Tristesse

Notre tristesse n’est pas celle de ceux qui constatent qu’on a saccagé un cimetière, fracturé un tabernacle ou renversé des statues. Chez nous, pas de blessés, seulement une église noircie, une grande porte, un vitrail et un bas-relief aux trois quarts détruits.
Pourtant notre émotion est grande. C’est un lieu de prière qui a été touché.
Ailleurs, c’est bien pire et l’on en parle moins. Ce vendredi ma-tin, un quotidien titrait sur les saccages et profanations des églises : « 109 vols et pas moins de 877 dégradations ont ciblé des lieux de culte catholiques sur l’ensemble du pays en 2018. »
Il y a pire encore que notre incendie et ces saccages. Bien pire. La crise que connaît aujourd’hui l’Église catholique tout entière est d’une gravité incomparable. Jour après jour, des paroissiens me disent leur scandale et leur souffrance.
Beaucoup voudraient tout reconstruire. Ils n’ont plus confiance. Je les comprends un peu. Je sais depuis longtemps, par expé-rience personnelle et par confidences reçues, que l’on peut souf-frir dans l’Église et à cause d’elle. Mais je sais aussi, par mille confidences et par expérience, qu’on peut avoir pour elle une re-connaissance infinie.
Nous aimons notre église. Et nous aimons l’Église.
Je pense à cette petite fille qui a de la peine à dormir depuis qu’elle a vu la grosse boule de feu qui sortait de la porte. Elle dit à ses parents : « Mais c’est mon église ! »
Je pense à cette intention de prière, déposée récemment dans la corbeille au pied du grand crucifix. Elle commence ainsi : « Pour te plaire, Seigneur, il n’est pas nécessaire d’avoir beau-coup d’instruction. » La personne qui écrit confie ensuite une in-tention très personnelle. Elle conclut : « L’église Saint-Sulpice m’apporte la paix, le partage, le respect. »
Le respect ! Si c’est bien cela que l’on trouve chez nous, alors, oui, gardons nos portes grandes ouvertes ! Si l’on peut dire au Seigneur son amour, parler à des prêtres, partager sa foi, être pris au sérieux, alors c’est que l’on n’est pas si loin de l’Évangile.
Tristesse ? Oui. Mais pas seulement.
Père Jean-Loup Lacroix

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