Tentation

Il n’est pas trop tôt pour en parler. Dans deux mois, nous utiliserons pour la liturgie une nouvelle traduction du Notre Père. Au lieu de dire à Dieu « Ne nous soumets pas à la tentation », nous lui dirons « Ne nous laisse pas entrer en tentation. »

Les mots que Jésus a enseignés à ses disciples ne signifiaient certainement pas que Dieu pourrait agir comme fait le Tentateur. « Dieu ne tente personne » (Jacques 1,13). Ils signifiaient que nous lui demandons son aide pour ne pas être soumis à tentation. Comprenez : pour ne pas être ceux qui se laissent faire.

Plus exacte, la nouvelle traduction sera plus éclairante. Elle peut nous aider à comprendre que oui, de fait, il nous arrive souvent de commettre l’erreur d’entrer dans la tentation. À la cathédrale d’Autun, Gislebertus a représenté Eve au moment où elle vient de s’apercevoir « que le fruit de l’arbre devait être savoureux et qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre » (Genèse 2,6). Elle est déjà allée un peu plus loin puisqu’elle a tendu la main. Bientôt, elle proposera à son compagnon le fruit interdit. Entrer en tentation, c’est faire le chemin qui va de la première suggestion du démon au moment fatal du passage à l’acte.

Un exemple tout simple. Je viens de recevoir une lettre un peu agaçante. Mon correspondant fait partie de ces personnes qui vous expliquent gentiment comment vous devriez vous y prendre. « Il n’y a qu’à… » Répondre de manière désagréable serait « succomber à la tentation ». Mais le point à remarquer est que je dois commencer par demander à Dieu une première chose : son aide pour ne pas même entrer dans la tentation, c’est-à-dire, dans le cas, pour ne pas même imaginer comment je pourrais… manquer d’humour.

Autre exemple, sans commune mesure. Depuis plusieurs jours, nous assistons au développement de la crise entre Madrid et Barcelone. Le pire n’a pas encore eu lieu. Les manifestations restent relativement pacifiques. Mais on sent que la tentation du pire grandit de jour en jour. À écouter ce qui se dit, on le sent bien, et c’est effrayant.

Ce ne sont pas seulement les personnes qui peuvent « entrer en tentation », mais aussi les peuples.

Quand cela se produit, la prière qui convient est celle qui conclut le Notre Père : « Délivre-nous du Mal ! »

Père Jean-Loup Lacroix

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