« Mère de miséricorde »

À l’échelle de l’histoire de l’Église, l’habitude de prier spécialement Marie pendant le mois de mai est une tradition très récente (1784). Il est moins important de célébrer le mois de Marie que le temps pascal. Mais l’un n’empêche pas l’autre.

Nous aimons Marie. Pour nous, elle reste à tout jamais celle qui nous a donné Jésus. L’humble jeune fille du village de Nazareth a accompli ce que personne n’avait fait ni ne fera après elle – sauf son fils. Elle a accueilli la grâce de Dieu sans lui opposer aucun obstacle. Il n’y avait pas en elle un mélange de bonne volonté et de retour sur soi. Les plus grands saints gardent toujours en leur cœur quelque chose de « trop humain », un reste d’égoïsme, un soupçon de vanité. Elle, non. Elle n’était qu’amour, bienveillance, courage, sincérité, simplicité, pureté, foi, piété… La liste de ses « vertus » pourrait s’allonger en de très longues litanies.

Parmi les noms qu’on peut lui donner, il y a celui-ci que nous aimons particulièrement : « Mère de Miséricorde. » Elle n’est pas seulement femme miséricordieuse ; elle est la mère de Celui qui est la Miséricorde même.

Il y a exactement 50 ans, pour préparer le concile Vatican II, le pape Jean XXIII avait demandé que l’on prie devant une reproduction de la Vierge de Vladimir. Cette très ancienne icône m’impressionne par un étonnant mélange de tristesse et de tendresse. La bouche de Marie est serrée. Ses yeux ont quelque chose de triste. Mais Jésus la console. Ils sont joue contre joue. Sa petite main est contre son cou.

La Vierge de Vladimir fut apportée de Constantinople à Kiev au 12e siècle. Elle est à Moscou depuis le 14e siècle. Depuis près de huit siècles, elle a posé son regard sur la longue et douloureuse histoire de la Sainte Russie.  C’est une œuvre de l’Orient grec et slave. J’y vois cependant un magnifique commentaire du Salve Regina de notre Occident latin : « Mère de Miséricorde, tourne vers nous ton regard. Et montre-nous Jésus ! »

Père Jean-Loup Lacroix