Quelle Église demain ?

Mardi dernier, à l’assemblée des Évêques de France, notre archevêque a fait une homélie très remarquée. Il y soulignait le risque d’une « Église des purs ».
Il est logique de penser que là où les chrétiens sont devenus moins influents ils doivent compenser cela par plus d’exigence dans leur vie chrétienne. C’est d’ailleurs souvent ce que nous constatons. Ces dernières années, je suis frappé de voir la générosité et le sérieux de beaucoup de jeunes catholiques de la génération des 25-35 ans.
Le 5 novembre, le président du Conseil national des Évangéliques de France, s’était lui-même adressé aux évêques. Il soulignait un certain rapprochement : « Si je comprends bien, le peuple de votre Église est moins nombreux, mais plus confessant. »
En parlant d’un peuple plus « confessant », le pasteur Lhermenault utilise un vocabulaire que nous avons peut-être un peu oublié chez les catholiques. Le mot suggère un témoignage de foi dans un contexte qui n’est pas forcément favorable. Souvenons-nous que l’Église des premiers siècles ne fut pas seulement l’Église des martyrs, elle fut aussi l’Église des « confesseurs », c’est-à-dire de celles et ceux qui surent affirmer leur foi sans ambiguïté malgré les vexations, les menaces et les mauvais traitements.
Une Église plus « confessante » ? Oui. Certainement. C’est ce à quoi la situation nous appelle. Mais pas une Église de « purs ». Nous avons certainement à entendre la mise en garde du Cardinal. Quand l’Église se replie sur elle-même, elle n’est plus l’Église que le Christ a voulue. Quand des chrétiens veulent se persuader qu’ils sont eux-mêmes irréprochables en tous points, ils sont totalement dans l’illusion.
Je viens d’évoquer ces catholiques d’une trentaine d’années qui sont des chrétiens très admirables. À mes yeux, le plus admirable est qu’ils sont conscients de leurs propres faiblesses. Ils n’en font pas mystère.
Il y a ces autres chrétiens de la même génération, proches des précédents, mais encore assez loin d’un engagement de foi très marqué. On les voit moins souvent dans les églises. Quand ils viennent vous voir pour demander le baptême pour leurs enfants, ils admettent sans difficulté qu’ils « ne cochent pas toutes les cases ». Il leur arrive pourtant de dire avec beaucoup de force combien ils souhaitent que leurs enfants ne grandissent pas sans avoir la chance de connaître Dieu.
Dans une Église élitiste, celle contre laquelle Mgr Vingt-Trois nous met en garde, les catholiques dont les connaissances religieuses et la situation matrimoniale sont insatisfaisantes n’auraient plus leur place. On ne saurait pas remarquer qu’ils peuvent prier souvent. On ne comprendrait pas qu’ils ont du respect pour Dieu. On ne les écouterait pas quand ils disent que le Christ n’est pas pour eux un grand homme parmi d’autres, ou quand ils expriment leur joie d’avoir eux-mêmes reçu un jour la grâce du baptême.
On leur fermerait la porte au nez. Ce serait tout à fait injuste et l’Église y perdrait son âme. Elle serait devenue une sorte de secte, géante mais promise au déclin.
Dieu nous invite à des choix courageux, mais il veut aussi que chacun puisse avancer à son rythme. Notre Église est belle quand elle est celle que Jésus a voulue : courageuse, résolue, mais sans orgueil.
Père Jean-Loup Lacroix

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