TOUSSAINT 2018

« Réjouissez-vous. Soyez dans l’allégresse »

Jésus nous invite à la joie.
Pas une joie en demi-teinte. Pas une joie hésitante. Pas même une joie discrète. Pas une joie secrète. Mais bien une joie éclatante.

Il dit : « Réjouissez-vous » et soyez dans l’allégresse. L’allégresse – on dit aussi la jubilation – est une joie qui emporte tout, qui nous saisit tout entier.
Même si on se tait, on peut la lire sur notre visage. Si cette joie surprend, si elle étonne, c’est tant pis. Elle est là. Elle se voit. Elle n’est pas le sourire forcé qu’on adopte pour plaire. Elle n’est pas la triste rigolade.
Elle vient du plus profond. Elle est trop forte pour demeurer cachée. Est-ce que cette joie peut être le nôtre, en ce jour de Toussaint ? Oui. Bien sûr. Du moins, il faudrait.

Il le faut pour que l’Évangile ne reste pas lettre morte. Il le faut si nous ne voulons pas fermer nos cœurs au don de Dieu. Il le faut pour que notre cœur, en ce jour, soit accordé à ce que nous célébrons. Non pas la tristesse de la mort, mais bien la joie des saints.

Si le ciel se déchirait nous verrions une foule innombrable, celle de tous les saints. Ils sont dans la lumière. Ils habitent la joie. Dieu a séché toutes leurs larmes.

Ils sont capables de compatir, comme Dieu lui-même compatit. Ils ne connaissent plus les larmes de la tristesse. Ils sont comme nous quand il nous arrive de pleurer de joie. Ils veillent sur nous. Ils prient pour nous. Ils sont de discrètes présences à nos côtés. Jésus a promis qu’un jour nous verrons le Ciel ouvert. On trouve cette promesse dans l’évangile selon saint Jean, au dernier verset du premier chapitre.

Parfois, cette promesse s’accomplit de manière anticipée, pour telle ou telle personne. Saint Paul raconte qu’il lui est arrivé d’être emporté au plus haut des cieux et de voir ce qu’on ne peut pas dire, ce qui est inexprimable.

Saint Jean, lui aussi, fut un voyant, et il a eu cette grâce de trouver des images pour nous exprimer un peu, autant que c’est possible, ce qu’il a vu et ce qu’on lui a dit. Il écrit :

« Après cela, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer. »

Quelle est donc cette foule, si nombreuse qu’on ne peut la compter ? Saint Jean écrit : « Ils se tenaient debout devant le Trône (devant Dieu) et devant l’Agneau (devant le Christ), vêtus de robes blanches avec des palmes à la main. » Nous comprenons déjà que c’est la foule immense de tous les saints : toutes celles et ceux que nous fêtons aujourd’hui. Mais la vision de saint Jean se poursuit et voici que l’un des 24 anciens qui entourent le trône de Dieu lui pose une question : « Ces gens, qui sont-ils ? Et d’où viennent-ils ? »

Jean ne sait pas, et c’est le vieillard qui lui donne la réponse : « Ceux-là viennent de la grande épreuve. » La joie du ciel est une joie de gens qui ont été sauvés. Une joie de rescapés, une joie de prisonniers libérés, une joie de malades qui en ont réchappé, une joie de lutteurs, qui se sont battus pour leur vie.

Le vieillard explique encore : « Ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. »
Pour exprimer ce qui est inexprimable, saint Jean n’hésite pas à employer les images les plus audacieuses. Peut-on blanchir une robe en employant du sang ?
Évidemment pas. Mais on peut purifier une âme en offrant pour elle un sacrifice qui plaise à Dieu, un sacrifice pur et saint qui soit offrande d’amour. Jésus a fait cela en offrant sa vie, comme un agneau qu’on immolait pour le repas pascal.

Vous me direz que tout cela est bien obscur, et tellement loin des problèmes d’aujourd’hui. Il me semble, au contraire, que rien n’est plus lumineux, ni plus près de vos questions.

À qui s’adresse le Christ, quand il proclame les béatitudes ? À des pauvres. À des artisans de paix que Dieu bénit, mais que les hommes persécutent.
Jésus dit précisément ceci. Nous venons de l’entendre : « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous à cause de moi. »

Je pense à cette chrétienne du Pakistan que des juges courageux ont fini par innocenter après dix années de prison, condamné à mort, pour une accusation de blasphème.

Je pense à ces prêtres totalement innocents, car nous sommes nombreux, n’est-ce pas à être totalement innocents, qu’on suspecte, qu’on accuse, sur lesquels on enquête, sur lesquels ont dit « Il n’y a pas de fumée sans feu. »

Nous ne devrions pas nous étonner qu’il en soit ainsi. Jésus nous a prévenus. Le plus étonnant, c’est qu’il nous invite alors à la joie. Pas même une joie secrète. Pas la mauvaise joie de celui qui trouve un plaisir trouble à se voir comme victime. Mais bien la joie très pure qui était la sienne.

Cette joie nous n’avons pas à l’imaginer, comme le ferait un acteur qui se prépare à jouer. Elle n’est pas une parure. Elle n’est pas une démonstration.

Nous pouvons la demander, nous pouvons l’accueillir, la laisser paraître. Mais toujours avec simplicité. Humblement.

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