Prier pour les défunts

Jésus s’apprête à mourir et il dit à ses disciples : « Je pars vous préparer une place. » C’est donc qu’il y aura une suite !

 

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean. En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Pour aller où je vais, vous savez le chemin. » Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. » « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures. » (Jn 14, 1-6)

 

« Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures. »

Est-ce que Jésus veut seulement dire que, dans l’au-delà, auprès de Dieu, il y a de la place pour tous ? Ou bien, est-ce qu’il veut dire qu’il existe de la place auprès de Dieu pour une grande variété de gens ? Les deux peut-être.

En repensant aux défunts que nous avons connus, nous pouvons être frappés par la grande diversité qui existe entre eux. Différences de personnalité, de caractère, de destinée. Différences dans la façon dont ils sont morts. Différence dans la façon dont nous avons vécu leur mort, et dans la façon que nous avons de penser à eux.

Le décès d’un proche peut représenter pour nous une blessure inguérissable, ou bien une délivrance, ou encore quelque chose d’intermédiaire : un chagrin, bien sûr, mais dont nous conso­lons. La vie continue. On pense avec affection à ceux que l’on a perdus, mais notre deuil s’est fait.

Mais qu’en est-il pour eux, maintenant ? Faut-il dire que la mort gommera toutes les différences ? Que la diversité des personnes et des visages, des histoires et des souvenirs n’existera plus dans l’au-delà ?

Grâce à Dieu, ce n’est pas cela. Sous nos yeux tout semble effacé. Tôt ou tard, ici-bas, tous ou presque seront oubliés. Mais nul n’est oublié de Dieu ! Jamais.

Jésus s’apprête à mourir et il dit à ses disciples : « Je pars vous préparer une place. » C’est donc qu’il y aura une suite ! Ceux qui disparaissent ne sont pas anéantis. Ils quittent la scène de ce monde, mais pour entrer dans un autre monde.

Quel est alors leur sort ? Il est multiple. Ne disons pas qu’il est soit un désastre immédiat, sans que Dieu ne donne une toute dernière possibilité de repentir, soit un bonheur immédiat, sans aucun retard ni délai, sans transition. Ce n’est pas cela.

La foi chrétienne valide les croyances de nombreuses religions qui voient dans la mort le début d’une nouvelle histoire. On entre dans l’Éternité. Cela peut se faire en un clin d’œil. Cela peut se faire pour une transition plus ou moins laborieuse, plus ou moins douloureuse, plus ou moins longue. C’est pour cela que nous devons prier pour les morts.

Nous devons comprendre que la mort n’est pas l’oubli. Elle est entrée dans la lumière. Comme un réveil. Quand on sort de l’oubli. Là, il n’est rien de caché qui ne soit révélé, rien de secret qui ne soit connu (cf. Luc 12,2).

Le bonheur que Dieu nous promet n’est pas une amnésie. Il n’est pas une inconscience. Il n’est pas un effacement de tout, comme certaines spiritualités l’imaginent. Notre espérance, ce n’est pas de nous dissoudre dans une lumière où plus rien ne se discernerait.

Ce qui était inconsistant, sans valeur et mensonger sera détruit comme une paille que brûle le feu. On sera libéré des fausses valeurs, des illusions, des mensonges. Mais cette libération ne reposera pas sur une tromperie. Dieu n’aura pas décidé de fermer les yeux, comme s’il pouvait se faire myope ou oublieux !

Viendra le moment où le voile de tristesse qui assombrissait nos visages et nos cœurs nous sera enlevé, mais ce sera bien par un dévoilement, pas par un badigeonnage. Il n’y aura rien d’artificiel dans la beauté des élus. Leurs visages ne seront pas comme ceux d’une troupe de figurants que l’on aurait grimés.

On a pu croire que la miséricorde de Dieu était comme un manteau qui viendrait recouvrir et dissimuler nos péchés. Cette vision des choses n’est pas celle de la foi catholique. Nous aurons à revêtir des vêtements blancs, mais pas comme des cache-misères. Plutôt comme l’éclat d’une beauté retrouvée.

Jésus ressuscité porte les stigmates de sa passion. Ses blessures n’ont pas été effacées. Sa croix n’a pas été oubliée. Mais elle a désormais et à jamais la sublime beauté de son sacrifice rédempteur (cf. Hé 10,10 ; Hé 7,24-25).

Et j’imagine que la croix du Bon Larron, elle aussi sera devenue un souvenir de lumière. Elle était la peine et la honte d’un criminel. Elle sera devenue l’emblème d’une inimaginable miséricorde.

Ce que j’essaye de dire ici, à travers des images, c’est ce que l’Église enseigne dans des mots qui peuvent sembler abstraits : la rédemption, la justification, la sanctification.

Ce soir nous prions pour les défunts. Cette prière a du sens parce que leur aventure n’est pas terminée et parce qu’ils ont besoin d’aide. Ils en ont eu besoin, ou bien ils en ont encore besoin.

Nous ne savons jamais avec une absolue certitude où ils en sont. Peu importe, en fait : nos prières ne sont jamais trop tardives. Dieu, qui est éternel, les connaissait par avance. J’oserai dire qu’il les attendait.

Un mot résume ce que j’essaye de vous dire : le purgatoire. Celui-ci est l’espace et surtout le temps où va se dégager notre visage d’éternité. Celui-ci ne sera pas un masque. Il sera notre visage d’ici-bas, mais transfiguré, mais libéré des crispations et des plis d’amertume qui le défigurent aujourd’hui.

Nous n’aurons plus les yeux fuyants ni le sourire trompeur de qui est habitué à dissimuler. Ni les mâchoires serrées de qui attend l’heure d’une vengeance.

Nos yeux auront été lavés par les larmes de notre repentir et de notre pénitence. Notre bonheur sera celui de ceux dont la faute est enlevée et le péché remis (Ps 31).

Il peut nous arriver de ressentir fortement que des défunts connus ou inconnus attendent quelque-chose de nous. Comme des prisonniers à libérer. Comme des malades impatients de guérir. Comme quiconque souffre et attend le soulagement.

On peut ne pas prêter l’oreille, mais ils sont là. Des âmes en peine ? Oui. C’est très exactement cela.

Alors nous prions, comme l’Église nous y invite.

Nous prions avec confiance nous souvenant des paroles du Christ : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi : Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures. »

Père Jean-Loup Lacroix
(Messe du 2 novembre 2017)

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