Résurrection

 

Sa mort apparaissait comme son échec. Comme un démenti.

Ils avaient cru en lui. Ses miracles étaient sans précédent. Sa parole, incomparable. Et il y avait plus : l’être qu’il était, sa personne. Une étonnante véracité. Une présence. Une profondeur. On le sentait habité. S’il parlait de Dieu, ce n’était jamais comme une leçon apprise.

Il s’était dirigé vers Jérusalem de manière résolue, comme celui qui marche vers son destin. On pouvait deviner qu’un drame allait se produire. Un ultime combat.

Et il était mort.

Comment imaginer la suite ? Pourrait-on conserver quelque-chose de son enseignement ? Oserait-on encore le prendre pour modèle ? D’être compatissant et miséricordieux ? D’avoir le cœur aussi pur ? Pour finir comme lui ?

« Devons-nous en attendre un autre ? » La question avait été posée avant même sa mort. La réponse était non. Personne ne ferait jamais ce que même lui, semblait-il, il avait échoué à faire.

La prière qu’il leur avait apprise ne serait jamais exaucée. Le Règne de Dieu ne viendrait pas. Sa volonté ne se ferait pas sur la terre comme au ciel. Jamais tous les péchés ne seraient pardonnés. On ne serait pas délivré du mal.

De très nombreuses personnes disent aujourd’hui qu’elles admirent le christianisme, mais sans pouvoir croire. Elles admettent que la figure de l’homme de Nazareth est sans équivalent. Elles constatent aussi que l’histoire du christianisme est tout à fait surprenante. Comment les disciples de Jésus ont-ils pu se ressaisir aussi vite après sa mort ? Comment l’histoire de ce tombeau vide et de ces apparitions, si invraisemblable, a-t-elle pu se répandre ensuite si rapidement ?

Ces personnes me font penser aux disciples du tout premier matin. On disait que des femmes avaient trouvé le tombeau vide. Pierre et Jean étaient partis vérifier. Mais à quoi bon ?

Les heures passent et une autre nouvelle se répand. D’heure en heure, elle se confirme. La nuit venue, quand Cléophas et son compagnon reviendront d’Emmaüs, on ne leur laissera pas le temps de parler : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre ! » (Lc 24,34). À leur tour, ils raconteront. Sur la route, celui qu’ils ne reconnaissaient pas encore leur avait fait comprendre les Écritures : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24,26).

La mort de Jésus n’avait pas été son échec. Rien n’avait été démenti des annonces des prophètes ni de son propre enseignement.

Non, il n’est pas nécessaire de faire un tri entre ce que l’on pourrait conserver et ce que l’on devrait rejeter dans le christianisme.

Jésus s’est relevé d’entre les morts. Vraiment.

Il n’était pas mort en vain.

Père Jean-Loup Lacroix

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