Gloire du Christ

Le matin de Pâques, Jésus était apparu à Madeleine. Après l’avoir appelée par son nom, il avait ajouté : « Ne me retiens pas. » Pourquoi donc ? Réponse : « Je ne suis pas encore monté vers le Père. » Et Jésus insiste : « Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20,17-18)

Jésus avait échappé à la mort, ou plutôt, il l’avait traversée. Mais ce qui se passait, c’était aussi qu’il montait vers le Père.

L’Ascension de Jésus clôture le temps des apparitions pascales. On peut dire qu’elle en est le sommet. La gloire du Christ s’y manifeste plus que jamais auparavant.

Sans l’Ascension, nous risquerions d’en rester à une vision insuffisante de la résurrection, comme si celle-ci n’avait été qu’un retour à la vie, alors qu’elle est plus profondément l’exaltation du Christ (Ph 2).

Avant l’ultime apparition, au quarantième jour, il y avait eu cette période intermédiaire pendant laquelle le Ressuscité avait multiplié les rencontres avec celles et ceux qui avaient été ses disciples et qui devaient devenir ses témoins. Parfois, ils croyaient voir un inconnu. Ou bien un fantôme. Il fallait qu’il leur parle, ou qu’il leur montre ses mains, ou encore qu’il partage le pain, ou des poissons, pour qu’alors, ils le reconnaissent.

Ils vivaient l’expérience étrange de rencontrer un être humain que rien ne retenait prisonnier. Il se montrait ici ou là, comme il voulait et quand il voulait. Ils étaient barricadés à l’intérieur d’une maison, toutes portes closes, et soudain, il était là au milieu d’eux, indubitablement présent, ne s’étonnant pas de leurs doutes et prêt à y répondre.

Pour finir, le quarantième jour, il se manifesta une dernière fois.

Devons-nous essayer d’imaginer ce que les disciples ont alors vécu ? On pourrait hésiter. À Saint-Sulpice nous avons cependant une raison particulière de le faire, c’est ce grand vitrail qui se trouve dans l’axe de l’église, au-dessus du chœur où nous nous trouvons. Le Christ y est représenté de face. Il s’élève au milieu des nuées. Dans ses mains comme sur ses pieds, on distingue la marque des clous.

On présente ce vitrail tantôt comme celui de la Résurrection, tantôt comme celui de l’Ascension. C’est l’un et l’autre, puisque l’événement de l’Ascension est en fait la suprême et ultime manifestation du ressuscité.

Avec vous, j’essaye donc d’imaginer… l’inimaginable :

Une fois encore, il était au milieu d’eux. Il leur parlait de ce qui se produirait ensuite : « Vous allez recevoir une force quand le Saint Esprit viendra sur vous » (Ac 1,8).

« Après ces paroles, pendant qu’ils le regardaient, il s’é­leva ».

Pierre et quelques autres l’avaient vu marcher sur la mer une nuit de tempête, mais cette fois-ci, c’est bien autre chose. Moins violent, mais non moins impressionnant. Il dominait la mer. Maintenant, il habite le ciel.

Nous pourrions imaginer que tout s’est passé très vite, dans une sorte de tourbillon, comme quand le prophète Elie avait été enlevé au ciel.

Mieux vaut peut-être imaginer une majestueuse lenteur, comme si le temps était suspendu.

L’essentiel est qu’il y eut cet instant où il leur fut donné de le voir, si fascinant qu’ils auront de la peine à baisser de nouveau les yeux et à reprendre leurs esprits.

Un instant d’éternité.

Nous devons les imaginer complètement saisis, littéralement extasiés.

« Une nuée vint le soustraire à leurs yeux. »

Il a disparu. Son humanité est entrée dans la lumière divine.

N’allons surtout pas imaginer que, à un moment donné, il se serait trouvé trop loin pour qu’on l’aperçoive encore. Il ne s’est pas enfui vers les étoiles. Il est entré dans l’invisible.

À partir du jour de l’Ascension, le Christ cesse de se rendre visible.

Ses apparitions sont terminées. Sauf parfois. Car il reste libre de se manifester comme il veut et quand il veut.

Il le fera quelques années plus tard, pour Saul, sur la route de Damas. Il le fera, au 20e siècle, pour sainte Faustine, sous l’apparence d’un homme jeune, mal vêtu, pieds nus sous la pluie et cependant très digne, qui demandait un peu de nourriture.

En montant au ciel, le Seigneur disparaît ; il ne nous quitte pas.

Durant 40 jours, ses apparitions avaient eu valeur de pédagogie. Il voulait faire comprendre à ses disciples qu’il restait proche, familier, aussi humain qu’il l’était auparavant.

Il lui restait aussi à leur montrer que sa victoire sur la mort était définitive. Ils l’avaient donc vu se diriger vers le haut. C’était bien la lumière céleste qui l’avait comme englouti. Pas les ténèbres.

Sa « disparition », que nous fêtons aujourd’hui, n’était pas une revanche de la mort. Elle était le triomphe du Dieu Vivant.

Une hymne liturgique pour les fêtes des Apôtres dit ceci :

Ils portaient dans leur cœur
Pour éclairer le monde
La mystérieuse image
De ta gloire humiliée.

L’image dont il est question est évidemment celle du Christ aux outrages. Celle de l’Ecce Homo. Celle de la Sainte-Face. Son souvenir habite à tout jamais la mémoire chrétienne.

En fait, une autre image, inséparable de la première, habitait pareillement le cœur des Apôtres, celle du Ressuscité. De ses apparitions. De son Ascension.

Cette merveilleuse image de ton humilité glorifiée, Seigneur, nous ne voulons pas davantage en perdre la mémoire.

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