« Simon, est-ce que tu m’aimes ? »

« Simon, est-ce que tu m’aimes plus que ceux-ci ? » Les compagnons de Simon-Pierre sont tous des amis du Christ. Ils l’ont suivi depuis les premiers jours de sa vie publique. Ils l’aiment pour sa bonté, pour l’espoir qu’il apporte, pour son enseignement. Ils l’aiment pour l’attention qu’il a prêtée à chacun d’eux. Ils l’aiment comme on peut aimer quelqu’un qui est venu vous chercher pour vous entraîner dans une aventure sans pareille.

Ils l’aiment aussi pour quelque chose qu’ils hésitent à nommer : une sorte de noblesse sans équivalent, une profondeur, quelque chose d’immense qu’il porte en lui. Ils l’aiment pour la façon qu’il a de parler de Dieu, pour cette joie qu’il laissait apparaître, parfois, quand il priait à voix haute. Un jour, comme ils rentraient de mission, il s’était mis à exulter de joie. Il était unique.

Jésus pose donc à Pierre cette simple question : « M’aimes-tu ? » Il ne mentionne pas ce qui obsède son ami. Trois fois, dans la cour du grand prêtre, celui-ci l’avait renié : « Je ne connais pas cet homme ! » Un instant plus tard, il l’avait regardé, sans un mot. Pierre en avait pleuré de honte et de remords.

Ce matin, Jésus est plus impressionnant que jamais. Il était mort ; il est vivant ! Il y aurait vraiment de quoi avoir peur. Jadis, quand il avait calmé la tempête, Pierre avait eu ce cri : « Éloigne-toi de moi. Je suis un homme pécheur. » Je suppose que les mêmes sentiments l’habitent. Pourtant, Jésus se comporte simplement. Il les a appelés : « Les enfants ! Auriez-vous un peu de poisson ? » Il a fait cuire un petit repas sur la braise. Il ne demande pas à Pierre de se prosterner ; il l’interroge sur son amour.

Pour finir, Pierre a cette réponse : « Tu sais tout. Tu sais bien que je t’aime. » Tu sais tout : C’est dit comme une évidence, mais quel acte de foi ! Qui donc sait toutes choses, sinon le Tout-Puissant ? Tu sais bien que je t’aime : Pierre n’osait pas se prévaloir de son amour, lui qui avait renié son ami. Mais oui, c’est vrai, il aime le Christ.

C’était tellement important qu’il puisse le dire ! Important pour la paix de son cœur : pour qu’il se sache pardonné. Important aussi pour sa mission. Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. »  Il ne devra pas se tromper sur la nature de l’autorité qu’il reçoit. Elle exprime un amour.

La question que Jésus posait à Pierre, il la pose à chacun de nous. « Est-ce que tu m’aimes ? » Nous pouvons être tentés de répondre du bout des lèvres : « Oui, oui, Seigneur, nous sommes tes amis. » Mais Jésus veut une réponse plus franche. Allons-nous oser dire que nous avons de l’amour pour lui ?

Père Jean-Loup Lacroix, homélie sur l’évangile du 3e dimanche de Pâques, 14 avril 2013, Jn 21, 1-19.

image_pdfTélécharger en PDFimage_printImprimer
Print Friendly, PDF & Email

Les commentaires sont fermés.