Je suis venu apporter un feu sur la terre

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Jésus disait à ses disciples : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !
Je dois recevoir un baptême, et comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli !
Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. » (Lc 12, 49-53)

feu-3cJe suis venu mettre un feu et la division !
Voilà des paroles qui dérangent notre bonne conscience chrétienne qui voudrait faire de Jésus un gentil martyr silencieux qui ne prêche que l’amour et la bonté.
Je suis venu mettre un feu, ne croyez pas que je sois venu apporter la paix !

Sans prétendre faire un exposé complet sur le sens de ces paroles, permettez-moi de proposer une piste pour entendre ces mots et d’en tirer une conséquence pour nous avec St Paul.

Le Christ est la vérité, le chemin, la vie. Il le dit clairement dans son enseignement ; la foi de l’Église qui le reconnaît comme Dieu l’affirme ; il est la vérité.
Alors en face de lui, on ne peut rester indifférent.
Il n’y a pas de peut-être que oui, peut-être que non. Il n’y a pas de « je verrais bien demain ».
Tant que Dieu ne se montre pas dans le Christ, on peut toujours dire, quand il aura parlé je me déciderai.
Il a parlé. Il est venu, il s’est montré ; il n’a pas caché sa divinité ; il n’a pas caché le fait que maintenant le chemin vers Dieu passe par lui. Il est Dieu, donc le seul Dieu. Il est le seul sauveur.

Face à cette vérité manifestée pas d’indifférence possible. Rester indifférent c’est refuser le Christ. Rester indifférent c’est faire comme Pilate. « Qu’est-ce que la vérité ? ».
Alors il y a ceux qui choisissent et ceux qui refusent. Il y a aussi ceux qui ne connaissent pas encore ou si mal que leur choix ne peut être libre. Mais concrètement il est venu semer la décision. Et décider c’est renoncer à autre chose. Et cela me sépare de ceux qui ne font pas le même choix.

Maintenant que le Christ est venu, il nous faut choisir, donc renoncer et donc accepter d’être séparé de ceux qui choisissent autre chose.
Vous le savez très concrètement. Ce matin vous n’êtes pas en train de faire du vélo dans la campagne. Je n’ai rien contre le vélo mais vous êtes venus dire à Dieu, je crois en toi. Vous êtes venus dire mon Dieu, c’est le Christ. Et au matin de Pâques qui tombe un dimanche, il est ressuscité. Alors pour le célébrer eh bien je choisis, je coupe avec d’autres activités qui sont bonnes en soi. Il n’empêche, ce matin je ne regarde pas téléfoot, je raterai probablement turbo et je ne suis pas en train de faire du vélo. Parce qu’il y a plus important, il y a Dieu, la vérité, le seul sauveur qui est là et m’attend.

On oublie parfois cette radicalité de ce que coûte de choisir le Christ parce qu’on a la chance d’être un pays en paix. Mais pour les pays où les chrétiens sont persécutés, c’est bien la division que suivre le Christ apporte. Ce n’est pas la paix tranquille, l’absence de combat. C’est le combat qu’il apporte.
On l’aperçoit parfois chez nous dans des situations difficiles quand dans une famille, tout le monde ne vit pas de la foi. Monsieur croit en Dieu, madame s’en fiche, monsieur va à la messe le dimanche, ça pourrit la vie de famille.
On le voit pointer à l’horizon chez nous, il y a des situations sociales, politiques où le fait d’être chrétien me met à part ; le monde pense que nous sommes intolérants, que nous n’aimons pas les gens quand je dis juste tuer un innocent dans le ventre de sa mère ou parce qu’il est malade ce ne sera jamais un bien. Lorsque je choisis de dire, la vérité sur l’homme on peut la connaître parce que Jésus est venu et il est Dieu, cela crée pas mal de divisions.

Je suis venu apporter la division….

Je ne sais pas où me mènera le fait de suivre le Christ. Je ne sais si j’en serai un bon témoin ou pas quand il le faut. Je ne sais si j’aurai le courage de me décider pour lui aux jours vraiment compliqués. En revanche pour le suivre et être son témoin, saint Paul nous donne un chemin. Il nous dit clairement, le premier combat que nous avons à mener, ce n’est pas contre les autres, c’est contre ce qui nous alourdit. Presque au retour d’été, nous pouvons faire un régime. Débarrassez-vous du péché qui nous alourdit si bien, en gardant les yeux fixés sur le Christ.

Le premier combat pour que le monde se décide pour le Christ, c’est que moi je me décide tout entier. Cela passe par le combat spirituel personnel, renoncer au péché avec l’aide de Dieu, pardonné et guéri par lui.

Le concile Vatican II dit un peu la même chose quand il s’interroge sur les causes de l’athéisme. Dans les causes, il y a ce passage pas très agréable pour nous de Gaudium et Spes : « dans cette genèse de l’athéisme, les croyants peuvent avoir une part qui n’est pas mince, dans la mesure où, par la négligence dans l’éducation de leur foi, par des présentations trompeuses de la doctrine et aussi par des défaillances de leur vie religieuse, morale et sociale, on peut dire d’eux qu’ils voilent l’authentique visage de Dieu et de la religion plus qu’ils ne le révèlent ». Bref pour que le monde puisse croire, il faut que je commence, que je me décide pour Dieu et que cela se voie !

Se décider pour le Christ, voilà l’appel que Jésus nous lance dans l’évangile. C’est un appel radical, qui divise, sépare d’avec les indifférents ou d’avec ceux qui rejettent. Mais le but ultime n’est pas de faire partie d’une secte, mais de rassembler autour du Christ l’humanité divisée, car il est la vérité. Et il l’est pour tous. Pour être des bons témoins de la vérité du Christ aujourd’hui, prenons le chemin, commençons au moins ; débarrassons nous de tout ce qui nous alourdit et prenons les moyens par l’intelligence de la foi catholique, une vraie vie morale qui donne envie, une vraie vie religieuse source de notre vie.

Alors nous mettrons le feu sur la terre, non pas celui de la destruction et de la division, mais celui de l’Esprit saint qui enflamme les cœurs et les intelligences pour proclamer Jésus Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père.

(Père Stéphane LOISEAU, Homélie pour le 20e dimanche du Temps Ordinaire, Saint-Sulpice, 18 août 2013)

 

image_pdfTélécharger en PDFimage_printImprimer
Print Friendly, PDF & Email

Les commentaires sont fermés.