Sainte Trinité

sainte-trinite-botticelli-1491-93-l300Trinité. Le mot est abstrait. Si je me souviens bien, c’est Tertullien qui l’a employé pour la première fois, à la fin du IIe siècle. Un mot savant, comme “dualité” ou “unicité”. Le mot de quelqu’un qui réfléchit.

Il n’est certainement pas inutile de mieux comprendre ce que nous croyons. Il est important de trouver des mots pour dire la foi. Il est important de préciser, par exemple, que la Trinité n’est pas une différence de points de vue sur Dieu. Dieu n’est pas trine comme une réalité qui aurait trois aspects. Ce n’est pas davantage la juxtaposition de trois êtres divins qui se seraient accordés pour former ensemble un seul Dieu. La Trinité n’est pas un assemblage.

La première erreur s’appelle le “modalisme”.  La seconde le “trithéisme”.  Les mots nous aident à rester sur la ligne de crête de la foi droite. Mais la Trinité, ce ne sont pas des mots. Ce sont le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Un seul Dieu.

Ils ne jaillissent pas tous les trois de quelque chose de plus profond et de plus mystérieux qui serait le Dieu unique. Ils sont le Dieu unique.

La source, c’est le Père. C’est lui dont nous disons : “Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant.” Mais le Père n’a jamais existé sans se donner. Il n’a jamais été comme une source qui ne jaillirait pas (ce qui n’existe pas !). Dieu se suffit à lui-même, non pas comme un égoïste peut rêver de se suffire à lui-même, mais parce que le Père, éternellement, donne tout au Fils, parce que le Père éternellement donne tout à l’Esprit-Saint. Parce que le Fils et l’Esprit Saint, éternellement, rendent au Père un amour aussi infini que le sien.

Dieu n’avait pas besoin de créer le monde comme s’il avait été à l’étroit dans sa divinité, comme s’il avait eu besoin de trouver quelque chose ou quelqu’un qui soit le reflet et l’écho de sa beauté. Dieu a en lui tout ce qu’il faut pour être comblé. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont une surabondance d’amour que rien n’enserre et ne limite. Ils sont un océan de bonheur et de paix. Une plénitude paisible.

Aimante et bienheureuse Trinité” : la formule est juste. Dieu est amour. Dieu est béatitude. Les Grecs de l’Antiquité imaginaient leurs dieux heureux : ils avaient raison. Ils les imaginaient multiples, jaloux les uns des autres : là, ils avaient tort.

Dieu est unique, et il est amour. Il n’est pas amour seulement à notre égard. Il est amour dans sa vie même, car il est trinité. Il nous a créés à son image : pour le bonheur et pour aimer. Pour l’aimer lui. Et pour nous aimer les uns les autres.

Il a fait plus. Il nous destine à partager son amour, à entrer dans sa vie trinitaire.

La Trinité n’est pas seulement notre référence et notre origine. Elle n’est pas seulement le modèle idéal de ce que nous pouvons vivre à notre échelle. Elle est notre avenir. Nous y sommes attendus. Non pas pour poursuivre la liste, pour que ceux qui étaient trois deviennent quatre, puis mille, puis des milliards ! Non !

Nous n’ajouterons rien à la Trinité et cependant nous y serons accueillis. Nous serons fils dans le Fils. Déjà, par notre baptême, cela est commencé. Si nous en doutions, il nous faudrait relire saint Paul et saint Jean.

Dieu nous donne sa vie divine. “De même que, envoyé par le Père qui est vivant, moi je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra lui aussi, par moi.”  (Jn 6,57)

Le baptême, la confirmation et l’eucharistie réalisent cela. Nous recevons l’Esprit de sainteté, l’Esprit de Dieu. Il nous sanctifie, ce qui veut dire : il nous “divinise” non pas comme de petites idoles, comme de nouvelles divinités qui voudraient prendre place à côté de Dieu. Mais en nous faisant entrer dans la vie divine, éternelle, celle du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Sainte Trinité que nous adorons.

Père Jean-Loup LACROIX, Homélie pour le dimanche 26 mai 2013, Fête de la Sainte Trinité.
Illustration : Botticelli, “Sainte Trinité” (1491-93).
Dactylographie : Nicole Roblin

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