« Père, glorifie ton nom »

On s’interroge souvent sur ce qui peut rendre le christianisme crédible. Des livres et des films abordent le sujet.
Après toutes les enquêtes, vient toujours le moment où il faut se confronter à l’image même du Christ. Il arrive alors que nous saisissions qu’il n’existe nulle part rien d’équivalent.
Ces réflexions me sont inspirées par les trois lectures de ce dimanche. Je les trouve extraordinairement fortes. Ce n’est pas étonnant : le 5e dimanche de carême fait entrer dans le temps de la Passion. Il est comme le seuil d’un sanctuaire, comme pouvait l’être la porte du Saint des Saints au Temple de Jérusalem. Devant nous, le cœur même du Mystère chrétien.
Première lecture, Jérémie. « Voici venir des jours – oracle du Seigneur –, où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la mai-son de Juda une alliance nouvelle. »
C’est un texte archi-connu. Il mérite de l’être. Pendant des an-nées, Jérémie avait assumé la vocation tout à fait insupportable d’être prophète de malheur. Viennent les jours où se produit la catastrophe qu’il annonçait. C’est précisément alors, dans une sorte d’au-delà du désespoir, que surgit cette parole : « Je conclurai une alliance nouvelle. »
Six très longs siècles plus tard, à la veille de mourir, Jésus prendra la coupe de vin et dira ces mots : « Mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle. »

Au cours de ses longues années de ministère prophétique, Jérémie n’avait jamais rien eu à annoncer qui soit une espérance. Et puis virent ces simples mots : « une alliance nouvelle ».
Je trouve qu’il n’y a rien de plus bouleversant que cet espoir qui renaît, venant de Dieu, quand toute espérance était morte.
Connaissez-vous ce très court texte, une sorte de quatrain ? « Et vint cette voix, environ l’heure de midi, au temps de l’été, dans le jardin de mon père. » Le poète et

 

académicien François Cheng dit qu’il ne connaît rien de plus beau dans toute la littérature française. Il ne s’agit pourtant pas d’une œuvre littéraire, mais des mots mêmes de Jeanne d’Arc au cours de son procès, devant le greffier qui les prenait scrupuleusement en note.
Dans la grande lumière d’un jour d’été, très précisément en 1425, alors qu’elle avait 13 ans, le surnaturel s’était invité. Le cadre était celui d’un simple jardin. Nous savons la suite. En six courtes années, au prix de sa vie, elle redonnerait l’espoir.
Seconde lecture : « Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort ». (Hébreux 5). On est très au-delà de tout ce qu’un écrivain soucieux d’édifier ses lecteurs pourrait inventer. Une âpre vérité.
L’évangile : Alors Jésus leur déclare : « Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! (Jean 12)

Print Friendly, PDF & Email
Pour marque-pages : Permaliens.

Les commentaires sont fermés.