Allez-vous me quitter, vous aussi?

« Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. »

Quelles paroles ?

Toutes les paroles du Christ, en fait. Mais plus précisément, celles de son enseignement sur le pain de vie. Tout au long du mois d’août, dimanche après dimanche, on les a proclamées et nous avons pu les méditer. Nous les avons encore en mémoire.

Allez-vous me quitter, vous aussi ?

Le 5 août : « Moi, je suis le pain de la vie. »

Le 12 août : « Amen, amen, je vous le dis : il a la vie éternelle, celui qui croit. »

Le 19 août, dimanche dernier : « De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi, je vis par le Père, de même, celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. »

Les disciples disent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? » On pourrait traduire : « Cette parole est dure », mais pas au sens d’une parole méchante. Au sens de ce qui est difficile à avaler. Au sens de quelque chose qui n’est pas malléable, dont on ne fait pas ce que l’on veut.

Remarquons au passage que les mots les plus simples ne suffisent pas, pas toujours, pour se faire comprendre. Jésus a parlé avec les mots les plus simples, et beaucoup n’ont pas compris.

Jésus aurait pu dire : « Mes paroles sont profondément spirituelles et elles sont absolument vitales, leur vitalité est surnaturelle. » Il est plus simple : « Mes paroles sont esprit et vie. »

Est-ce que nous comprenons ?

Peut-être non. Et il nous faudra alors dire que les mots sont trop simples !

Mais peut-être oui, finalement, s’il se fait, grâce à Dieu, que ces paroles viennent confirmer, éclairer ce que nous savons déjà au moins un peu par expérience personnelle.

« Les paroles que je vous ai dites sont esprit. »

Jésus vient de dire : « Personne ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire. » Est-ce qu’il nous est arrivé de ressentir cette attirance ? Beaucoup de choses nous séduisent, nous font envie. Mais n’y a-t-il pas en nous, depuis bien longtemps, un autre désir ? Un désir plus absolu, plus profond ?

Si nous sommes chrétiens, nous savons mettre un nom sur ce désir : c’est le désir de Dieu. Et nous savons aussi, plus précisément, que ce désir nous conduit vers Jésus. Car c’est lui et pas un autre qui est Dieu parmi nous, Dieu accessible, enfin. Dieu qui se donne.

Saint Benoît a cette formule : « Ne rien préférer à l’amour du Christ ». C’est une parole radicale. Est-ce qu’elle est trop dure ? Certainement pas.

« Les paroles que je vous ai dites sont esprit. » Les prophètes d’Israël avaient fait l’expérience de l’Esprit Saint. Nous appelons cela l’inspiration. C’est un souffle. Un souffle qui fait parler : les paroles sortent et elles sont lumineuses ; elles viennent de Dieu.

Les paroles du Christ sont inspirées, plus que toutes autres. Ou plutôt, elles sont les paroles de Celui qui inspirait les prophètes.

Un jour on comprendra que le Christ et l’Esprit de Dieu sont si intimement unis qu’ils ne sont qu’un seul Dieu avec le Père. Jésus aurait pu dire : « Je suis la Parole. » Il aurait pu dire : « L’Esprit et moi, nous sommes UN », de la même façon qu’il dira un jour : « Le Père et moi, nous sommes UN ».

Ce jour-là, on ramassera des pierres dans le but de le lapider pour motif de blasphème. Cette fois-ci, il se passe seulement que ses disciples le quittent. Presque tous.

Jésus pose la question aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Cette question nous touche parce que nous pensons à la tristesse de Jésus. Elle nous touche aussi parce qu’elle s’adresse à nous-mêmes.

En notre temps, il y a des gens qui apostasient. Ils partent sur la pointe des pieds. On ne les voit plus qui viennent prier. Ou bien, ils partent de manière ostentatoire. Ils trouvent que la foi a quelque chose d’absurde.

Ou bien, et je fais allusion à l’actualité, ils sont trop scandalisés par le trop grand nombre de mauvais prêtres. Alors, ils le font savoir, ils en veulent à l’Église. Pour cette raison, ils se déclarent apostats. Et c’est Jésus qu’ils abandonnent.

« Voulez-vous partir vous aussi ? » Non Seigneur. Non ! A qui irions-nous ?

Et puis nous t’aimons.

Tes paroles sont notre vie !

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