Lire et écrire

Ce samedi, j’ai deux images en tête. La première est celle de ce scribe qui s’avance vers Jésus (c’était l’évangile de ce vendredi, Marc 12). La seconde celle des enfants de l’école de Bouyembé. Leur rapprochement est saisissant.

Je m’explique. Un jour donc, un scribe s’avança vers Jésus. Cet homme mettait en œuvre un savoir-faire relativement récent à l’échelle de l’histoire humaine, celui de l’écriture.

Un scribe est un notaire. Il archive. Il « acte », comme nous aimons à dire. Grâce aux scribes, on peut garder trace de ce qui a été dit, d’un événement, d’une promesse.

Pendant longtemps, en Israël comme ailleurs, on s’était passé d’eux. Les souvenirs d’Abraham se transmettaient oralement. Le miracle était qu’ils n’étaient pas trop déformés.

Un jour, il y avait eu un tout premier écrit. On le conservait comme le plus sacré des trésors. Il n’avait pas la forme d’un rouleau de parchemin, mais de deux « tables » en pierre. Le texte, extrêmement concis, était celui des 10 paroles de Dieu à Moïse. Ses commandements. Un très court texte.

Plus tard, l’écriture devint chose plus commune. Les prophètes et les sages d’Israël purent alors dicter leurs oracles et leurs maximes à des secrétaires. Les prêtres mirent par écrit les actes et paroles de Moïse. Ce fut la naissance de la Bible.

Désormais, la Parole de Dieu n’aurait plus comme seul réceptacle le « par cœur » de la mémoire humaine, mais aussi ces livres saints que des scribes conserveraient et recopieraient, qu’ils commenteraient, dont ils soupèseraient le moindre mot.

Le risque était celui du littéralisme et de l’étroitesse. Saint Paul devra expliquer que la « lettre » tue et que c’est l’Esprit qui fait vivre. Des scribes seront les alliés des pharisiens dans leur opposition à Jésus. D’autres étaient comme celui qui s’avançait, ce jour-là et auquel Jésus allait dire : « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu. » Pour ce dernier, la Sainte Écriture, n’était pas faite pour être répétée sans chercher à comprendre, mais bien pour être « scrutée », inlassablement.

Joie des enfants de retour à l’école

Bouyembé ? C’est d’abord une école. Le toit en était effondré. Le mobilier avait disparu. Avec notre aide pour l’achat des matériaux, elle a été remise debout. Des travaux sont encore nécessaires. Nos « offrandes de carême » seront à cette intention.

L’enjeu, c’est que ces enfants d’un village isolé puissent apprendre à lire et à écrire, sur place, sans partir à la ville, sans avoir à s’exiler.

Quelle différence cela fera ! Jadis, dans la société traditionnelle, on pouvait vivre très honorablement sans savoir lire et écrire. Ce n’est plus possible. Ce monde ancien de l’oralité disparaît sous nos yeux. En Afrique comme en Europe, les illettrés deviennent autant de déclassés. Un enfant privé d’école est un enfant perdu.

Lire et écrire : quelle affaire !

J’ajouterai que l’enjeu religieux n’est pas mince. Saint Jérôme a écrit : « Méconnaître les Écritures, c’est méconnaître le Christ. »

Père Jean-Loup Lacroix

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