Le rendez-vous

Je rédige cet éditorial le 1er mars. Paris est sous la neige. Dans un mois pourtant, jour pour jour, ce sera Pâques. Aurons-nous un grand ciel bleu et un temps de printemps ? Peut-être. En tout cas, nous y serons vite.

Mon souci de curé est que notre communauté paroissiale vive intensément les quatre courtes semaines qui nous conduiront à la fête de la Résurrection. Cette seconde partie du carême est à comprendre comme un rendez-vous à ne pas manquer.

Vous me direz que ces questions de calendrier liturgique ne sont pas essentielles. Vous avez raison. L’essentiel est que nous n’avons qu’une vie et qu’il faut qu’elle soit belle. Belle comme une histoire qui se termine bien. Comme une occasion qu’on a saisie.

Il y a des opportunités futiles. Des soldes qui ne valent rien. Des « bonnes fortunes » totalement lamentables. Il y a aussi des jours bénis, tels ceux qui ouvrent les portes du grand amour. Deux êtres ont vu leurs chemins se croiser. Ils étaient faits l’un pour l’autre. Allaient-ils le comprendre ?

Saint Augustin a écrit : « Tu nous a faits pour toi, Seigneur. » Notre vie est réussie si, pour finir, elle nous a conduits jusqu’à Dieu. Un jour ou l’autre, il faut le comprendre et sauter le pas. De nombreux textes de la Bible font référence à ce « temps favorable » qui est celui où Dieu tend la main. Ils disent aussi que ce temps de grâce ne durera pas toujours. Conclusion : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur » (épître aux Hébreux 3,7ss).

J’en reviens à ce mois de mars que nous avons devant nous. À ces quatre dernières semaines du carême 2018. Ne disons pas qu’il n’y a là qu’une occasion parmi beaucoup d’autres. En raisonnant ainsi, nous nous mettons en danger. Nous demeurons comme ces israélites auxquels le prophète Elie disait : « Combien de temps allez-vous danser pour l’un et pour l’autre ? Si c’est le Seigneur qui est Dieu, suivez le Seigneur ; si c’est Baal, suivez Baal » (1 Rois 18,21).

Nous avons à passer d’une foi hésitante à une foi résolue. L’avons-nous déjà fait ? Si oui, c’est tant mieux, mais nous devons avoir la lucidité de reconnaître qu’il est facile de retomber dans la médiocrité et l’incertitude. Il faut alors se reprendre. Le carême est fait pour cela.

Nous n’avons certainement pas à devenir des fanatiques. Le radicalisme évangélique est un radicalisme de l’amour. Mais il faut tout donner. Saint Bernard : « La mesure d’aimer Dieu, c’est de l’aimer sans mesure. »

Si nous voulons être cohérents avec notre foi, nous devons être tout à fait clairs. Le pasteur Dietrich Bonhoeffer expliquait qu’il existe un « prix » de la grâce. Par définition, la grâce est gratuite, et pourtant, suivre le Christ peut se révéler très onéreux. Bonhoeffer savait de quoi il parlait. Il s’opposait au nazisme. Quelques années plus tard, il connaîtrait la prison puis la mort.

Il y eut Bonhoeffer, et tant d’autres. Il y a les « témoins » d’aujourd’hui. (Voir ci-dessous l’annonce de la « Nuit des Témoins »)

Commençons par le commencement : Qu’allons-nous faire, tous et chacun, de ces quatre courtes semaines qui vont jusqu’à Pâques ?

Père Jean-Loup Lacroix

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