Porter du fruit

Il est mort jeune. On ne lui connaît pas d’enfants. Tout laisse à penser qu’il a été célibataire. Qu’a-t-il laissé derrière lui ?

Il était le fils unique de parents âgés. Sa naissance était apparue comme un miracle. Le jour de sa circoncision, son père, prêtre au temple de Jérusalem, lui avait promis une grande destinée : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut. »

Devenu adulte, il part au désert. Il se fait ascète. Il rassemble des disciples. Il connaît un certain succès en organisant des bains de purification dans le fleuve Jourdain. Il y gagne son surnom : le Baptiste, celui qui baptise. Il explique que sa mission est celle d’un précurseur. De fait, quand le Christ paraît, il s’efface. Bientôt, le roi le fait arrêter. Il meurt tragiquement.

Une vie d’intransigeance et d’abnégation. La façon dont Jésus agissait l’avait dérouté. Du fond de sa prison, il lui avait fait poser la question : « Es-tu celui qui doit venir ? »

Quand les gardes sont venus pour le décapiter, a-t-il eu le temps de repenser à l’histoire de sa vie ? S’est-il demandé s’il s’était sacrifié en vain ? Peut-être.

Dimanche dernier, nous lisions cet évangile dans lequel Jésus compare le Royaume de Dieu à une semence jetée en terre. D’abord, il n’y a rien à voir, sinon la terre nue. Tout semble mort. Le grain enfoui va-t-il porter fruit ? En fait, oui. Mais cela ne se voit pas.

Notre année « pastorale » se termine. Quel fruit aura-t-elle porté ? Notre paroisse vit grâce à la prière et au travail de beaucoup de personnes : prêtres, salariés, bénévoles, sans oublier les paroissiens « normaux » qui se contentent du plus essentiel : vivre sa foi.

Quel « bilan » faire de tout cela ?

Il y a ce qui se voit. On pourrait donner des chiffres. M. Hébert me dit qu’il a commandé l’année dernière un total de 120 000 hosties. Si nous réalisons un peu ce qu’est que l’eucharistie, nous comprenons que la communion d’une seule personne, une seule fois, est en elle-même un événement plus que prodigieux. Dans notre grande église, depuis un an, cet événement s’est donc reproduit… 120 000 fois !

On peut faire un calcul analogue sur le nombre de fois où le pardon de Dieu a été donné sacramentellement. Cinq prêtres se succèdent du lundi au samedi. Chacun confesse environ une dizaine de personnes. Conclusion : 15 000 confessions par an.

Ces calculs vous semblent sans grand intérêt ? Vous avez raison. Le nombre des communions et les taux de pratique religieuse ne répondent que très partiellement à la question du « fruit » porté par notre service d’Église. Le but de la mission d’une paroisse est surnaturel. Il fait partie de cet « invisible » que nous ne verrons que dans l’au-delà.

N’est-ce pas mieux ainsi ?

Père Jean-Loup Lacroix

image_pdfTélécharger en PDFimage_printImprimer
Print Friendly, PDF & Email

Les commentaires sont fermés.