Joyeux Noël !

À Bethléem, on vous explique que l’étable était une grotte. Les savants disent que c’est en effet plausible. Les artistes imaginent une masure délabrée. L’Évangile dit simplement qu’on a couché l’enfant dans une mangeoire « parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (Lc 2,7). Pas de place parce qu’on avait pas voulu d’eux ? Peut-être. En tout cas, pas de place décente. Pas pour accoucher.

Jésus est né dans l’inconfort d’un voyage. Comme l’enfant de gens ordinaires. Nul n’a dit : « Place ! Place ! Ecartez-vous ! C’est la nativité du Roi des rois ! »

Certains pourtant vinrent lui rendre hommage : de simples bergers. On dit souvent qu’ils étaient des marginaux. Il est en effet possible que leur métier les ait empêchés de respecter scrupuleusement les prescriptions de la loi religieuse. Un artisan comme Joseph pouvait plus facilement qu’eux prendre son châle de prière et se rendre à la synagogue. Le jour de Shabbat, il laissait ses outils dans un coin et faisait toutes les prières. Eux, ils ne pouvaient pas aban­donner leurs bêtes.

On oublie de dire qu’ils faisaient l’un des plus beaux métiers du monde. Comme le jeune David, au même endroit, mille ans plus tôt. Comme Abraham, Isaac puis Jacob en leur temps. À Saint-Sulpice, Delacroix a représenté ce dernier qui lutte avec l’Ange. On reproduit toujours la scène centrale. On oublie l’ensemble du panneau. Le combat a duré jusqu’au bout de la nuit. On est à l’heure où le soleil se lève. Sur la droite, on devine des cavaliers. Pour amadouer son frère Esaü, Jacob fait conduire ses troupeaux en avant de lui (Genèse 31).

Dieu lui-même est comparé par la Bible à un berger : « Comme un berger, il fait paître son troupeau. De son bras, il le rassemble ; il porte sur son sein les agnelets, procure la fraîcheur aux brebis qui allaitent (Isaïe 40,11).

Une étable n’était pas un si mauvais endroit pour la nativité de celui qui déclarerait un jour : « Je suis le Bon Pasteur.  Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jean 10,11).

Même la mangeoire convenait bien. C’était une simple caisse, misérable comme berceau, mais parfaite pour suggérer une vie offerte comme le sont les hosties d’un sacrifice. À la veille de mourir, celui qui reposait là prendrait le pain, rendrait grâces et déclarerait : « Prenez : Ceci est mon corps » (Marc 14,22).

Père Jean-Loup Lacroix

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