Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas ?

33 On disait un jour à Jésus : « Les disciples de Jean jeûnent souvent et font des prières ; de même ceux des pharisiens. Au contraire, tes disciples mangent et boivent ! »
34 Jésus leur dit : « Est-ce que vous pouvez faire jeûner les invités de la noce, pendant que l’Époux est avec eux ?
35 Mais un temps viendra où l’Époux leur sera enlevé : ces jours-là, ils jeûneront. »
36 Et il dit pour eux une parabole : « Personne ne déchire un morceau à un vêtement neuf pour le coudre sur un vieux vêtement. Autrement, on aura déchiré le neuf, et le morceau ajouté, qui vient du neuf, ne s’accordera pas avec le vieux.
37 Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement, le vin nouveau fera éclater les outres, il se répandra et les outres seront perdues.
38 Mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves.
39 Jamais celui qui a bu du vieux ne désire du nouveau. Car il dit : ‘C’est le vieux qui est bon.’ »

Evangile de Jésus Christ selon Saint Luc (5, 33-39)


Jésus et ses disciples.
Leur comportement étonne. Un jour de sabbat, ils glanent quelques épis de blé dans un champ.
Les juifs pieux n’auraient pas fait cela. Le jour du sabbat, on ne travaille pas donc, on ne moissonne pas.

Ce soir, dans le passage qui précède immédiatement, Jésus et ses disciples se font critiquer parce qu’ils ne respectent pas les jours de jeûne. Se priver de manger, certains jours, c’est bon pour la santé, celle du corps et celle de l’âme. C’est une pénitence qui plait à Dieu.  Avoir faim sert aussi à se rappeler ce que souffrent ceux qui n’ont pas de nourriture suffisante.
Jeûner est une pratique bonne et recommandable.

On dit à Jésus : Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas ? Ils savaient sans doute que Jésus, lui, jeûnait.

La réponse de Jésus est tout à fait surprenante. Elle est formulée comme une énigme : «  Est-ce que vous pouvez faire jeûner les invités de la noce pendant que l’Epoux est avec eux ? »
Non, bien sûr, un jour de mariage, on ne jeûne pas. Mais qui sont ces invités ? Et qui est l’Epoux ? Et quel est ce mariage ?

Les invités sont clairement les disciples de Jésus. Jésus veut expliquer pourquoi ils ne jeûnent pas. Mais qui donc est l’Epoux ?

Jésus dit de lui : « un temps viendra où l’Epoux leur sera enlevé ». On devine quelque chose de dramatique. L’Époux ne va pas partir pour un voyage de noces. Il va disparaître, et après, on jeûnera.

Nous devinons que Jésus parle de lui et qu’il prophétise le jour où il va disparaître.
Les trois années que les premiers disciples de Jésus ont vécues avec lui pendant sa vie publique étaient donc à comprendre comme un temps de fête.  Il leur arrivait quelque chose de merveilleux. C’était le temps de la joie. Ce n’était pas le temps du jeûne.

Mais pourquoi prendre la comparaison d’un mariage ? Pour comprendre, il faut bien connaître la Bible. Dans les livres des prophètes, on trouve de très beaux textes dans lesquels Dieu se présente comme l’Époux de son peuple. Le Peuple de Dieu est désigné par des mots au féminin comme «  Jérusalem » ou «  Fille de Sion » et Dieu dit : «  Je vais te fiancer à moi, je t’épouserai de nouveau, je ferai alliance avec toi. »
La nouvelle « alliance » que Dieu promet n’est pas comme une alliance politique, pas seulement, c’est une alliance d’amour. Ce sont des noces.

Une conclusion s’impose : Jésus savait très bien qui il était.  Il était Dieu parmi nous, et il le savait.
Il ne voulait pas dire clairement qu’il était le messie. C’était trop tôt. Il ne voulait pas davantage lire qu’il était le Seigneur, un seul Dieu avec le Père et le Saint-Esprit.
Pourtant, c’était clair pour lui. Avec sa venue parmi les hommes, c’était la grande rencontre entre Dieu et l’humanité. La nouvelle Alliance annoncée par le prophète Jérémie s’accomplissait. Et Dieu, c’était lui. Il était « Le Seigneur ». Il était « l’Epoux ».

Ce jour-là, sans en avoir l’air, Jésus laissait apparaître qu’il était conscient de sa divinité.
Il était homme – et il était Dieu. Les disciples n’avaient pas compris tout cela, mais ils avaient compris au moins une chose (et beaucoup d’autres) : Ce n’était pas le moment du deuil.

Jésus ne faisait pas partie de  ces gens qui sont moqueurs et qui vous font rire. Jamais il n’est dit que Jésus s’amusait. Par contre, il parlait de bonheur et il rendait heureux. Une joie paisible, confiante, profonde, pure.
Avec lui, ils n’étaient pas comme à des noces vulgaires où on s’amuse. Ils étaient comme à des noces magnifiques et sérieuses, les noces de grands amoureux qui seraient des saints.

Quel bonheur ! Quelle liberté !

Mois après mois, tous les 1ers vendredis, nous nous réunissons dans cette église pour exprimer ensemble notre amour de Jésus.  Nous sommes ses disciples. C’est lui qui nous rassemble.  C’est lui qui est notre joie. Dans notre vie, il y a place pour le jeûne parce que Jésus n’est plus visiblement présent. Sa parole s’est accomplie : Il nous a été « enlevé ». Il nous laisse mener le combat qu’il a lui-même mené, le premier, aux jours de son agonie et de sa passion.

Mais jeûne et pénitence ne sont pas notre seule façon de lui être fidèle. La joie des premiers temps de l’Evangile n’est pas perdue. Nous avions pu le croire loin, et voici qu’il nous donne des signes de sa présence. Les heures de joie succèdent aux heures de peine. Quand on lit le Petit Journal de Sainte Faustine, on constate qu’elle passe souvent de la détresse à la joie et inversement. Avec une immense générosité, elle accepte de souffrir, unie à Jésus pour la conversion des pécheurs, même les plus désespérés. Mais il lui arrive souvent que Jésus se manifeste à elle. Elle a cette grâce extraordinaire de nombreuses apparitions. Tout se passe alors comme dans notre évangile. Il n’y a plus de place pour la tristesse.

Par sa consécration religieuse, elle s’est donnée au Christ comme une épouse. Quand il lui apparaît, c’est une joie indicible. La joie des Noces.

Père JL LACROIX

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