Dans le Désert, il resta quarante jours, tenté par Satan

1er dimanche de Carême année B
18 février 2018

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus venait d’être baptisé.
Aussitôt l’Esprit le pousse au désert
et, dans le désert,
il resta quarante jours,
tenté par Satan.
Il vivait parmi les bêtes sauvages,
et les anges le servaient.

Après l’arrestation de Jean,
Jésus partit pour la Galilée
proclamer l’Évangile de Dieu ;
il disait :
« Les temps sont accomplis :
le règne de Dieu est tout proche.
Convertissez-vous
et croyez à l’Évangile. »

– Acclamons la Parole de Dieu.

Souvent, nous sommes impuissants devant le mal.

Un malheur atteint quelqu’un que nous aimons. Nous voudrions le soutenir, l’aider, mais nous sommes incapables de le tirer d’affaire. Ce qui s’est produit est sans remède. Le mal est fait. C’est ainsi.

Souvent, nous-mêmes, nous sommes dans le trouble. Nos pensées et nos sentiments sont désordonnés. Est-ce l’effet d’une fatigue, d’une maladie ? Peut-être. Les médecins pourront-ils nous aider ? C’est possible, mais ce n’est pas certain. Nos amis nous disent de ne pas nous laisser aller, de reprendre confiance. Ce sont de bons conseils, qu’il est facile de donner. Mais le fait est que nous n’allons pas bien. Ceux qui nous disent qu’il nous suffirait de nous secouer un peu pour aller mieux sous-estiment notre problème.

The Temptation In The Wilderness, Briton Riviere, 1898.

Après son baptême, Jésus était parti au désert.
C’était un endroit dangereux. On pouvait y survivre, plus ou moins longtemps.
On pouvait s’y réfugier, au milieu des rochers, dans quelque grotte.
On y faisait souvent de mauvaises rencontres : des fauves, des serpents et pire que cela.

Jadis, dans le désert, le peuple d’Israël avait rencontré la tentation. Il avait récriminé contre Dieu. Il l’avait défié et rejeté, pour son malheur.
Jésus part au désert pour un combat. Il va affronter le mal.
Il va l’affronter sous sa forme la plus redoutable, qui est la tentation.
Le mal qui nous attire. Le mal qui séduit, en se présentant sous l’apparence d’un bien. Le mal qui s’insinue dans nos pensées, qui veut s’emparer de notre cœur. Qui va peut-être, une fois encore, nous faire tomber.

Saint Marc précise bien que Jésus est parti au désert après son baptême. Ce n’est pas une simple notation chronologique.
Le baptême de saint Jean était un rite de pénitence. Jésus n’en avait pas besoin pour lui et cependant il avait voulu le vivre, car il devait prendre sur lui le péché du monde.
Au désert, Jésus s’approche encore un peu plus des hommes pécheurs.
Le voici sur l’extrême limite qui sépare le bien du mal, protégé de l’intérieur par sa sainteté sans faille, absolue, mais au plus près de nous, nous dont le cœur est partagé, nous dont la conscience chargée du poids trop réel de nos trop nombreux péchés.

Saint Matthieu et saint Luc précisent sur quels points le Tentateur a attaqué Jésus et comment celui-ci l’a repoussé, à chaque fois, immédiatement, avec une absolue netteté.
Saint Marc, quant à lui, se contente de mentionner que Jésus était « tenté par Satan ».
Il ne prend même pas la peine de préciser que Jésus a alors résisté à la tentation, tant la chose était évidente.

Il est frappant de constater que, même si saint Marc ne s’attarde pas sur les tentations du Christ, il ne s’est pas senti le droit de les passer sous silence.
Jésus n’avait pas caché à ses disciples que, lui aussi, il avait eu à lutter.
Même si ce fait était troublant, les évangélistes ne s’étaient pas senti le droit de le dissimuler. De même, ils nous ont rapporté l’agonie de Jésus au Jardin des Oliviers. De même encore, saint Jean nous rapportera cette parole de Jésus, à quelques jours d’entrer dans sa passion : « Mon âme est troublée ».

Le combat de Jésus contre le mal n’a pas été un combat facile que l’on remporte à distance sans avoir à s’exposer soi-même. Il a été un corps à corps.
Jésus n’a jamais laissé la tentation le séduire. Elle n’a eu aucun pouvoir sur son esprit. Elle fut aussitôt démasquée. Mais cependant il fut tenté. L’idée d’user de moyens mauvais – parce que trompeurs, factices – pour accomplir sa mission s’est présentée à lui.
En lisant saint Matthieu et saint Luc nous comprenons que les idées suggérées à Jésus par le tentateur pourraient aussi rejoindre les désirs les plus puissants qui étaient en lui. Celui de vivre, donc de manger. Celui de révéler le Père, donc de se faire connaître. Celui d’instaurer le Règne de Dieu, donc d’attirer à lui l’humanité entière.

Les tentations étaient fortes. Elles furent pourtant déjouées. Jésus n’est pas entré dans la tentation, pas une seconde, pas un instant. Il partageait notre faiblesse. Il en faisait l’expérience plus que jamais. Mais sa faiblesse humaine était habitée par une force divine. Littéralement divine.

Que conclure ? Que Jésus a fait ce que nous échouons sans cesse à faire.
Il n’a pas seulement guéri les miracles. Il n’a pas seulement réconcilié les pécheurs.
Il a affronté Satan, et il a remporté la victoire.

Le Carême est un temps pour revivre la grâce de notre baptême qui nous unit au Christ.
Il se passe alors qu’il nous communique sa force.
Dans le combat spirituel nous devenons capables de ne pas céder à nos tentations, de les refuser avant qu’elles ne s’emparent de notre cœur.
De ne pas seulement entrer en tentation.

Père Jean-Loup Lacroix

Print Friendly, PDF & Email

Les commentaires sont fermés.