Quelque chose de divin

C’était le dimanche de Pâques. On venait de proclamer l’évangile. Saint Marc y rapportait comment les Saintes Femmes avaient découvert le tombeau vide. Un ange leur était apparu. Elles avaient pris peur et s’étaient enfuies.

Pendant que l’assemblée s’assied, Daniel ROTH improvise. Les accords se succèdent. Progressivement l’instrument donne toute sa puissance. Une fois de plus, je suis saisi. Je me dis : « C’est exactement cela! » Ces quelques mesures font bien davantage que dire la solennité de la fête. Elles sont tout-à-fait  au-dessus de ce qui serait simplement agréable à entendre. En fait, elles sont le très exact commentaire de ce qui vient d’être proclamé.

À écouter, on comprend que, devant le Tombeau vide, les femmes avaient tout à fait raison de prendre peur. Dans la nuit, un monde absolument nouveau était né. Ce qui s’était produit dans le secret était une œuvre de Dieu plus prodigieuse que la création du ciel et de la terre.

Pourrait-on jouer cela sur un autre instrument ? Certainement. Mais pas de manière aussi convaincante.

Ce qui m’impressionne toujours quand j’écoute nos orgues, c’est l’alliance de la puissance et de la beauté. Faire beaucoup de bruit n’est pas difficile mais nous en apprend davantage sur l’enfer que sur le ciel. Ce qui est divin est délicat. La toute-puissance de Dieu n’a rien d’approximatif. C.S. LEWIS comparait l’action de Dieu au travail d’un grand romancier : chacun des personnages de son histoire est l’objet de la même attention. Les détails de ne sont pas moins soignés que les grandes lignes.

Les orgues de Saint-Sulpice, quand on y joue comme elles le méritent, me font le même effet. On se sent dépassé : non pas tant par la puissance de l’instrument que par le nombre infini des choses qui seraient à remarquer si on en était capable. Demandez à Michel GOUSSU de vous raconter l’histoire de ce FA dièse du piccolo, qui avait fait défaut, un certain jour, au milieu des tutti. Elle est authentique.

Quand l’orgue joue, j’ai souvent le sentiment qu’il y a là beaucoup plus de beauté que je ne peux en saisir. Quand nous prenons le temps de prier, c’est exactement la même chose. Dieu est plus grand que notre cœur. Infiniment.

Curé de Saint-Sulpice, j’ai le net sentiment d’une grâce imméritée. On vient du bout du monde pour écouter notre Cavaillé-Coll. Nous, les paroissiens, nous l’é­cou­tons, dimanche après dimanche, tantôt pleins d’ad­mi­­ra­tion, tantôt la tête ailleurs.

Parfois, en sortant de la messe, nous parlons un peu trop fort. Cela n’est pas très grave. L’orgue sait se faire entendre. Ce géant a quelque chose de débonnaire. Pour des raisons que les spécialistes nous expliquent, le son qu’il émet n’est jamais criard. J’oserai dire qu’il a quelque chose de doux.

Daniel ROTH, Sophie-Véronique CAUCHEFER-CHOPLIN et Michel GOUSSU nous disent que c’est un grand bonheur pour eux d’y jouer et de veiller à son entretien. Je les crois volontiers. Cet instrument, parmi les plus prestigieux qui soient, n’est pas intimidant et il apporte beaucoup de bonheur. Il a décidément quelque chose de divin.

Préface du Père Lacroix pour le programme des concerts du 150e anniversaire

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