Augmente en nous la foi

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! »
Le Seigneur répondit : « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous obéirait.
Lequel d’entre vous, quand son serviteur vient de labourer ou de garder les bêtes, lui dira à son retour des champs : ‘Viens vite à table’ ?
Ne lui dira-t-il pas plutôt : ‘Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et que je boive. Ensuite tu pourras manger et boire à ton tour.’
Sera-t-il reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ?
De même vous aussi, quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous : ‘Nous sommes des serviteurs quelconques : nous n’avons fait que notre devoir.’ »

Jésus dit successivement deux choses à ses disciples. Elles ne sont pas très faciles à comprendre.
Je commence par la seconde. Jésus dit – il nous dit : vous êtes des serviteurs. Des serviteurs quelconques. On pourrait traduire : “bons à rien, inutiles”.
Un serviteur qui fait son travail, on ne trouve pas cela extraordinaire. On ne lui fait pas de grands remerciements. Même quand il a fait un effort, par exemple pour travailler plus tard le soir, on trouve cela assez normal.
Jésus nous dit cela à nous, ses disciples : “Dites-vous, nous sommes des serviteurs quelconques.” Pourquoi Jésus dit-il une chose pareille ? Avant de répondre, essayons de comprendre la première chose que Jésus dit.

Les Apôtres avaient fait une demande : “Augmente en nous la foi !” C’était une belle prière. On aurait pu attendre que Jésus les félicite : “Bravo ! Je sais que vous avez la foi. Je vous en félicite. Et je vous félicite d’avoir dans le cœur le désir que votre foi devienne plus grande encore.”
Que répond-il ?  “La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez à ce grand arbre d’aller se planter dans la mer, et il vous obéirait.” Autrement dit : un tout petit peu de foi suffirait à faire de très grands miracles. Voilà quelque chose de difficile à admettre !

Les Apôtres pensent, comme vous, comme moi, qu’ils ont la foi. Si je vous demandais : “Est-ce que vous avez la foi ?”, qu’est-ce que vous répondriez ?
Quelques-uns répondraient peut-être : “Je ne sais plus très bien.” La plupart, vous pourriez dire : “Bien sûr ! Vous voyez bien que nous avons la foi puisque nous prenons le temps de prier. Tout le monde ne peut pas faire cela.”

Les Apôtres pensent qu’ils ont la foi. Jésus leur dit : “J’aimerais bien que vous en ayez un tout petit peu, gros comme une toute petite graine.” On appelle cela une provocation. Jésus veut nous faire réagir. Il nous met au défi de croire vraiment, d’être logiques avec notre foi. Il sait bien que ses disciples, en fait, sont hésitants dans leur foi. Ils croient et ils ne croient pas. Ils ont un peu de foi, mais cette foi est mélangée de doute.

Nous aussi, nous avons une certaine foi et, cependant, nous hésitons. Parfois, il nous arrive de nous en vanter. On dit : “La foi n’est pas une certitude. Elle suppose le doute.” Nous avons peur d’être pris pour des naïfs ; alors nous expliquons que nous sommes croyants, oui, oui, mais pas vraiment. Si ne nous sommes “pas vraiment” croyants, alors oui, notre foi est proche de zéro. Elle n’atteint pas la taille d’une graine de moutarde et, finalement, elle ne change rien.

Quel rapport avec l’histoire des serviteurs quelconques ? Dans les deux cas, Jésus veut secouer ses disciples, si vous me permettez l’expression. Il constate que nous avons très vite tendance à être contents de nous et à attendre des félicitations. Il peut cependant arriver que notre foi soit vraiment très peu de chose.

Depuis qu’il a été élu, le pape François n’arrête pas de dire des choses semblables. D’un côté, il est très encourageant, très compréhensif. D’un autre côté, il a des paroles très, très fortes pour nous demander de choisir vraiment l’Evangile. Il dénonce la vanité, l’égoïsme, l’indifférence au malheur d’autrui. Il dit qu’on peut être prêtre, évêque ou pape et avoir l’esprit mondain, ce qui veut dire, prétentieux, comme quelqu’un qui attend toujours d’être admiré.

L’Evangile de ce dimanche me semble très bien résumer ce que le nouveau pape est en train de nous dire : “S’il vous plaît, mettez-vous à croire vraiment, vous qui êtes chrétiens. Vous ferez alors des choix courageux. Vous ne verrez plus la vie de la même façon. Tout changera !

Depuis bientôt un an, nous vivons l’Année de la Foi. Au fil des mois, nous avons mieux pris conscience du trésor que représente la foi. Nous avons souvent récité ce “Je crois en Dieu”.
Nous avons souvent renouvelé notre acte de foi. Cet après-midi, pour ceux qui iront à Notre-Dame, ce sera encore une façon de franchir la “porte” de la foi, avec tout le sérieux et la sincérité dont nous sommes capables.

Je vous propose que le Credo que nous allons réciter dans un instant soit pour nous tous, ensemble, une façon de choisir vraiment de croire.
Ensuite, nous ne demanderons pas à un arbre de se planter dans la mer, mais nous essayerons d’être logiques. Nous accepterons d’être des serviteurs de Dieu, qui font sa volonté.

Père Jean-Loup LACROIX

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