Diagnostic

Le 31 juillet dernier (photo Alessandra Tarantino)

La belle fête de ce 15 août s’est transformée pour nous en jour de deuil. Une enquête publiée ce jour-là, montre le nombre effrayant des enfants qui furent les victimes de prêtres dans un état américain depuis 70 ans. Elle montre aussi comment leurs souffrances furent mésestimées et les crimes commis systématiquement dissimulés.

Je veux dire ma honte. Les prêtres criminels sont mes frères. Ceux qui n’ont pas pris les mesures appropriées sont des pasteurs de l’Église, comme je le suis à mon niveau.

Il m’arrive souvent de faire mon propre examen de conscience. J’ai été supérieur d’un grand séminaire. Ai-je toujours fait tout ce qu’il fallait ? Dans les affaires les plus lamentables que j’ai eu à connaître aucun enfant n’était en cause. Si cela avait été le cas, qu’aurais-je fait ?

Nos évêques sont accusés pour leurs négligences, et aussi pour leurs erreurs de jugement. Je sais par expérience personnelle qu’on peut ne pas avoir été négligent et se tromper quand même. La confiance que l’on fait à quelqu’un n’est pas toujours récompensée.

Le Pape a pris la parole. Il nous dit que la crise des abus des prêtres est une épreuve pour toute l’Église. C’est le Peuple de Dieu tout entier qui doit se mobiliser pour affronter la crise où nous sommes. Son diagnostic est plus précis. Pour lui, une partie importante du problème, c’est le cléricalisme.

Je suis persuadé que ce diagnostic est juste. C’est là où les pasteurs de l’Église s’attribuent des droits et immunités qu’ils n’ont pas à avoir que des hommes pervers peuvent trouver place dans le clergé. Surtout, une Église corrompue par le cléricalisme est une Église qui ne regarde pas dans la bonne direction. Elle se complaît en elle-même au lieu de se tourner vers les « petits ». Pourquoi est-on resté si indifférent au sort des victimes ? Le Pape résume ainsi sa réponse : « Nous avons négligé et abandonné les petits. »

Le Pape demande que l’Église tout entière se mette en prière et qu’on aille jusqu’à jeûner. Là aussi, il a raison.

Père Jean-Loup Lacroix

Lettre du pape François au Peuple de Dieu

« Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance » (1 Cor 12, 26). Ces paroles de saint Paul résonnent avec force en mon cœur alors que je constate, une fois encore, la souffrance vécue par de nombreux mineurs à cause d’abus sexuels commis par un nombre important de clercs. Un crime qui génère de profondes blessures, en premier lieu chez les victimes, mais aussi chez leurs proches et dans toute la communauté.

Considérant le passé, ce que l’on peut faire pour demander pardon et réparation du dommage causé ne sera jamais suffisant. Considérant l’avenir, rien ne doit être négligé pour promouvoir une culture capable non seulement de faire en sorte que de telles situations ne se reproduisent pas mais encore que celles-ci ne puissent trouver de terrains propices pour être dissimulées et perpétuées.

1. Si un membre souffre

Nous pouvons constater que les blessures infligées ne disparaissent jamais, ce qui nous oblige à condamner avec force ces atrocités et à redoubler d’efforts pour éradiquer cette culture de mort.

Les blessures ne connaissent jamais de « prescription ». La douleur de ces victimes est une plainte qui monte vers le ciel, qui pénètre jusqu’à l’âme et qui, durant trop longtemps, a été ignorée, silencieuse ou passé sous silence. Mais leur cri a été plus fort que toutes les mesures qui ont entendu le réprimer. Un cri qui fut entendu par le Seigneur en nous montrant une fois encore de quel côté il veut se tenir.

Avec honte et repentir, en tant que communauté ecclésiale, nous reconnaissons que nous n’avons pas su être là où nous le devions, que nous n’avons pas agi en temps voulu en reconnaissant l’ampleur et la gravité du dommage qui était infligé à tant de vies. Nous avons négligé et abandonné les petits.

Je fais miennes les paroles du cardinal Ratzinger lorsque, durant le Chemin de Croix écrit pour le Vendredi saint de 2005, il s’unit au cri de douleur de tant de victimes en disant avec force : « Que de souillures dans l’Église, et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient lui appartenir totalement ! Combien d’orgueil et d’autosuffisance ! Il ne nous reste plus qu’à lui adresser, du plus profond de notre âme, ce cri : Kyrie, eleison – Seigneur, sauve-nous ! »

2. Tous les membres souffrent avec lui

L’ampleur et la gravité des faits exigent que nous réagissions de manière globale et communautaire.

Aujourd’hui nous avons à relever le défi en tant que peuple de Dieu d’assumer la douleur de nos frères blessés dans leur chair et dans leur esprit.

Je suis conscient de l’effort et du travail réalisés en différentes parties du monde pour garantir et créer les médiations nécessaires pour apporter sécurité et protéger l’intégrité des mineurs et des adultes vulnérables, ainsi que de la mise en œuvre de la tolérance zéro.

Nous avons tardé dans l’application de ces mesures et sanctions si nécessaires, mais j’ai la conviction qu’elles aideront à garantir une plus grande culture de la protection pour le présent et l’avenir.

Conjointement à ces efforts, il est nécessaire que chaque baptisé se sente engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin. Une telle transformation nécessite la conversion personnelle et communautaire et nous pousse à regarder dans la même direction que celle indiquée par le Seigneur.

Pour cela, la prière et la pénitence nous aideront. J’invite tout le saint peuple fidèle de Dieu à l’exercice pénitentiel de la prière et du jeûne, conformément au commandement du Seigneur, pour réveiller notre conscience, notre solidarité et notre engagement en faveur d’une culture de la protection et du « jamais plus » à tout type et forme d’abus.

Il est impossible d’imaginer une conversion de l’agir ecclésial sans la participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu.

Plus encore, chaque fois que nous avons tenté de réduire le peuple de Dieu à de petites élites, nous avons construit des communautés, des projets, des spiritualités et des structures sans racine, sans mémoire, sans visage, sans corps et, en définitive, sans vie.

Cela se manifeste clairement dans une manière déviante de concevoir l’autorité dans l’Église, comme l’est le cléricalisme, cette attitude qui « annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l’Esprit Saint a placée dans le cœur de notre peuple. »

Le cléricalisme engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup des maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme.

La dimension pénitentielle du jeûne et de la prière nous aidera en tant que peuple de Dieu à nous mettre face au Seigneur et face à nos frères blessés, comme des pécheurs implorant le pardon et la grâce de la honte et de la conversion.

En même temps, la pénitence et la prière nous aideront à sensibiliser nos yeux et notre cœur à la souffrance de l’autre et à vaincre l’appétit de domination et de possession, très souvent à l’origine de ces maux.

Que le jeûne et la prière ouvrent nos oreilles à la douleur silencieuse des enfants, des jeunes et des personnes handicapées. Que le jeûne nous donne faim et soif de justice et nous pousse à marcher dans la vérité en soutenant toutes les médiations judiciaires qui sont nécessaires.

Que grandisse parmi nous le don de la compassion et de la réparation. Marie a su se tenir au pied de la croix de son fils. Elle ne l’a pas fait de n’importe quelle manière mais bien en se tenant fermement debout et à son coté. Par cette attitude, elle exprime sa façon de se tenir dans la vie.

20 août 2018.  Texte intégral disponible sur le site de l’Église catholique en France : https://eglise.catholique.fr/vatican/messages-du-saint-pere/459286-lettre-pape-francois-peuple-de-dieu/

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