Homélie pour la Fête-Dieu

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (9, 11b-17)

Jésus parlait du règne de Dieu à la foule, et il guérissait ceux qui en avaient besoin.
Le jour commençait à baisser. Les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule, ils pourront aller dans les villages et les fermes des environs pour y loger et trouver de quoi manger : ici nous sommes dans un endroit désert. » Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répondirent : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons… à moins d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce monde. » Il y avait bien cinq mille hommes.
Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante. » Ils obéirent et firent asseoir tout le monde. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il les bénit, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils distribuent à tout le monde. Tous mangèrent à leur faim, et l’on ramassa les morceaux qui restaient : cela remplit douze paniers.

 

messe-du-16-juin-2013 (13)Est-ce que le Christ a vraiment multiplié les pains ? Autour de nous, nombreux sont les gens qui hausseront les épaules. Ils n’hésiteront pas un instant. À leurs yeux, c’est non.

Parmi les chrétiens, parmi nous, beaucoup hésitent. Ils accueillent les miracles des Évangiles comme ils le font des paraboles : des histoires profondes et belles qui disent quelque chose de vrai, qu’on aime à entendre, qui nous aident à vivre et à espérer, mais sans plus.

Est-ce que Jésus a multiplié les pains ? Est-ce qu’il a ressuscité le fils de la veuve de Naïm ? Est-ce qu’il a marché sur la mer ? Est-ce qu’il a rejoint, sur la route d’Emmaüs, ces deux disciples qui s’en allaient tout tristes, au surlendemain de sa mort ?
Certains vous diront qu’il est déraisonnable de croire à de pareilles histoires.
Je dis, au contraire, qu’il est déraisonnable de les croire impossibles. Tout au long de l’histoire de l’Église et jusqu’à aujourd’hui, des miracles innombrables sont avérés. Il est illogique de ne pas croire aux miracles du Christ alors que ses disciples ont souvent le don d’en faire.

Où en sommes-nous ?

Cette année 2012-2013 a été voulue par le pape Benoit XVI comme une Année de la foi.
Je vois dans celle-ci une forte invitation à sortir du sentiment délétère, et si répandu, que rien ne serait clair.
La culture contemporaine est imprégnée de cette idée que tout est toujours une affaire de point de vue. Tout le monde a le droit de faire valoir son point de vue mais ce n’est jamais autre chose qu’une façon de voir.
Si nous nous laissons imprégner par cela, nous pouvons rester attachés à notre identité chrétienne mais celle-ci n’est plus guère qu’une tradition.
Au mieux, c’est un choix personnel.

Dans les Écritures et dans la tradition il y a pourtant des éléments qui nous provoquent à sortir du flou : il faut dire oui ou bien non.

Jésus a-t-il multiplié les pains ? Est-ce qu’il a, la veille de sa mort, pris du pain et du vin ? Est-ce qu’il a dit : “Ceci est mon corps, ceci est mon sang” ? Est-ce que le pain et le vin sont vraiment devenus ce qu’il disait ? Est-ce que ce prodige se reproduit depuis lors, à chaque messe ? Il n’est pas déraisonnable de répondre oui.

Toute la vie du Christ montre non pas seulement un homme qui possédait des pouvoirs extraordinaires, mais un homme d’une sainteté sans égale, qui n’a jamais failli dans sa fidélité à Dieu. On l’accusera de blasphème parce qu’il laissait entendre qu’il était l’égal de Dieu. Il sera mis à mort pour cette raison. Mais tout s’éclaire si nous admettons qu’il disait vrai en cela aussi.

Si le Christ est Dieu, il peut multiplier les pains.
S’il est la vérité même, s’il peut dire sans mensonge ni orgueil : “Je suis la Voie, la Vérité, la Vie”, alors nous devons le croire quand il dit : “Ceci est mon corps, ceci est mon sang”.

Il y a une cohérence de la foi. Si nous disons : “Je crois”, les conséquences s’enchaînent, logiquement. Cela ne veut pas dire que tout devienne évident. Nous avons à réfléchir, parfois non sans peine, mais nous le faisons comme des gens qui savent sur quelles bases avancer.

Pour démontrer un théorème, les mathématiciens utilisent souvent le procédé des raisonnements par l’absurde : si cela n’était pas vrai, ceci ne le serait pas non plus. Or ceci, nous le savons vrai, donc cela est vrai aussi. L’idée de base est une idée de cohérence.
Il me semble que nous avons à redécouvrir la cohérence de la foi.

Tous les ans, la fête du Saint-Sacrement est l’occasion pour nous de nous émerveiller devant le don inimaginable qu’est l’eucharistie.
Il me semble qu’elle est aussi – secondairement – une sorte de test.

La présence réelle du Christ, homme et Dieu, sous l’apparence d’un simple morceau de pain, est-ce que nous y croyons véritablement ?
Si nous hésitions à répondre “oui”, il faudrait en conclure que le temps est sans doute venu pour nous de sortir du manque de logique.

Si le Christ est la Vérité même et s’il est tout puissant, alors sa parole est toute puissante.
Au soir du Jeudi Saint, quand il a dit : “Ceci est mon corps”, alors ce fut vrai.
Aujourd’hui, nous croyons qu’il en est de même. Quand l’Église célèbre l’eucharistie, c’est lui, Jésus, qui agit. Il est tout puissant. Ce qu’il dit, il le fait.

Ses paroles s’accomplissent. Il vient à nous.
Réellement.

Père Jean-Loup LACROIX.
Dimanche 2 juin 2013
Fête du Saint-Sacrement

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