« Saint Sulpice le Bon »

Saint Sulpice de Bourges (église de Chars, Val-d’Oise)

Le saint qui donna son nom à notre paroisse a vécu à une triste époque. Il est né en 576, donc un siècle exactement après la chute de l’empire romain d’occident. Il est mort le 17 janvier 647. Il a donc vécu « entre Clovis et Charlemagne ».

La misère et l’ignorance étaient alors générales. Les villes s’étaient vidées de leurs habitants. Bourges, dont il sera l’évêque, n’était pas encore la belle cité médiévale avec son admirable cathédrale, que l’on connaîtra cinq siècles plus tard, mais une ville minuscule dont l’ancienne prospérité n’était qu’un lointain souvenir.

Je pense souvent aux saints de la fin de l’Antiquité et des premiers siècles du Moyen Age. Des évêques : saint Augustin, saint Germain d’Auxerre, saint Loup de Troyes, saint Martin et beaucoup d’autres. Des femmes, dont le rôle fut considérable, comme sainte Geneviève ou sainte Clothilde.

On accusait alors les chrétiens d’avoir affaibli l’Empire et d’être la cause de son effondrement. Voltaire et les historiens anti-chrétiens du 19e siècle reprendront cette idée.

Nous vivons aujourd’hui des bouleversements qui ne sont pas moins grands. Seront-ils pour le meilleur ou pour le pire ? La réponse dépend peut-être de nous.

Notre saint patron est connu comme « saint Sulpice le Bon », ou encore « saint Sulpice le Pieux ». On s’est souvenu qu’il avait de la compassion pour les pauvres et de l’amour pour Dieu. On raconte comment il s’est employé à réformer les mœurs de son clergé, à visiter les villages les plus reculés de son diocèse et aussi à convertir au christianisme les Juifs de Bourges, relativement nombreux.

Ce que réussit à faire l’évêque Sulpice peut sembler peu de chose. Mais sa vie exemplaire ne fut pas oubliée. Dans les siècles qui suivirent, on donna son nom à de nombreux villages de France. Un jour, on donnera son nom à une petite église que les moines de Saint-Germain des Prés avaient construite aux portes de Paris. Là même où nous le célébrons aujourd’hui.

Sulpice était le descendant de l’une de ces grandes familles de sénateurs qui avaient tenu les premières places dans la Gaule romanisée. À son époque, le métissage entre Francs et Gallo-romains était encore en cours. Un monde nouveau était en gestation. Laborieusement.

Je voudrais citer notre nouvel archevêque. Il évoque le siècle qui précède celui de saint Sulpice. Mais la leçon à tirer est la même. « Sainte Geneviève, patronne de Paris, vivait à l’époque d’Attila et de Childéric, roi des Francs. Les Germains et les Francs qui arrivaient n’étaient pas du tout dans la culture gallo-romaine ni dans la culture chrétienne. C’était une transition colossale. L’Église, alors, a privilégié la culture évangélique, quitte à sacrifier la culture romaine. Cette période, bien pire que la nôtre, a aussi fait ce que nous sommes » (Mgr Michel AUPETIT, interview parue dans Le Monde du 12 janvier).

Le souvenir du saint évêque de Bourges peut nous aider à vivre dans l’espérance les incertitudes de notre temps. Le chemin qu’il avait choisi était sans aucun doute celui que nous devons suivre à notre tour. Celui de la piété, et de la bonté.

Père Jean-Loup Lacroix

 

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