« Il vint à Nazareth »

Jésus lisant à la Synagogue

Jésus lisant à la Synagogue

Il vint à Nazareth, où il avait grandi. Comme il en avait l’habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui présenta le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. » Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. » (Luc, chapitre 4)

À Nazareth, il y avait une synagogue.

Il s’agissait  d’un très petit village, perdu, isolé, méprisé. Et pourtant, il y avait une synagogue.
Les maisons étaient rudimentaires. Une partie d’entre elles étaient des sortes de grottes. La nuit, on s’entassait pour dormir dans l’unique pièce. Il y avait pourtant, au milieu de ces quelques pauvres maisons, un lieu de culte.

Ce n’était pas un petit temple. On ne faisait pas brûler d’encens. On n’immolait pas d’animaux. C’était une salle, assez grande pour que l’on puisse se réunir à l’intérieur.
Dans cette salle, il y avait un trésor. On y trouvait des livres, en forme de rouleaux, avec les Saintes Écritures : la Loi, les Prophètes, les autres Écrits.
Ces gens très pauvres possédaient ces longs manuscrits. Sur des mètres et des mètres de parchemin, des scribes avaient travaillé de longs mois pour recopier ce que nous appelons la Bible.
Dans ce village, on trouvait des gens qui savaient lire. Ils avaient appris la lecture parce qu’ils ne voulaient pas se contenter de laisser les rouleaux de Moïse et des Prophètes dans un beau placard orné, comme autant de souvenirs qui ne parlent plus guère, comme une lettre morte.
À la synagogue, on chantait des psaumes, on récitait diverses prières – et on lisait les Écritures !

Ce jour-là, un enfant du pays était de passage.
Quelques mois plus tôt, il avait quitté le village. Il avait cru bon de partir dans le Désert de Judée. Il y avait rencontré un certain Jean, qui annonçait le Messie.
Il était ensuite rentré en Galilée. Il parcourait villes et villages. Sa renommée s’était très rapidement étendue.

Ce jour-là, qui était jour de shabbat, il vient au culte, « comme il en avait l’habitude ».
On lui tend le lourd rouleau du livre d’Isaïe. Le livre s’ouvre au chapitre 61. Par hasard ? Saint Luc a l’air de le croire : « Il trouva le passage où il est écrit. » Toujours est-il qu’il proclame cette parole : « L’Esprit du Seigneur est sur moi. Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres. »
Un silence se fait. Tous se demandent ce qu’il va dire.
Il dit simplement : « Cette parole de l’Écriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. »

Aujourd’hui !

Est-ce possible ? De génération en génération, on recopiait de vieilles prophéties. On avait construit ces salles de prière, dont la raison d’être était de les réentendre, encore et encore, sans cesse à nouveau. À plusieurs reprises, comme du temps d’Isaïe ou de Malachie, on avait cru que c’était imminent. Et puis, non ! L’attente était sans cesse relancée. Relancée, mais reportée. Déçue ? Un peu.
Et voici le fils de l’artisan du village qui dit : « C’est aujourd’hui. » (Il laisse entendre : « C’est moi. ») Maintenant !

On ne va pas le croire.

Ce matin, nous voici réunis une fois de plus dans une très vaste église. Les lieux de culte des chrétiens ont été construits sur le modèle des synagogues juives. Comme dans les synagogues, on y proclame la Parole. Comme les Juifs, nos frères aînés, nous scrutons les saintes écritures. Nous cherchons à comprendre ce qui s’y trouve enseigné, mais aussi annoncé, promis.
Et une question revient, toujours : Allons-nous croire ?

Nous avons cette conviction que, lorsque l’Évangile est proclamé, c’est Jésus qui nous parle. Aujourd’hui. Son Évangile n’est pas un simple souvenir. Il n’est pas relique desséchée. Il est Parole vivante. Le même Esprit qui reposait sur le Christ aux jours de sa prédication en Galilée, repose aujourd’hui sur son Église pour que sa Parole soit proclamée partout, à tous, et jusqu’à la fin des temps.
Proclamée. Comprise. Crue. Car il ne suffit pas d’écouter pour comprendre et pour croire. C’est une première grâce que l’Évangile soit parvenu jusqu’à nous. C’en est une autre que nos intelligences s’ouvrent à sa lumière. Et une autre encore que nous posions un acte de foi. Écouter, croire, comprendre : trois grâces qui vont ensemble, qui s’appellent l’une l’autre ; mais restent distinctes.

Nous vivons l’Année de la Foi. Le pape Benoît XVI l’a décidée pour cette raison qu’il ne suffit pas d’être chrétien pour avoir une foi authentique et profonde. Il ne suffit même pas de venir à l’église tous les dimanches.
Nous sommes devant le défi de croire.

Les gens de Nazareth refusèrent de faire confiance à leur compatriote. Ils jugèrent que ses prétentions étaient totalement déraisonnables.
Jésus n’est sans doute jamais repassé chez eux. Beaucoup plus tard, ils auront pourtant une seconde chance, après Pentecôte. Les disciples du Nazaréen devenaient nombreux. Ils proclamaient que Jésus s’était relevé d’entre les morts. Les Galiléens ne restaient  pas à l’écart du mouvement. Une trentaine d’année plus tard, Jacques, que l’on appelait « le Frère du Seigneur », se trouvait à la tête de la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem. Était-il de Nazareth ? Sans doute. Était-il là quand Jésus avait ouvert le livre d’Isaïe ? Peut-être bien.

Quoi qu’il en soit, la question se pose à nous, ce matin, une fois de plus. Aussi pressante qu’au tout premier jour. Allons-nous croire ? Vraiment. Profondément. Plus profondément. Dès aujourd’hui.

Père Jean-Loup Lacroix, Homélie pour le 2e dimanche de l’année C (27 janvier 2013)

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