Un Dieu qui parle

Jeudi dernier, une soirée avec des fiancés. Sujet : « La dimension religieuse du mariage. » La préparation d’un mariage est une occasion assez unique de faire le point sur ce que l’on croit. Je n’ai donc pas voulu me contenter d’expliquer la notion de sacrement. Ni me limiter à dire comment Dieu est témoin de l’engagement pris par ceux qui se marient devant lui et leur demeure fidèle.

La vraie question est celle de croire ou de ne pas croire. Je disposais de deux heures. Par où commencer ? J’ai évoqué le tombeau vide et la nouvelle qui se répand ensuite. Mais la résurrection de Jésus n’est crédible et ne prend sens que si l’on y reconnaît l’accomplissement d’une promesse de Dieu. Il me fallait commencer par Abraham.

À cet homme, Dieu avait parlé. Je pose alors la question : « Pouvez-vous croire une chose pareille ? Tenez-vous cela pour vrai ? »

Oui ou non, est-il arrivé qu’un jour, Dieu ait entrepris de se faire connaître ? Le rationaliste hausse les épaules. L’idée d’une « religion révélée » lui semble d’une absurde prétention. S’il est déiste, il croit savoir qu’il dépend de nous d’inventorier les chemins qui mènent à Dieu et de choisir lequel nous emprunterons. S’il est athée, pour lui, la question ne se pose même pas.

Pourtant, Dieu s’est fait connaître. J’ai expliqué aux fiancés que j’avais au moins deux raisons de croire cela.

La première est la Bible elle-même. La Parole de Dieu n’est pas comme beau roman, qui vous captive, mais que vous oubliez ensuite. On peut la trouver éblouissante et sans égale dès la première lecture. On peut aussi la trouver déroutante. Il faut parfois toute une vie pour découvrir progressivement son incomparable véracité. À vrai dire, c’est un peu mon histoire.

J’ai pris en exemple la question de la souffrance des innocents. De siècle en siècle, de Jérémie à Isaïe, puis au livre de Job, aux Psaumes et aux Évangiles, les réponses trop courtes sont écartées les unes après les autres. Au bout du chemin, nous arrivons à cette auberge du soir de Pâques. Cléophas et son compagnon comprennent que c’est le Messie lui-même, leur ami en fait, qui vient de leur expliquer longuement le sens de ses propres souffrances.

L’autre raison est que je n’arrive vraiment pas à imaginer un Dieu qui serait interdit de parole. Soyons sérieux : Dieu ne peut être atteint ni de paralysie, ni de cécité, ni de surdité, ni de mutisme. Il lui est possible de communiquer. Il peut dire : « Toi, je t’ai choisi. Je t’aime. Je te bénis. » Il lui est parfaitement possible d’écarter le voile de son mystère. Il a mille moyens de le faire. Sa transcendance ne le retient pas prisonnier. Il n’est pas encombré de sa grandeur. Il peut parfaitement se mettre à notre portée. La petitesse ne lui fait pas peur.

J’avais expliqué précédemment au groupe des fiancés l’importance de leur « libre consentement ». Pourquoi ? Parce que l’amour suppose la liberté. Se pourrait-il que nous soyons quant à nous libres d’aimer et de déclarer notre flamme, tandis que Dieu en serait incapable ? Ridicule !

S’il y a un Dieu, il lui est possible de se faire connaître.

Père Jean-Loup Lacroix

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