Le Christ Roi

Philippe de Champaigne, Ecce Homo, Musée des Beaux Arts de Nancy

Vendredi, nous avions la journée annuelle des prêtres du diocèse. Nous nous sommes d’abord rassemblés à Notre-Dame, dans le vaste espace du chœur. On a célébré la messe de « Sainte Marie, cause de notre joie. »Puis ce fut la vénération de la Couronne d’Épines. Le geste avait la signification d’une pénitence et d’une supplication. Nous passions un par un,en silence.

Comme nous retirions nos aubes, un confrère me disait : « Cette Couronne, quelle dérision ! » Je le sentais profondément touché.

J’ai repensé à ces mots d’un cantique : « Jésus, messie humilié ». On attendait un nouveau David, glorieux et adulé comme il l’avait été. Jésus fut ce condamné que tous abandonnent et dont on peut s’amuser sans retenue.

Ce dimanche, nous fêtons le Christ Roi. Je sais que cette fête peut sembler excessive et prétentieuse, mais nous devons choisir notre camp.

La foule criait : « Crucifie-le ! » Question de Pilate : « Vais-je crucifier votre roi ? » Venant de chefs Juifs, la réponse aurait pu être : « Nous n’avons pas d’autre roi que Dieu. » Elle fut une apostasie : « Nous n’avons pas d’autre roi que César. » (Jn 19,15)

Quelques heures plus tôt, une jeune servante avait interrogé Pierre : « N’es-tu pas l’un de ses disciples ? » Réponse : « Non, je ne le suis pas ! » (Jn 18,25).

Fêter le Christ Roi, ce n’est pas se complaire dans des nostalgies de théocratie, c’est lier son sort à celui que l’on couronna pour s’amuser de lui et mieux le gifler ensuite.

Pourquoi opter pour lui ? Pourquoi lui faire hommage ? Sa royauté « n’est pas de ce monde », comme il le précisa à Pilate. Son mystère et sa gloire transcendent toutes les images et les notions par lesquels nous voulons les exprimer. Mais, oui, il est notre Roi. Notre hommage est pour nous une double exigence de justice et d’amour.

De justice, parce qu’il était l’innocent par excellence et parce qu’il fut victime. Un des mérites de notre époque est que l’on comprend enfin que rien n’est plus insupportable que la souffrance méconnue des innocents.

D’amour parce qu’il a fait de nous ses amis, parce que nous ressentons profondément qu’il est infiniment digne d’être aimé, parce que sa beauté divine nous éblouit, parce qu’il est l’amour même.

Père Jean-Loup Lacroix

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