« Porter sa croix »

Il trébuche, puis tombe, puis se relève. Les derniers mètres sont abrupts. Au sommet, une nouvelle torture l’attend.
Il avait déclaré que celui qui voulait marcher à sa suite devait « porter sa croix ». Il ne refuserait pas de le faire lui-même, d’aller jusqu’au bout.
Comment fait-il pour résister à la tentation de s’effondrer sur place ? La flagellation a été terrible. Les bourreaux ont eu la main lourde. Personne ne serait surpris de le voir s’écrouler.
On dit souvent que la foi en la résurrection du Christ nous délivre de la peur de la mort. Mais le Christ est aussi celui qui nous délivre de la tentation de la mort. De se laisser mourir.
Ces jours-ci, la question de l’euthanasie fait de nouveau l’actualité. Réunis à Lourdes, les 118 évêques de France viennent de publier une nouvelle déclaration sur le sujet (ci-dessous).
Au lieu de donner des raisons de vivre, on offre une mort plus fa-cile. Il y a là un terrible détournement de la bienveillance que nous devons à chacun de nos semblables. Le tout premier service que nous devons à autrui est de lui permette de constater que sa vie a du prix à nos yeux. Un enfant a besoin de cela pour grandir. Un ma-lade, pour ne pas se laisser mourir.
« Gardez les yeux ouverts ! Ne vous laissez pas aller ! » C’est ce que disent des sauveteurs à une personne en état de choc. À y réfléchir, rien n’est plus beau. C’est dire : « Restez avec nous ! »
Devant le corps sans vie d’une personne qui m’était proche, quel-qu’un a cru bien faire de me dire qu’elle ne souffrait plus. J’étais précisément en train de constater qu’entre une pauvre vie dans un demi-coma et le froid silence de la mort, la différence était grande. Non, je ne voulais pas qu’on me console. Dire « la mort n’est rien » est un mensonge. Elle m’avait vu naître et j’avais de l’affection pour elle.
Pourquoi vivre quand on n’a plus de goût à cela ? Pour ceux qui tiennent à vous. Et si quelqu’un n’a plus ni famille ni amis ? Alors, la société tout entière a le devoir de le prendre en charge. Quand quelqu’un est abandonné de tous, le premier venu devrait se faire son prochain.
Comme chrétiens, nous avons donc à rappeler l’exigence de la fra-ternité. Mais nous avons autre chose à comprendre et à dire : on ne souffre jamais seul. Quand la vie est trop lourde à porter, quand personne n’entend plus notre cri, il demeure que quelqu’un a par-tagé notre fardeau, par avance. Il a souffert pour nous, pour cha-cun, sans exception. Notre croix est la sienne.
Jésus marche vers sa mort. Ce n’est pas du stoïcisme, pas une af-firmation de sa grandeur d’âme. Pas seulement. S’il porte sa croix jusqu’en haut du chemin, c’est dans un but bien précis : accomplir jusqu’au bout l’œuvre que lui avait donné le Père.
Il est en train d’accomplir la prophétie du livre d’Isaïe : « C’é¬taient nos souffrances qu’il portait » (Isaïe 53, 4).
Père Jean-Loup Lacroix

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