L’Immaculée Conception

Je me suis toujours demandé pourquoi la si belle chapelle du fond de notre église s’appelait simplement « Chapelle de la Vierge », sans autre précision. La réponse à ma question m’est apportée par cet ouvrage ancien qui est un vrai trésor, l’Histoire de l’église Saint-Sulpice de Charles HAMEL (1900). L’auteur explique ceci : « Le culte de la Très Sainte Vierge, surtout dans son Immaculée Conception, avait toujours été à l’honneur à Saint-Sulpice. On y comptait cinq chapelles qui lui étaient dédiées : celle de l’Immaculée Conception ; celle de Notre-Dame de Liesse ; celle de Notre-Dame des Dix Vertus ; celle du Rosaire et celle du Saint Nom de Marie » (p. 14).

Que s’est-il passé ensuite ? Au XVIIIe siècle, quand s’est achevée la construction de la grande église actuelle, on a trouvé plus rationnel de regrouper les cinq anciennes chapelles en une seule, celle que nous connaissons. Le nom qu’on lui avait alors attribué était trop long pour rester d’usage courant : « La Très Sainte Vierge dans tous ses mystères, particulièrement dans son Immaculée Conception, protectrice spéciale de la paroisse » (ibidem).

Quand nous prions à la chapelle de la Vierge, nous pensons souvent au curé Olier et à saint Louis-Marie Grignion de Montfort. C’est à eux, nous semble-t-il, que nous devons la grande tradition de dévotion à Marie qui s’exprime là. Nous oublions qu’Olier et Montfort étaient eux-mêmes les héritiers d’une tradition locale qui datait de plusieurs siècles avant eux. Cette tradition ancienne comportait plusieurs facettes, mais il semble bien qu’elle s’attachait très particulièrement à l’Immaculée Conception de Marie.

L’Immaculée Conception : c’est une affirmation de foi dont nous ne parlons pas très souvent. Il est vrai que la fête du 8 décembre intervient chaque année au tout début du temps de l’Avent. Celui-ci, si j’ose dire, lui vole la vedette.

De quoi s’agit-il ?

L’erreur à ne pas commettre est de confondre conception virginale (de Jésus par Marie, fête le 25 mars) et conception immaculée (de Marie, fête le 8 décembre).

Ce que nous célébrons le 8 décembre, neuf mois exactement – le temps d’une grossesse – avant la fête de la nativité de Marie (8 septembre), c’est le tout premier instant de son existence, l’événement qui fit que sa mère, sainte Anne, devint enceinte d’elle.

La venue au monde de cette petite fille à laquelle on allait donner le nom de Marie n’avait absolument rien de miraculeux (sinon, dit une tradition, parce que ses parents étaient âgés). Mais ce qui fut un vrai « miracle » (et le mot est beaucoup trop faible), ce fut l’âme qu’elle reçut de Dieu, dès le premier instant. Une âme sans pareille. Une très extraordinaire merveille.

Qu’avait-elle donc de différent ? Que pouvait-on remarquer ? Au début, absolument rien qui soit visible. Ensuite, aux yeux de la plupart ce ceux qui la côtoyèrent, rien non plus. Quasiment personne ne remarquait que le mal ne trouvait jamais en elle le moindre début de connivence.

Les gens qui font le bien ne sont pas si rares. Elle n’était pas la seule femme en Israël à être simple et courageuse, à prier souvent et longuement. On ne remarquait pas qu’elle était très au-dessus de toutes les autres.

Chez les plus grands saints, la vertu a toujours quelque chose d’un peu laborieux. Il leur faut vaincre leurs mauvais penchants. Chez elle, non. La sainteté de Marie était si naturelle qu’elle ne se faisait pas remarquer. Jamais, on n’aurait pu lui reprocher d’en faire trop. Jamais, elle ne prenait la pose. Tout venait du cœur, la joie comme les larmes, la compassion, les encouragements, le sourire.

Elle devait connaître de très grandes souffrances, mais jamais parce qu’elle aurait eu quoi que ce soit à se reprocher et à corriger en elle.

En affirmant l’immaculée conception de Marie, nous affirmons qu’elle fut la « Toute Sainte », et qu’elle le fut dès le premier instant. C’était un don reçu de Dieu, une solidité spirituelle sans égale, qu’elle avait reçue par avance, comme une participation anticipée à la plénitude de sainteté de Celui qui serait son fils: Jésus.

Marie n’était pas l’Immaculée par faiblesse, comme pourraient l’être, croit-on, ces « innocents » que le handicap empêcherait d’être responsables de leurs actes (ce qui est beaucoup sous-estimer nos frères et sœurs handicapés mentaux). Elle était la toute-pure par force, une extraordinaire « force d’âme » à tous les sens de cette expression. Sans dureté, mais invincible. Contre le démon, elle était toute puissante et elle l’est restée. Elle avait reçu cela. C’était le don de Dieu.

Je repense aux premiers paroissiens de Saint-Sulpice. Bien avant l’époque du curé Olier, quand notre quartier n’était qu’un faubourg peu peuplé et mal famé, les anciens de notre paroisse avaient dédié l’une des chapelles de leur église à l’Immaculée Conception de Marie.

Ces gens n’étaient pas des innocents. Ils avaient pourtant assez de foi pour comprendre que la pureté sans égale de la Mère du Christ ne faisait pas d’elle une figure de rêve dont on ne devrait pas s’approcher. Elle était pour eux leur sainte patronne. Ils étaient fiers de l’honorer comme une mère et une sœur aînée. Ils la priaient avec amour.

Père Jean-Loup Lacroix

1 Vous êtes sans pareille, Ô Mère du Sauveur
Vous êtes la merveille Des oeuvres du Seigneur,
Ô Notre-Dame Des oeuvres du Seigneur.

2 Ô Vierge, élue du Père Pour mettre au monde un Dieu, 
Soyez encore la mère De tout enfant de Dieu,
Ô Notre-Dame De tout enfant de Dieu.

3 Vous êtes la fontaine De grâce et de pitié,
Jaillie des hauts domaines Sur toute humanité,
Ô Notre-Dame Sur toute humanité.

4 Ô Vierge de lumière, Étoile dans les cieux, 
Brillez sur notre terre De la clarté de Dieu,
Ô Notre-Dame De la clarté de Dieu.

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