“Que devons-nous faire ?”

saint-jean-baptiste-de-loius-simon-boizot-eglise-saint-sulpice-paris-150L“Que devons-nous faire ?” La question est répétée trois fois. Les foules la posent à Jean, puis les publicains, puis les soldats.

“Que devons-nous faire ?” C’est une question très générale. Nous nous la posons souvent. La vie nous impose des choix. Parfois, ce sont des choix entre bien et mal. Deux chemins s’ouvrent à nous. En réfléchissant, nous comprenons que l’un conduit à la vie et l’autre à la mort. Souvent, les choses sont moins tranchées. Nous nous interrogeons sur ce que nous avons à faire alors que rien ne s’impose clairement.

On pose donc la question à Jean-Baptiste. Le contexte est particulier. Les gens qui interrogent Jean-Baptiste ont reconnu qu’il était un prophète. Ils ont admis qu’il parlait au nom de Dieu. Tous les Juifs de ce temps savaient que Moïse avait parlé au nom de Dieu. Dans les cinq livres de la Torah, on trouvait les commandements que Dieu avait donnés. Et tous comprenaient qu’ils avaient le devoir de faire ce que Dieu avait commandé.

Les interlocuteurs de Jean comprennent surtout qu’il s’est créé une situation nouvelle. Jean vient leur annoncer que la venue du Messie était imminente. Ils l’ont cru. Ils se demandent quelles conséquences tirer. Ils ne se sentent pas prêts. Ils redoutent que le Messie, quand il viendra, les traite en ennemis. Leur vie est loin d’être irréprochable.
Alors, oui, que faire ? Puisqu’ils n’ont plus le temps d’une longue préparation. Jean leur proposait de reconnaître leurs péchés par le rite du baptême : un bain symbolique qui était un geste d’humilité et de pénitence. Mais que faire d’autre ?

Jean répond. Il demande que l’on partage avec les pauvres et qu’on se montre honnête sans user de violence.

Et nous, aujourd’hui, que devons-nous faire ? Que devons-nous faire le monde tel qu’il est ? Que devons-nous faire alors que les années passent, que le mot “crise” est sur toutes les lèvres et le mot “espérance” sur trop peu de lèvres, dans trop peu de cœurs ?
Que devons-nous faire, nous qui tenons à rappeler que Noël, c’est la fête de la naissance du Christ ? Que devons-nous faire pour nous préparer à la venue du Messie ? Nous devons certainement essayer de mettre en pratique les commandements de Dieu. Nous devons certainement appliquer les consignes que donnait Jean : partager avec celui qui a faim, s’interdire toute malhonnêteté et toute violence. Nous devons, comme l’écrit saint Paul, “vivre dans le monde présent en hommes paisibles, justes et religieux”. (Tite 2,12)

Est-ce tout ? Il y a autre chose qui est, d’une certaine manière, moins facile : nous avons à appliquer une consigne que l’on trouve dans les Saintes Ecritures et qui va à contre-sens de l’esprit de notre temps. Cette consigne, l’Eglise nous la fait entendre aujourd’hui, 3ème Dimanche de l’Avent. Je vous relis ce que nous venons d’entendre, Livre de Sophonie : “Pousse des cris de joie, fille de Sion. Réjouis-toi, tressaille d’allégresse !” Epitre de saint Paul aux Philippiens : “Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie.”

C’est parfaitement clair. Mais ce n’est pas le plus facile. Nous serions tentés de dire : la joie, ça ne se commande pas. S’il s’agissait seulement d’être dans l’euphorie, des médicaments ou des drogues pourraient nous y aider. Mais ce n’est pas ça. Bien sûr, la joie chrétienne est toute différente de celle que donnent l’alcool et la drogue. Nous comprenons que c’est une joie pure, légère, profonde, vraie, simple. Une joie réaliste, une joie partagée. C’est la joie de Marie et d’Elisabeth au jour de la Visitation et du Magnificat. C’est la joie des cœurs purs. C’est la joie des affligés quand ils sont consolés. C’est la joie des artisans de paix. La joie de Jésus.

“Que devons-nous faire ?”  – “Soyez dans la joie.”
Voilà bien, encore, un commandement difficile. S’il s’agissait de faire la fête, ce serait trop facile. Mais trop de fêtes sont sans joie. Et rien n’est plus triste. Et c’est le contraire qui nous est demandé.
Comment faire pour trouver la joie ? L’idée m’est venue que la réponse se trouve dans la foi. C’est la foi qui nous ouvre la porte de la joie. Nous trouverons cela dans l’Evangile de dimanche prochain.
Elisabeth salue Marie et elle lui dit ceci : “Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur.”

Marie reste à jamais “celle qui a cru”, la première parmi tous les croyants de la Nouvelle Alliance. De ce fait, elle fut heureuse. Si notre foi grandit, la joie grandira avec, et tout le reste suivra.

Jean-Loup Lacroix.