui soit communion et non pas dispersion.

L’Esprit Saint ne se met jamais en avant. Devons-nous pourtant l’imaginer sans visage ? Les peintres de l’Orient chrétien ont pensé que non. Ils se sont souvenus de ce jour très ancien où Abraham avait accueilli trois messagers de Dieu. N’étaient-ils pas, à eux trois, une image de la Trinité elle-même ? On « écrivit » donc des icônes de la Trinité. La plus célèbre est celle de Roublev. Mais regardez avec quelle délicatesse, le Saint Esprit s’y trouve figuré.

Son attitude est faite d’infinie discrétion. Pour que le cercle soit tout entier tracé, il est nécessaire qu’il soit là. Mais le voici penché, silencieux, comme celui qui ne veut pas attirer le regard.

Quelle force, pourtant ! Quand l’Esprit met en œuvre sa puissance divine, il renouvelle la face de la terre.

Père Jean-Loup Lacroix

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