Petite chronique pour l’année Olier

Une chronique Olier dans Tous Frères

Cette chronique voudrait – au fil de l’Année et sauf quand d’autres notices s’imposent dans l’actualité de Tous Frères – nous familiariser avec Olier à Saint-Sulpice. Non pas d’abord, ici, ses écrits ou sa spiritualité. Mais tout simplement le personnage, le quartier où il a vécu et que nous habitons, les événements… Les “histoires” du temps, et pas forcément dans l’ordre chronologique !

L’une d’elle arriva un 29 janvier ? – Mais c’était il y a si longtemps, au XVIIème siècle ! – Alors ce sera un dépaysement… un voyage dans le temps, vers nos racines. Un monde à découvrir, par petites touches. Peut-être un moyen pour mieux comprendre l’œuvre et le message de Jean-Jacques Olier, curé de Saint-Sulpice. (Lucile Villey)

1. Un marchandage Olier devient curé

En 1642, Julien de Fiesque était curé de Saint-Sulpice depuis 10 ans. Il avait tenté quelques réformes de cette paroisse fort en désordre qu’il faudra un jour présenter. Paroisse immense, pour l’essentiel, une “banlieue” difficile, pauvre, violente – irréformable disait-on. Les prêtres de la paroisse, les premiers, refusaient tout effort. Monsieur de Fiesque était découragé.

Le 25 avril, fête de saint Marc, la paroisse alla en procession au village de Vaugirard, comme à l’accoutumée. Et son curé rencontra Olier et ses compagnons, qui venaient d’y installer leur embryon de séminaire. Il pense trouver là un successeur possible. Mais aucun ne veut. Il insiste, on hésite. Le séminaire serait moins éloigné de Paris… Le prieur de Saint-Germain des Prés sans qui rien n’était possible s’en mêle, d’autres encore.

Qui alors, parmi les compagnons de Vaugirard, deviendra le curé ? Olier, nous le savons. Mais au terme d’un marchandage pénible, – échange de bénéfices – dont les péripéties dureront 5 ans… Monsieur de Fiesque n’était pas homme à perdre à l’échange.

2. Olier devient curé (suite)

1642. M. de Fiesque, en tant que curé, percevait les revenus qui allaient avec sa charge d’âmes (un “bénéfice”). Il voulait échanger sa cure, mais contre quoi ? Les parents d’Olier l’avaient pourvu très jeune : à 16 ans il “possédait” déjà trois prieurés, une abbaye… Il en était resté là, car il s’était converti. Or M. de Fiesque lorgnait l’un de ces prieurés : Clisson, près de Nantes. Mais celui-ci ne rapporte que 1600 livres de revenus, moins que la cure ! – Débrouillez-vous pour joindre 1400 livres de rente ! Le curé était pressé de partir et le marché fut conclu le 25 juin.

Hélas, M. de Fiesque se ravisa. En 1645 il déclare la cession nulle, réclame un énorme supplément, alimente le mécontentement de certains prêtres et paroissiens contre les nouveautés d’Olier… Il n’y avait plus d’argent. Vincent de Paul et la Reine s’en mêlent, des amis d’Olier font des dons. Négociations pénibles. Ce n’est qu’en 1647 que la question sera réglée, un gros souci de moins. Le 10 juillet 1662 on célèbre à Saint-Sulpice une messe pour le repos de l’âme de M. de Fiesque.

3. Olier à la Foire Saint-Germain

Février, mars : la Foire bat son plein. C’est la grande affaire du quartier !

Depuis 1482, la Foire de l’Abbaye – toute proche de Saint-Sulpice, sur un territoire bien plus étendu que l’actuel Marché : un quadrillage de 24 splendides halles couvertes, des centaines de marchands – s’ouvrait le 3 février, pour la Saint-Vincent. De trois semaines au départ, elle avait peu à peu grignoté le Carême – qui y devenait carnaval jusqu’aux Rameaux…

Elle abritait des commerces de luxe : orfèvres, ébénistes, étoffes ; mais on vendait de tout. Et se pressaient danseurs de corde, marionnettistes, montreurs d’animaux, tréteaux d’acteurs forains.

La célèbre Foire est alors un rendez-vous prisé, où les classes sociales se mêlent, des princes aux mendiants. Y compris escrocs et prostituées. Lieu de commerce et de fête, la Foire Saint-Germain est aussi un lieu de débauche, avec jeux de hasard, rixes, duels.

Olier en héritera comme curé. Mais en 1629 – il avait 20 ans – qu’allait donc faire à la Foire le jeune Abbé Olier ?

4. Olier à la Foire Saint-Germain (suite)

La Foire, 1629. À la porte d’un cabaret, Olier et quatre amis, étudiants en théologie. Venaient-ils se changer les idées ? Des clercs richement vêtus, justaucorps de satin violet, bas violets…

Passe Marie Rousseau. Au carrefour de Buci, elle tient un cabaret avec son mari, marchand de vins. Marie était connue pour sa vie spirituelle intense, on venait lui demander conseil. Elle priait sans cesse pour la conversion de ce Faubourg de fâcheuse réputation.

« Hélas, Messieurs – dit-elle – que vous me donnez de peine ! Il y a longtemps que je prie pour votre conversion. J’espère que Dieu m’exaucera. » Ont-ils haussé les épaules ? Ri ? On ne sait. Mais cette parole a dû frapper Olier.

Plus tard, avec le recul, il reconnaîtra dans cette brève rencontre “sa première conversion” : ouverture vers le véritable changement de vie, l’année suivante, en Italie. À la Foire, sans le savoir, il venait rencontrer Dieu.

La cabaretière mystique du Faubourg, comme on l’appelle, retrouvera Olier douze ans plus tard. Elle interviendra dans sa venue comme curé, et sera un appui de sa vie spirituelle.

5. Olier et le service des pauvres

Au 17ème siècle, où ils sont légion, on n’hésite pas à dire les pauvres. Olier, qui vient de naître à la grâce (1631), rentre à Paris. Et voici que dans l’hôtel familial – au moment où sa mère s’active pour promouvoir sa carrière ecclésiastique ! – Olier se met à abandonner son train (de vie), les beaux habits, les bonnes compagnies. Il manifeste au dehors qu’il est à Dieu en Jésus-Christ. Un changement de vie total, et la fougue d’un converti.

Alors il va aux enfants, aux pauvres ; comme Jésus il se met à leur service, les ramène chez lui ! Le voici qui sort de Notre-Dame. À la porte, un mendiant : il lui donne une aumône, et le catéchisme : il se met à l’instruire longuement. Sur le parvis, sur le pont de l’Hôtel-Dieu, il s’approche d’un pauvre aux plaies répugnantes : tel François d’Assise il embrasse sa plaie, il voit en lui le Seigneur couvert de plaies…

On le raille, on le méprise, honte de sa famille. Trop ostentatoire ? Alors c’est brûlant de l’intérieur, sans être vu, qu’il agira.

Il est temps pour Olier de rencontrer Vincent de Paul et ses missions. Dans dix ans il sera curé. Mais déjà : comment se convertir sans découvrir les pauvres autour de soi ? (À suivre)

6. Olier et le service des pauvres (suite)

1649. L’hiver, particulièrement rigoureux, est dramatique. Les Parlementaires ont refusé la multiplication des taxes et impôts sur une population exténuée par les guerres et les épidémies ; les barricades ont surgi. La Cour s’est éloignée. Le Prince de Condé a mis le blocus sur Paris. La guerre civile est là avec son cortège de misère.

Olier décrète aussitôt une visite générale : déjà 1 500 familles dans l’extrême nécessité, et leur nombre ne fait que croître. Où trouver les ressources ? Bien sûr il donne, comme ses confrères. Une poche percée. Quand il n’a plus rien il donne ce qu’il a en mains, un livre, un mouchoir : de quoi acheter du pain… Il vend ses biens. Ses paroissiens ? Chacun donne selon ses moyens, mais les riches ont fui au loin. Une nuit, Olier secrètement arrive à franchir les lignes, à pied dans la neige… Au château de Saint-Germain, il verra la Princesse de Condé (dont le fils tient le blocus !) et d’autres : il obtient des subsides.

Voici Olier comme sainte Geneviève : avec du pain, de la soupe, du charbon… Il prie, porte devant Dieu son peuple qui souffre. On lui reproche sa prodigalité imprudente ? « La bourse de Jésus-Christ est inépuisable, il n’y a qu’à commencer, il nous assistera ».

7. À travers les épreuves

1642. L’entrée en fonction se fit dans les douleurs. Nombreux étaient les opposants : amis persuadés qu’accepter cette paroisse mènerait à l’humiliation d’un échec… pour le Séminaire aussi.

Quant à la mère d’Olier, elle était effondrée, amère devant la carrière gâchée de son fils. Refuser l’évêché de Châlons pour devenir curé de faubourg, courir après les trépassés dans les rues de Paris ! Elle rompt : elle ne veut plus m’avoir pour fils, bref elle le répudie et toute la famille.

Le premier obstacle vint des prêtres que laissait M. de Fiesque. Fort relâchés. Après leur messe, ils finissaient la journée au cabaret qui se trouvait dans le cimetière (notre Chapelle de la Vierge), avec les ivrognes. C’est là, dit-on, que les confessions étaient rétribuées… en liquide.

Olier, devant ces prêtres, tombe à genoux, et leur propose une vie en communauté ! Revenus mis en commun, frugalité, vivre ensemble leur service paroissial… Une révolution. Sur 17, 4 acceptèrent. Les autres ? Olier les laisse continuer, chacun de son côté avec ses honoraires. Il se retrouve avec son petit groupe, si petit que la tâche est impossible. Or cette communauté bizarre va vite attirer, grandir : bientôt 50 prêtres dans une ferveur première.

8. A travers les épreuves (suite)

1645 fut une autre année de fondation. Au bout de 3 ans, les difficultés augmentaient – terrain d’une émeute qui ébranla le Faubourg tout entier. Que se passait-il ? Une histoire d’argent ? Entre deux curés, l’ancien et le nouveau ? Sous-jacents, les mécontentements accumulés.

Les soucis financiers étaient grands. Comment construire un séminaire qui réponde aux besoins ? Sur le terrain du presbytère ? Les marguilliers s’y opposaient, d’autant qu’Olier venait de leur faire approuver un plan hors de prix pour la nouvelle église. L’Abbé de Saint-Germain était hostile au Séminaire, beaucoup se décourageaient.

Or dans la paroisse l’opposition larvée à l’action pastorale du curé explose. Des paroissiens, appuyés par d’anciens prêtres, font appel à M. de Fiesque, mécontent de l’échange de bénéfices qui a permis à Olier de devenir curé : il le déclare nul ! C’est lui le curé.

Le 8 juin, la sédition éclate. On placarde à la porte du presbytère : maison à louervalets à louer… on lance des pierres. La maison est envahie, Olier frappé, traîné par les rues le surplis déchiré… exfiltré par des amis au Palais du Luxembourg pendant qu’on revient saccager le presbytère. Durant trois jours l’église est morte, sans offices. Olier est calme, il prie, soucieux de ses ennemis.

9. A travers les épreuves (suite)

Le presbytère était occupé, les prêtres et séminaristes dispersés. L’affaire avec M. de Fiesque est portée devant le Parlement, qui est partagé. Contre Olier, le Prince de Condé, qui l’humilie publiquement. Pour : Vincent de Paul et la Reine, la Princesse de Condé.

Olier est confirmé dans sa charge, mais la tension persiste. On vient mettre le feu au presbytère ; 300 prostituées manifestent devant le Parlement… L’échec est patent.

La Reine propose l’évêché de Rodez, une belle sortie. Mais le projet longuement mûri devant Dieu ? Marie Rousseau, qui a tant prié et fait pour sa venue, lui conseille de rester, son directeur spirituel aussi. Olier alors s’en remet humblement à la décision de l’Abbé de Saint-Germain Henri de Condé, pourtant hostile, son supérieur. Et voici que l’Abbé, impressionné, change d’avis.

Tout alors reprend vie. Prêtres et séminaristes reviennent. Avec l’aide de Monsieur Vincent, on cherche à contenter M. de Fiesque insatiable : des amis d’Olier lui abandonnent leurs bénéfices. Le 6 septembre, Olier et deux compagnons signent un Acte d’association, que l’Abbé autorise officiellement. Le jeune Louis XIV, 7 ans, de par Madame sa Mère octroie des Lettres patentes : la Compagnie des Prêtres de Saint-Sulpice est née. Olier, affermi par l’épreuve, relance la paroisse.

10. La Pâque d’Olier

Il est mort le lundi de Pâques 2 avril 1657. A 48 ans, Olier avait vécu beaucoup de Pâques… N’est-ce pas à Pâques, en 1641 à Notre-Dame de Chartres, qu’au sortir d’une longue épreuve il avait « commencé de respirer et de rire », après tant de nuits d’orage ? Un an plus tard, il entrait à Saint-Sulpice.

En 1652, gravement malade, il avait dû quitter sa charge de curé. 1653, première attaque de paralysie. Pourtant il continuait à veiller, voyageant de sanctuaires en séminaires, faisant paraître de petits livres pour ses paroissiens. Très affaibli, il avait fait placer un tableau de la Résurrection dans sa chambre.

1657. Le Lundi saint – il était allé à Issy pour se préparer à la mort – nouvelle attaque. Les médecins le font ramener à Paris au Séminaire. Samedi saint il perd la parole, reçoit l’Extrême-Onction. Dimanche, tombe dans le coma. « J’ai eu le bonheur de me trouver auprès de lui lorsqu’il a rendu l’esprit. Ce fut le lundi de Pâques », écrira Vincent de Paul. Les obsèques seront célébrées à l’église le 7 avril, puis son corps déposé dans la Chapelle du Séminaire.

Peu de semaines avant sa mort, Olier avait pu voir le tableau de Le Brun commandé pour la Chapelle du Séminaire – c’est l’image distribuée pour l’Année Olier : à la Pentecôte, la descente de l’Esprit sur la Vierge, de là répandu sur les Apôtres. Il en avait été ébloui. « Si on la peint ici-bas dans une aussi parfaite beauté, que ne sera-ce point dans le ciel ? ». Voici donc Olier avec Marie, devant son Seigneur.

11. Querelle de clochers

Le 25 avril, fête de saint Marc, Saint-Sulpice allait en procession à Vaugirard (c’est à cette occasion qu’en 1642, M. de Fiesque avait pressenti Olier pour lui succéder).

Or, cette année 1651, le jansénisme montait en puissance. Ces Messieurs voulaient – comme Olier ? – réformer l’Église. Ils disaient revenir à la pureté de l’Église primitive, leur vie austère attirait. Le curé de Saint-Merry, janséniste, concurrençait désormais Olier. Dans des salons du Faubourg Saint-Germain, on frissonnait en dissertant sur la grâce… Mais Olier s’y oppose fermement. « Parce qu’on prêche que Jésus-Christ est mort pour tous, ils sont scandalisés. »

La communion ? Pour eux, rare, elle est comme un sceau de perfection ; selon Olier, plutôt un remède « pour nous laisser posséder par Jésus » …

M. Coppin, curé de Vaugirard, suivait les jansénistes, Olier était devenu l’ennemi.

La procession arrive donc à Vaugirard : Olier, les marguilliers, une foule de paroissiens, mais pas de curé, personne pour les accueillir solennellement selon l’usage. Les cloches, au lieu de carillonner, restent muettes : pour ne pas accueillir Olier, on avait remonté les cordes dans le clocher…

Les marguilliers de Saint-Sulpice, offensés, délibèrent : désormais on n’ira plus à Vaugirard.

Ceux de Vaugirard, se souvenant peut-être des services que Saint-Sulpice rendait régulièrement à leur paroisse, font porter des excuses. Et le 14 avril 1652, on décide de reprendre l’ancien usage…

12. Construire le Séminaire

Avec la paroisse, le Séminaire – bientôt sur la place devant l’église. Quelle aventure ce fut, quels obstacles ! Mais c’était l’œuvre de Dieu. Il y fallait des séminaristes, des formateurs, une maison, une paroisse à côté ; et pour la stabilité une institution reconnue.

Août 1642. Olier venait d’arriver de Vaugirard avec quelques compagnons et élèves. On les logea comme on pouvait au presbytère, cela ne pouvait durer.

Mais d’abord, qui entrerait au Séminaire ? Quelle en serait la porte ? Du temps d’Olier, il n’y eut pas de laïcs songeant au sacerdoce ; mais de jeunes clercs déjà tonsurés ; ou des prêtres ordonnés quasi sans formation.

27 août. Olier prêche le jour de la Translation des reliques de saint Sulpice. Les Grands du Faubourg sont venus voir le nouveau curé. Celui-ci a choisi l’évangile du Bon Pasteur, et dépeint Sulpice comme le modèle des pasteurs.

Il en profite pour interpeller ses auditeurs : Que cherchent ces parents qui destinent leur fils au sacerdoce ? Une brillante carrière, des honneurs, de l’argent ? Bien souvent. Ou encore à caser ceux qui sont trop peu doués, juste bons à faire un prêtre ?

Non. D’ailleurs, on ne s’arroge pas cet état. Il faudra chercher des signes de vocation, un désir d’union à Dieu et de conformité avec le Christ – en sorte de pouvoir y entraîner les autres.

Comme les brebis de la parabole (Jn 10) ils entreront (au Séminaire ?) par la Porte qui est le Christ. Intérieurement appelés par Dieu qui connaît et appelle chacun par son nom. Entrer par la porte de la vocation : formule qui tranchait avec les usages du temps et marquera Saint-Sulpice.

13. Construire le Séminaire (suite)

Or dès 1642, le candidats frappaient à la porte du Séminaire. De quoi se réjouir, mais où les loger ? Les difficultés furent d’abord matérielles – d’autant qu’on acceptait aussi des séminaristes sans ressources.

On trouva une maison voisine du presbytère, dite A la Belle Image, car elle portait une image de la Vierge. L’actuel 9 rue Guisarde. Un minimum d’aménagements ? Marie Rousseau, l’ancienne cabaretière qui avait contribué à la venue d’Olier, aida de ses deniers. Mais ce n’était qu’un campement – repas et temps de prière pris avec les prêtres de la paroisse ; exigu, insalubre : plusieurs tombèrent malades.

Vivre pauvrement, oui. Mais les uns sur les autres ? Il fallait du silence, des lieux d’étude. En envoyer certains à Vaugirard ? Et les entrées affluent : 12 à 25 par an ; certains resteront quelques mois, d’autres un an, ou plusieurs années ; certains deviendront à leur tour formateurs.

Quand Olier veut bâtir des corps de logis dans le jardin du presbytère, les marguillers s’y opposent : le Séminaire n’est pas l’affaire de la paroisse.

Olier n’est-il pas comme l’homme insensé qui bâtit sa maison sur le sable sans en avoir d’abord assuré les fondations, les exigences concrètes ? Le projet est voué à l’échec. Même ses proches doutent. Et Henri de Bourbon, l’Abbé de Saint-Germain dont Olier dépend, y est défavorable.

Pourtant, le 2 mai 1645, Olier monte à Montmartre avec deux compagnons. Là, ils promettent devant Dieu de poursuivre l’œuvre du Séminaire : ensemble, former pour Dieu des prêtres qui puissent le servir en esprit et en vérité. (À suivre)

14. Construire le Séminaire (suite)

Mai 1645. Des adversaires et pas d’argent : les deux vont souvent ensemble. Le projet paraît sans issue, malgré l’acte d’offrande de Montmartre (n° 13). Au même moment gronde l’émeute paroissiale, et M. de Fiesque réclame toujours plus d’argent : le 9 juin le presbytère sera saccagé, Olier chassé (cf. chronique n° 8).

Or un vaste enclos est disponible, tout proche de l’église. La maison Méliand s’ouvre rue du Colombier, en face de la rue des Canettes ; c’est le terrain idéal, au prix de 75.000 livres ! Deux “sulpiciens”, M. de Poussé – qui deviendra curé – et M. Hurtevent, viennent en aide à Olier : le 27 mai, on achète le terrain, et des dettes. Une folie dans ce contexte.

Il n’est pas question de pouvoir construire. Provisoirement, le Séminaire emménagera dans les trois modestes maisons qui s’y trouvaient. Avec des planches de sapin, on pose des cloisons jusqu’au grenier : autant de chambres, encore un campement.

L’émeute se calme et le 25 octobre l’Abbé de Saint-Germain, jusqu’alors hostile, confirme Olier comme curé et autorise enfin l’institution du Séminaire. Mais sans y contribuer financièrement !

Survient la Fronde et son cortège de misères, asséchant ce qui restait dans la bourse. Dès la paix signée (11 mars 1649) – le 22, Olier va à Notre-Dame de Paris se confier à la Vierge. Et là, dans la prière, il reçoit une vue nette du Séminaire souhaité : un vaste bâtiment carré autour d’une cour.

Les caisses sont vides, peu importe, puisque Dieu le veut : déjà il en donne le plan au célèbre architecte Le Mercier, pas moins…

15. Construire le Séminaire (suite)

« Je me voyais incapable de l’entreprendre [la construction], n’ayant pas de quoi l’exécuter », rapporte Olier. Mais Dieu ne lui a-t-il pas, dans la prière, montré le bâtiment ? Vaste ; où chacun aurait sa chambre, on vivrait en silence… Or les Sulpiciens s’étaient ruinés sous la Fronde, et Olier refusait une aide extérieure qui aurait entravé sa liberté. Compter sur Dieu seul.

On se lance donc. Septembre 1649 : Olier bénit la première pierre. Et tout va aller très vite. Voici que deux jeunes gens entrés au Séminaire, les frères Souart, offrent de quoi commencer. Va-t-on arrêter ? M. de Bretonvilliers – celui qui achètera la maison d’Issy et succèdera à Olier – hérite d’une grande fortune.

Sous la direction de Le Mercier, les travaux se poursuivent rapidement. C’est que dans ces années troubles, personne n’osait rien entreprendre, et la main-d’œuvre abondait. Imaginez la vie alors sur notre Place ! À l’Assomption 1650, le gros œuvre est achevé. En novembre, bénédiction de la Chapelle, avant même l’achèvement des travaux. Puis du Séminaire à l’Assomption 1651.

Olier en avait reçu le plan à Notre-Dame de Paris. Avant d’emménager, il part à Chartres remettre les clés du bâtiment à Notre-Dame. Elle veillera sur le Séminaire.

La maison, qui s’ouvre rue du Colombier, est solide, mais sobre, sans ornementation. Une exception : la Chapelle, pour elle rien n’est trop beau. Olier fait commande au peintre Le Brun de l’Assomption de la Vierge, de la Pentecôte sur la Vierge et les apôtres (notre image de l’Année). La maison est prête. La véritable construction, ce sera celle des prêtres.

16. Les duels : un enjeu pastoral

Le jour de la Pentecôte, en 1651, à Saint-Sulpice, un événement fit grand bruit, appelé à se propager rapidement. Que demandait-on au Saint-Esprit ?

Parmi les misères et fléaux du temps, l’un concernait la noblesse et la décimait : la pratique des duels. Un gentilhomme pouvait-il souffrir injure sans demander réparation ? Pour une broutille parfois, on répandait le sang, on était prêt à mourir. Affaire d’honneur ! Elle vous vaut l’estime de votre propre milieu.

Les ordonnances royales, répétées, n’empêchaient rien. En une semaine, rapporte-t-on, 17 personnes furent tuées en duel sur le territoire de la paroisse. Il est vrai que le Faubourg offrait les terrains propices, tel le Pré aux Clercs… Les 4 Mousquetaires n’avaient-ils pas lié ainsi amitié derrière les Carmes ? On se bat même en pleine Foire Saint-Germain, tout à côté de l’église !

Pour le curé, une enjeu pastoral majeur. Il fallait éradiquer les duels.

Réprimer ? Par les armes spirituelles. Refus de sépulture ecclésiastique. Puis Olier requiert du vicaire général de l’Abbaye l’excommunication des duellistes, sauf au lit de mort. Mais les confesseurs sont souples devant les nobles…

Il y faut bien plus. Ce sera à des gentilshommes eux-mêmes, regroupés autour d’Olier, de se lever pour devenir un exemple vivant, un appel positif à la conversion.

17. Les duels : un enjeu pastoral (suite)

Or donc, qu’arriva-t-il chez nous à la Pentecôte 1651 ?

En 1648, dans l’orbite de la Compagnie du Saint-Sacrement, un petit groupe était né autour du baron de Renty, un saint laïc – et d’Olier. Celui-ci, sorti plus fort de l’émeute de 1645, attirait désormais les nobles qui lui avaient été hostiles. Parmi ses prises, la conversion du marquis de La Motte-Fénelon (oncle du Fénelon des entretiens d’Issy qui deviendra évêque de Cambrai) avait fait grand bruit. Connu pour ses nombreux duels, il entre dans ce groupe placé sous le patronage de saint Louis, qui veut se battre, mais contre le duel.

Après la mort de Renty, en 1649, la confrérie s’étoffe : une quinzaine de militaires autour de Fénelon et du curé Olier. Poursuivant leur quête spirituelle, ils prennent le nom de Compagnie de la Passion. Ne s’agit-il pas de souffrir l’injure sans demander réparation, à la suite du Christ ?

Et voici qu’à la Pentecôte, remplis de force, ils s’engagent publiquement à renoncer aux duels, y compris à servir de second – et à chercher à en détourner les autres. Signent Fénelon, le maréchal de Fabert, le duc de Liancourt, d’autres encore de la paroisse.

Un coup d’éclat qui scandalise d’abord : quels lâches ! Mais qui venant d’hommes connus pour leur courage, pose question. Retentit jusqu’en province. Bientôt appuyé par les maréchaux de France, par 50 docteurs de Sorbonne… Jusqu’à ce que le jeune Louis XIV commence son règne personnel par un solennel édit contre le duel.

Dans la paroisse, et à partir d’elle, quel chemin parcouru !

18. L’ordre de la sacristie

Olier, curé, cherchait le renouveau des cœurs, à l’image du Christ. Mais cette vie intérieure se reçoit dans les sacrements, dans la prière, d’abord à l’église. Or dans cette église le désordre était grand, et bien des fidèles fuyaient vers les Chapelles des Religieux alentour, plus propices. Rappelez-vous les mœurs des prêtres se refusant aux réformes d’Olier (n° 7).

Et donc “en premier”, accompagnant le souci des pauvres, il faut chercher la beauté du culte, si négligé. On construira une nouvelle église. Mais dans l’actuelle – conservée dans les cryptes – que de réaménagements déjà… M. de Bassancourt, chargé de liturgie au Séminaire, vécue dans la paroisse – mentionne dans une lettre une étonnante remise en ordre : « Notre sacristie est propre, nette… garnie de sa piscine et de tout ce qui est de besoin. Tous les prêtres s’y habillent [elle sera commune à tous].  Désormais on a ôté les cloches des chapelles, il n’y en a qu’une à l’entrée de la sacristie que l’on sonne à la sortie de chaque prêtre qui va célébrer : de façon que depuis les six heures du matin jusqu’à midi, de quart d’heure en quart d’heure, il part un prêtre de la sacristie… »

Il y aura bien d’autres règlements : de sonnerie, d’organistes… des mendiants mis au dehors ; les confréries qui envahissaient les chapelles de superstitions, doucement élaguées, conduites vers les sacrements.

De quoi s’agit-il à travers ces règles matérielles ? Une église “comme un paradis”, où sans cesse on sera en prière. Prêtres par les heures canoniales avec leurs cantiques, laïcs devant le Saint Sacrement – pendant que d’autres prêtres, laïcs, vont aux tâches du dehors, puis reviennent prendre la garde de prière. Une église source de vie.

19. Première Messe

A Saint-Sulpice, nous pensons d’abord à l’arrivée d’Olier comme curé : une messe d’août 1642, celle de “ses noces” avec la paroisse. Mais l’événement en impliquait un autre, 9 ans plus tôt : l’ordination ; et la première messe, en la fête de saint Jean-Baptiste, le 24 juin 1633.

Converti, je jeune Olier hésitait : entrer chez les Chartreux – à Vauvert, derrière le Luxembourg – un désir lancinant. Ou devenir prêtre séculier ? Quel est le désir de Dieu sur lui ? La rencontre de Vincent de Paul fut décisive, avec une première expérience des missions dans les campagnes à l’abandon. Oui, Dieu lui indique un “ordre” supérieur, “plus important pour l’utilité de l’Eglise”, se dit-il. Ce sera “l’Ordre de Jésus-Christ”, un simple ministère apostolique de prêtre. Sa mère avait eu, pour lui et pour elle, d’autres ambitions ; et lui-même ?

C’est décidé. Sous la direction de Vincent il prend part aux Exercices des ordinands de Saint-Lazare : 15 jours de préparation (une nouveauté !). Tout va très vite : sous-diaconat le 12 mars, diaconat le 26 avril ; prêtre le 21 mai, pour la fête de la Trinité – à la Chapelle de l’Archevêché.

Olier attendra un mois avant de célébrer. Une pratique alors assez courante : se préparer dans la prière. Et puis sa cousine Madeleine de Bussy – qu’il avait encouragée à entrer au Carmel malgré l’opposition familiale – fera Profession religieuse le 24 juin. C’est au Carmel qu’il célébrera sa première messe, y portant comme une double offrande, Madeleine, et lui-même “devenant hostie”.
Las ! La splendide chasuble qu’il avait fait confectionner n’était pas prête. C’est à Notre-Dame, le lendemain, qu’il la revêtira lors d’une deuxième messe.

20. Olier en Mission

Avant de devenir curé de Saint-Sulpice – immense champ de mission – Olier avait passé quelques huit ans de mission en missions dans les campagnes abandonnées, comme le faisaient les Prêtres de la mission de Vincent de Paul. En équipe à quelques prêtres, annoncer l’Evangile à ces pauvres parmi les pauvres, abandonnés, ignorants de leur foi. Olier n’était pas le seul, mais il était homme de condition, avec le titre d’abbé… quel scandale pour sa famille, pour sa mère !

Janvier 1637. Le voici en Auvergne. Les conditions de vie sont rudes dans ces terres inhospitalières. On loge dans des maisons à la saleté repoussante, celles de ceux qu’on évangélise. Mais quel accueil !  « Nous étions accablés du peuple, qui y abordait de sept ou huit lieues du pays, malgré la rigueur du froid… » En quinze jours, plus de 2000 confessions générales : une nouvelle vie, tant de joie pour tous !

Mais peu après Olier tombe gravement malade à Langeac, perdant jusqu’à l’usage de la raison. Les médecins manquent de le tuer par leurs remèdes, les religieuses prient. On le juge perdu.

Madame Olier accourt de Paris, mais trop tard : son fils est déjà guéri. Et voici qu’il vient à son avance : 300 ou 400 pauvres le suivaient au sortir de la ville… Quelle rencontre ! De la grande dame venue chercher son fils, et de ces pauvres désormais sa famille. « Ils avaient par leur prière et leurs vœux obtenu la guérison que je ne méritais pas et que toute la famille ensemble n’eût pu me redonner par leur argent et industrie. »

21. Les sept lampes  

 C’est l’Eucharistie qui renouvelle l’Eglise. On disait  au temps d’Olier Jésus au très Saint-Sacrement.  « Dieu lui avait appris que Jésus-Christ dans ce mystère pouvait seul être la source et le fondement de toute la réforme du Faubourg Saint-Germain. »

Le très Saint-Sacrement : sous cette expression on entendait aussi bien la messe que le présence de Jésus dans l’hostie, caché au tabernacle ou devant nos regards, pour que nous devenions « comme Jésus au Saint-Sacrement ». L’arrivée d’Olier entraîna d’abord un renouveau de la pratique dominicale, de la communion fréquente ; de la beauté de la liturgie. Mais ce que nous appelons l’adoration du Saint-Sacrement ? Alors tombée en oubli dans la paroisse… pour Olier source de la mission.

Commencer par les prêtres – ce sera la meilleure façon d’entraîner la paroisse. C’est pour cela que durant cinquante ans on ne conserva pas le Saint-Sacrement au séminaire : ces messieurs iraient adorer à l’église. « …Qu’il y ait depuis le matin jusqu’au soir quelques ecclésiastiques de la maison qui l’honorent au nom de toute la communauté… » ; « venir pour être fortifiés au service de Notre-Seigneur, après le travail ; et quand ils seront cassés de vieillesse, il faudra qu’ils viennent se reposer en adorant le Saint-Sacrement et consumant leurs jours auprès de lui. »

Et les fidèles ? Ils ne connaissaient guère que la Fête-Dieu. Or il avait existé une Confrérie du Saint-Sacrement, tombée en désuétude. Olier la fit revivre. L’histoire vaut d’être racontée : ce fut le moteur de la vie paroissiale. Cette confrérie nous a laissé en 1673 le vitrail que nous voyons encore au choeur à la droite du Ressuscité. Mais en 1643, dans l’église, il ne brûlait qu’une seule  et maigre lampe devant l’autel. (A suivre)

22. Les sept lampes (suite)

Donner vie à la Confrérie du Saint-Sacrement, en faire le cœur vivant de la paroisse. Comment s’y prendre ? Olier convoqua d’abord les dames, un milieu aisé qui avait du temps. Ensemble ils décidèrent de leur nouvelle vie : se relayer auprès du Saint-Sacrement dans l’après-midi à jour et heures fixes, aidées d’une belle image pour leur enseigner l’adoration ; assister à une instruction le jeudi ; accompagner avec des cierges allumés le Sacrement quand il est porté dans l’église. C’est qu’Olier avait institué procession et Salut du Saint-Sacrement tous les 1er dimanche et jeudi du mois, mais refusait plus d’exposition « à découvert » malgré les demandes, pour ne pas la banaliser.

Les enfants, les hommes ? Un dimanche de juin 1643, il appelle tous les paroissiens, pauvres et riches, savants ou ignorants,  à entrer dans la Confrérie. L’instruction se fera en langage plus simple, on proposera à ceux qui travaillent de venir adorer le dimanche, avant la promenade. Beaucoup s’inscrivent. Et voici que désormais les Grands se confondent avec le menu peuple… La Princesse de Condé s’assoit sur une petite chaise de paille avec le commun ! Elle a manqué son heure d’adoration : – C’est que la Reine m’avait mandée. – Mais votre cour au Roi des rois, Madame ! Et la princesse accepte humblement.

Le Saint-Sacrement reposait alors et au maître-autel et à la Chapelle de la Vierge. Une seule lampe. Olier exhorte la confrérie : devant l’arche d’alliance, n’y avait-il pas sept lampes allumées (Ex 25, 37) ? Et sept lampes, les sept esprits devant le trône de Dieu (Ap 4, 5) ?  Un paroissien donne deux lampes, ces dames quatre, Olier la septième. Une dépense considérable. « Sept lampes brûleront jour et nuit devant le trône que Dieu s’est choisi ».  Au maître-autel. Image de ce Faubourg appelé à vivre en sa Présence. (A suivre)

23. Le sacrilège et sa lampe

10 août 1648. La Gazette de France relate les récents événements de Saint-Sulpice. Dans la nuit du 28 juillet, douze voleurs se sont introduits dans l’église par la fenêtre de la Chapelle Sainte-Barbe. Ils convoitaient le trésor d’argenterie que la confrérie des portefaix y conservait. Las ! Ce jour-là la chapelle était vide.

De rage, nos douze voleurs se dirigent vers la Chapelle voisine de la Vierge, enfoncent le tabernacle, saisissent le ciboire, en secouent le contenu pour s’en débarrasser. Les hosties consacrées roulent à terre…

Au matin, l’émotion et la douleur sont grandes. « Un acte effroyable ». Mais le sacrilège n’est peut-être pas simplement le fait des pillards… Ne manifeste-t-il pas le peu de ferveur des paroissiens envers le Saint-Sacrement ? Comment réparer, faire pénitence ?

Le 2 août, Olier au prône annonce trois jours de jeûne, avec signes de deuil et processions de pénitence sous la pluie battante. Suivent trois jours d’exposition du Saint-Sacrement, où chacun contribue selon ses moyens à un cadre splendide. Le dernier jour, tout le Faubourg, avec les moines de l’Abbaye, part en grande procession. La Reine et les princes en deuil suivent le dais. Et Olier prononce dans l‘église une amende honorable, dans le bouleversement général.

Chaque 1er dimanche d’août, Saint-Sulpice fera mémoire du sacrilège et de sa réparation.

Mais là n’est pas l’essentiel…

24. Le sacrilège et sa lampe (suite)

On a solennellement remis le Saint-Sacrement dans la Chapelle de la Vierge. Mais pas seulement… Olier a-t-il suscité un mouvement de conversion chez ses paroissiens ? Il s’émerveille devant eux.

Douze voleurs avaient profané le Corps du Christ ? Voici que douze personnes – « comme unis aux douze Apôtres » – puis douze autres, s’associent pour demeurer devant l’autel de la Vierge chacun une heure. Et Olier y voit « les vingt-quatre Vieillards de l’Apocalypse aux pieds de Jésus-Christ en adoration perpétuelle devant son trône » (cf Ap 4,4).

Ainsi fut établie à Saint-Sulpice l’adoration perpétuelle, jour et nuit. Et du mal naquit un bien. Les adorateurs se multiplient, chacun rejoignant l’une des vingt-quatre heures. Il se relaient à la place, ou pour ceux qui méprisent dans leur cœur ou profanent dans leur vie le Saint-Sacrement.

Des douze voleurs, un seul fut arrêté trois mois plus tard. C’était un soldat du régiment des gardes, chez qui l’on trouva le ciboire de Saint-Sulpice, et bien d’autres objets dérobés. Il y avait sacrilège : le Parlement de Paris le condamna… à « fonder une lampe » qui brûlerait à perpétuité dans la Chapelle de la Vierge – il y aura donc désormais deux lampes. De plus, il dut faire amende honorable devant le portail de l’église, et subit la peine de mort au carrefour de le rue de Tournon (16 juin 1649). Olier voulut l’accompagner jusqu’au bout.

 25. Olier pélerin

Au XVIIème siècle l’Église « sortait ». Les paroisses processionnaient, jusque hors les murs. On voyageait malgré l’insécurité des routes. Mais pour Olier, sans cesse devant les Ecritures et le Saint-Sacrement, le vrai pèlerinage n’est-il pas intérieur ? Eh bien non. Dès qu’il le peut notre saint curé court les routes. Certes il y eut les missions dans les campagnes. Mais Olier est un pèlerin infatigable.

N’est-ce pas à Notre-Dame de Lorette qu’il s’était converti ? Puis, en recherche de sa vocation, le voici de sanctuaire en sanctuaire. Notre-Dame de Chartres, où il part à pied en hiver, et y est délivré de ses scrupules. Et c’est à Chartres qu’il sera guéri de sa profonde crise spirituelle. Notre-Dame des Vertus, Montmartre… Retraite rime souvent avec pèlerinage : le dehors et le dedans mêlés.

Il ne s’agit pas seulement des grands événements. Tant de sanctuaires lui seront familiers : ceux des lieux de mission avec son petit groupe, ou plus personnels. Autant de Notre-Dame : – des Ardilliers à Saumur – de Toutes Joies près de Clisson – des Miracles à Saint-Maur – de Toutes Grâces près d’Issy – Notre-Dame de Liesse… Les noms de Marie ? autant d’aspects de “Jésus vivant en Marie”, autant de grâces à recevoir. Et la Tunique d’Argenteuil, et Sainte Bathilde à Chelles…

Vous n’irez pas aussi loin ? À Notre-Dame de Paris Olier retourne sans cesse. Il sort de Paris, il y rentre ? En passant par Notre-Dame. – Mais enfin Dieu est aussi bien à Saint-Sulpice, Dieu est en lui ! – Prier aussi avec ses pieds, aller à Marie, tout lui confier. (À suivre)

 

 

 

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