Libres de tout souci ?

« J’aimerais vous voir libres de tout souci. » C’est la deuxième lecture de la messe de ce dimanche. Saint Paul écrit cela à propos du célibat. On lui a posé une question : il essaye de répondre.

Si vous lisez l’ensemble du chapitre (1 Corinthiens 7), vous constaterez qu’il écrit sur le ton d’un homme qui voudrait convaincre, mais qui reste embarrassé. Oui, le mariage, c’est très bien ; mais le célibat aussi. Non, il n’a pas d’ordre à transmettre de la part du Seigneur ; mais il a ses idées et il prend la liberté de les exprimer. Il conclut joliment : « C’est là mon opinion, et je pense avoir, moi aussi, l’Esprit de Dieu » (7,40).

Je suis amusé de constater que les explications de l’Apôtre sont un peu laborieuses. Cela me rassure. Même lui, il pouvait avoir de la peine à convaincre !

Paul en vient donc à écrire qu’il voudrait que ses lecteurs soient « libres de tout souci » (7,22). Mais c’est pour admettre aussitôt après que c’est impossible. L’homme marié, dit-il, a le souci de plaire à sa femme. Mais celui qui n’est pas marié a le souci de plaire au Seigneur. C’est en effet le but.

Les commentateurs soulignent la différence qu’il y a entre ce texte et un texte paulinien plus tardif : « Vous, les hommes aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle » (Éphésiens 5,15). Dans ce second texte, nous trouvons les bases d’une vision religieuse profonde de l’amour conjugal comme offrande de sa vie. C’est dans ce texte que l’on trouve cette célèbre formule : « Ce mystère est grand ! ». On peut traduire : « Ce sacrement est grand » (Ep 56,32).

Quand il écrit aux Corinthiens, Paul improvise une réponse sur un sujet qu’il n’a pas encore approfondi. N’en concluez pas que l’assistance du Saint Esprit lui fasse alors défaut. Son approche est réaliste. Il dit clairement que la continence sexuelle peut se révéler quasi impossible. Il énonce des règles de conduite, ce qui peut faire sourire. Mais ce qu’il écrit se révèle d’une grande justesse. Par exemple : « Ne vous refusez pas l’un à l’autre, si ce n’est d’un commun accord et temporairement » (7,5).

Même quand il peine à s’expliquer, Paul reste Paul. Soudain, le voici qui change de ton et c’est fulgurant : « Frères, je dois vous le dire, le temps est limité. Il passe, le monde tel que nous le voyons » (7,29-31). Il est réaliste ; il n’est pas terre à terre. Il ne perd jamais de vue ce qu’il écrira plus tard aux Colossiens : « Votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire » (Col 3,3-4). S’il fait l’éloge du célibat religieux, c’est pour cette raison pressante qu’il juge tout à fait impossible de s’installer dans le monde présent. Et cela vaut pour tous, même les époux. Il a cette formule paradoxale et provocante : « Que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme » (7,29).

Dans une étude toute récente sur la crise religieuse des années 1960, un historien affirme que la crise de la pratique dominicale qui s’est alors produite « a un lien direct avec celle de la prédication des fins dernières » (Guillaume Cuchet).

Si l’on ne croit plus au ciel pourquoi aller à la messe ?

Conclusion : lire saint Paul.

Père Jean-Loup Lacroix

 

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