Sacré-Cœur

Paris, Basilique du Sacré-Cœur, mosaïque de Luc-Oliver Merson

J’ai grandi dans une famille où la dévotion au Cœur du Christ allait de soi. Du côté paternel, la référence était Paray-le-Monial. Dans mon enfance, Paray m’apparaissait comme une sorte de ville sainte. Ici, les clarisses. Là, les carmélites. Plus loin, les pères jésuites et les sœurs du Cénacle. Enfin et surtout, à proximité immédiate de la basilique romane, le couvent de la Visitation. On m’expliquait que le Seigneur y était apparu à sainte Marguerite-Marie : « Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes. »

Du côté maternel, la référence était parisienne : Montmartre, mais aussi une belle statuette de bois doré, achetée place Saint-Sulpice et à laquelle ma mère tenait beaucoup. Je réalise rétrospectivement qu’il y avait là l’expression de deux sensibilités religieuses un peu différentes. Dans l’imagerie traditionnelle, Jésus a un geste de la main pour désigner son cœur. À Montmartre, mais aussi à Saint-Sulpice, comme plus tard avec la statue de Paul Landowski qui domine Rio, le Christ a les bras largement ouverts. Il s’agit clairement d’un geste d’accueil, d’une invitation : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,28-29).

On sait que, à l’époque où la dévotion au Cœur de Jésus s’est répandue, le jansénisme n’admettait pas que l’on parle de l’amour de Dieu sans insister préalablement sur sa redoutable justice et sa colère. À la même époque, les rationalistes n’avaient que mépris pour des représentations jugées inconvenantes : ce cœur extrait d’une poitrine et rouge de sang.

Nous n’apprécions pas toujours les rites religieux qui semblent trop peu « spirituels » : un bain que l’on donne, une onction d’huile, le baiser donné à une icône ou à un reliquaire. Pourtant, la rencontre de Dieu serait très irréelle si ce qui est « charnel » ne pouvait y prendre part.

Aujourd’hui comme hier, la dévotion au Cœur du Christ nous aide à nous délivrer d’une image faussée de Dieu. Le point essentiel est que Dieu s’est fait homme. Il s’est véritablement produit qu’un amour divin a fait battre un cœur humain.

Que cela soit méconnu ne peut pas nous laisser tranquilles. Dieu nous a aimés le premier (1 Jean 4,19). Nous voulons lui rendre amour pour amour. Tout le christianisme est là.

Père Jean-Loup Lacroix

le 8 juin 2018

(Fête du Sacré Coeur)

 

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