Douze hommes pour Dieu

Cela sonne comme le titre d’un film : « Douze hommes pour Dieu ». Comprenez : douze nouveaux prêtres ordonnés, ce samedi 30 juin, à Notre-Dame.

« Des hommes », en effet. Leur âge va de 29 à 46 ans. Pour devenir prêtres, ils ont abandonné d’autres projets. Ils savaient quoi faire de leur vie. Ils n’ont pas choisi la voie du sacerdoce par défaut, faute de mieux.

« Douze », c’est un chiffre biblique : celui des tribus d’Israël, celui des Apôtres, celui des étoiles qui couronnent la mère du Messie dans la fameuse vision du livre de l’Apocalypse. Un symbole de plénitude.

Pour un diocèse comme Paris, douze nouveaux prêtres, c’est encore trop peu. C’est toutefois suffisant pour montrer clairement qu’on n’est jamais prêtre tout seul. Un prêtre catholique est toujours un parmi d’autres : le membre du presbyterium d’un diocèse.

Des hommes « pour Dieu » : cela sonne bien. Quant au fond, on pourrait discuter. On aurait pu écrire : « Douze hommes pour la mission de l’Église ». Ou bien : « Douze hommes de Dieu pour leurs frères ». La vocation sacerdotale fait en effet de ceux qui sont ordonnés des envoyés de Dieu, à l’image de Jésus « pour nous les hommes et pour notre salut ».

Pourtant, j’aime bien cette formule : « Pour Dieu ». Elle ne dit pas tout, mais elle dit le plus important, ce qu’il ne faut surtout pas oublier, jamais.

Les prêtres sont un don de Dieu aux hommes (Éphésiens 4). Ils sont aussi un don fait à Dieu. Hommes « pour Dieu », les prêtres sont des consacrés. Leur grande « prostration », face contre terre, au jour de leur ordination signifie l’offrande de leur personne (voir la photo).

Tôt ou tard, un prêtre découvre qu’il est appelé au sacrifice. Cela commence par un agenda trop chargé. Il peut y avoir le sentiment, fondé ou non, d’être incompris. Il y a le célibat, qui ne va jamais sans souffrance, même vécu de manière exemplaire. Au bout du chemin, la solitude guette, comme pour quiconque n’a pas eu d’enfants. Rien d’héroïque en tout cela, le plus souvent. Rien que d’autres ne vivent pas. Mais bien une exigence d’abnégation.

Faire de sa vie une offrande, c’est un appel adressé par le Seigneur à tous les baptisés. Les « consacrés » que sont les religieux et les religieuses le vivent très particulièrement. Les prêtres, qui baptisent et consacrent, y sont appelés par cette logique qui veut que celui qui présente une offrande ne demeure pas extérieur à ce qu’il donne. Les prêtres ont à se souvenir qu’ils ne peuvent pas être les célébrants de l’eucharistie sans faire de leur propre vie une oblation.

Méditant sur l’eucharistie, le Père Antoine Chevrier a écrit : « Le prêtre est un homme mangé. » Il ajoutait avec un certain humour : « Il faut être du bon pain. »

Quand un prêtre dépose sur la patène le pain « fruit de la terre et du travail des hommes », il ne doit pas oublier d’y mettre en intention sa propre vie. Comme les autres baptisés présents, il est là pour rejoindre Jésus dans son offrande pascale : « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne, afin de racheter tous mes frères humains ».

Père Jean-Loup Lacroix

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