Benoît XVI

au-revoir-benoit-xvi-h300Deux jours avant Carême, la nouvelle est tombée, sans précédent. De la manière la plus simple, au terme d’un discours consacré à d’autres sujets, le Pape annonçait qu’il allait passer la main. Ce sera jeudi prochain, à 20h00 très précisément.
On a voulu croire qu’il allait repartir dans son pays natal. On a pris sa décision pour une démission. Comme s’il avait crié grâce.
Il va rester au Vatican. Il s’installera dans le couvent que Jean-Paul II avait fait construire pour qu’il y ait là, au cœur de la petite cité des papes, des religieuses contemplatives. Elles n’avaient pas pu rester.
Dans cette maison dédiée à Marie, Mater Ecclesiae, il y aura donc très bientôt … un ancien pape !  C’est lui qui va y prier, comme Marie priait, après Pentecôte, dans le secret de la maison de saint Jean. Si discrète que ni saint Luc, ni saint Paul, ni saint Jean lui-même n’ont jugé bon de nous raconter un tout petit peu de quoi étaient faites ses journées. La Mère de l’Église !
L’ancien pape Benoît continuera certainement à lire et à écrire. Je l’imagine s’attardant à la chapelle, puis montant là où on aura mis son piano, jouer doucement quelques pièces de Mozart, se remettre ensuite à sa table de travail…
Il verra ses forces décliner et la mort approcher comme on peut le faire quand on est disciple de Jésus : un ultime combat, une offrande suprême. « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance » (Jn 12,24).
Père Jean-Loup Lacroix
-> Ces tout derniers jours on a voulu présenter Benoît XVI comme un homme naïf qui aurait découvert tout d’un coup, à l’âge de 85 ans, la triste réalité des fautes et des crimes des hommes d’Église. Il suffit de lire le premier des trois textes cités ci-dessous pour constater combien cette présentation est fausse.

Trois textes du Pape Ratzinger

Commentaire du Credo (1968) : l’Église « sainte » ?

joseph-ratzinger-années-1960-h300Si nous voulons être francs, nous devons bien reconnaître que nous sommes tentés de dire que l’Église n’est ni sainte ni catholique. Le deuxième concile du Vatican lui-même en est venu à ne plus parler simplement de l’Église sainte, mais de l’Église pécheresse ; et si l’on a critiqué le concile à ce sujet, cela a été tout au plus pour lui reprocher d’avoir été trop timide dans son affirmation, tellement est fort aujourd’hui dans notre conscience à tous, le sentiment de la condition pécheresse de l’Église.
Les siècles de l’histoire de l’Église sont tellement remplis de défaillances humaines, que nous pouvons comprendre l’effroyable vision de Dante, voyant la prostituée babylonienne assise dans le char de l’Église, et que nous trouvons concevables les paroles terribles de l’évêque de Paris, Guillaume d’Auvergne (XIIIe siècle), qui disait que tout homme, à la vue de la dépravation de l’Église, devait se sentir glacé d’horreur.
De même que la sainteté, la catholicité de l’Église nous paraît-elle aussi problématique. La tunique sans couture du Seigneur est déchirée entre des parties adverses, l’unique Église est divisée.
L’Église est devenue aujourd’hui pour beaucoup l’obstacle majeur de la foi. Ils n’arrivent plus à voir en elle que l’ambition humaine du pouvoir, le jeu mesquin de ceux qui, avec leur prétention d’administrer le christianisme institutionnel, semblent constituer le principal obstacle au véritable esprit du christianisme.
Il n’existe pas de théorie qui puisse réfuter péremptoirement de telles idées devant la simple raison, de même d’ailleurs que, à l’inverse, ces idées elles-mêmes ne proviennent pas uniquement de la raison, mais d’une amertume du cœur qui peut-être a été déçu dans son attente.
Quelle réponse donner alors ? En fin de compte, l’on ne peut ici que donner le témoignage de sa foi et dire pourquoi l’on arrive malgré tout, dans la foi, à aimer cette Église, pourquoi l’on ose toujours encore reconnaître à travers les traits défigurés, le visage de l’Église sainte.
Joseph RATZINGER, Foi chrétienne hier et aujourd’hui (1968), traduction française, pp. 244-245.

Retraite au Vatican (1983)

joseph-ratzinger-annees-1990-h300C’est en conformité avec ces prescriptions [de la loi juive] que Jésus a, lui aussi, célébré la Pâque : à la maison, avec sa famille, c’est-à-dire avec les Apôtres devenus sa nouvelle famille. Ce faisant, il obéissait, à un précepte alors en vigueur, selon lequel les pèlerins se rendant à Jérusalem pouvaient former des groupes, appelés Chaburot, qui, pour cette nuit-là, constituaient la maison et la famille de la Pâque. C’est à partir de là que la Pâque est aussi devenue une fête des chrétiens. Nous sommes la Chaburah de Jésus, sa famille, celle qu’il a fondée avec ses compagnons de pèlerinage  avec les amis qui le suivent sur la voie de l’Évangile, à travers la terre de l’histoire. Étant ses compagnons de pèlerinage, nous sommes sa maison ; et l’Église est ainsi la nouvelle famille et la nouvelle cité réalisant pour nous ce qu’était Jérusalem, cette maison vivante qui éloigne les forces du mal et qui constitue le lieu de la paix, préservant la création et nous-mêmes.
En tant que famille de Jésus, l’Église est la ville nouvelle, elle est la Jérusalem vivante ; et sa foi constitue la barrière et la muraille contre les forces menaçantes du chaos qui veulent détruire le monde. Ses murailles sont renforcées par le signe du sang de Jésus-Christ, c’est-à-dire par l’amour poussé à l’extrême, par l’amour qui est sans fin.
Nous savons par expérience que ni la technique ni l’argent ne permettent à eux seuls d’éloigner la force qui met en place le chaos. Seules le peuvent les véritables murailles que le Seigneur nous a données : cette famille nouvelle qu’il a édifiée pour nous. Pour ce motif, je pense que la fête pascale, héritée des nomades à travers Israël et le Christ, a aussi, en son sens le plus profond, une importance politique éminente  Également, en tant que peuples, ici en Europe, nous avons besoin de revenir à nos fondements spirituels, si nous ne voulons pas sombrer dans l’autodestruction.
Cardinal Joseph RATZINGER, Le Ressuscité : Retraite au Vatican en présence de S.S. Jean-Paul II (Carême 1983), édition française pp. 104-105.

La Paix n’est pas un rêve (2013)

au-revoir-benoit-xvi-h300La paix n’est pas un rêve, ce n’est pas une utopie : elle est possible. Nos yeux doivent regarder plus profondément, sous la surface des apparences et des phénomènes, pour distinguer une réalité positive qui existe dans les cœurs parce que tout homme est créé à l’image de Dieu, et appelé à grandir, contribuant à l’édification d’un monde nouveau. Dieu lui-même en effet, par l’incarnation de son Fils et la rédemption qu’il réalise, est entré dans l’histoire, suscitant une nouvelle création et une nouvelle alliance entre Dieu et l’homme (cf. Jer 31,31-34), nous donnant la possibilité d’avoir « un cœur nouveau » et « un esprit nouveau » (cf. Ez 36,26).
C’est justement pourquoi l’Église est convaincue qu’existe l’urgence d’une nouvelle annonce de Jésus-Christ, premier et principal facteur du développement intégral des peuples et aussi de la paix.
BENOÎT XVI, Message pour la Journée mondiale de la Paix (1er janvier 2013).

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