Une lettre de M. Letourneau sur les miracles (1904)

Mgr Jacques Perrier, ancien évêque de Tarbes et Lourdes, nous a fait parvenir un document tout à fait intéressant. Il s’agit d’une lettre de « Monsieur Letourneau » qui fut curé de Saint-Sulpice de janvier 1900 à début août 1926. La lettre est publiée le  6 novembre 1904 dans le « Journal de la Grotte », la publication officielle des Sanctuaires de Lourdes.
La lettre de M. Letourneau est précédée d’une introduction du rédacteur du Journal et suivie d’une petite notice sur un ex voto laissé à Lourdes par un prédécesseur de M. Letourneau : Monsieur Hamon  (curé de Saint-Sulpice de juillet 1851 à décembre 1874, photo ci-dessous). Je remercie Mme Roblin d’avoir dactylographié l’ensemble de ces documents. (JLL)

A PROPOS DES GUÉRISONS DE LOURDES
Ce que les catholiques ne peuvent pas produire à volonté
La fuite et la peur du Surnaturel
Hommage au Surnaturel

M. l’abbé Letourneau, curé de St.-Sulpice, – nos lecteurs s’en souviennent sans doute, – a séjourné à Lourdes pendant le dernier Pèlerinage national. Il a même présidé l’une des Processions du T.S. Sacrement de cette grandiose manifestation de foi et, sous la bénédiction donnée par lui avec l’ostensoir, une paralytique, puis une seconde, puis d’autres malades encore se sont levés.
Le pieux et docte curé de St-Sulpice a de plus assisté à l’examen médical des privilégiés de la Vierge Immaculée au Bureau des Constatations dont les travaux l’ont vraiment intéressé. Par ailleurs, il a suivi et suit encore plusieurs de ces cas, qui lui ont paru des plus remarquables.
L’étude de ces guérisons a suggéré à M. l’abbé Letourneau de très judicieuses remarques qu’il a bien voulu, il y a un mois environ, communiquer à M. le Dr. Boissarie, dans une lettre écrite au vénéré Président de notre Bureau médical pour le féliciter de son article intitulé Les Guérisons de Lourdes.
Nous devons à la bienveillance de M. Boissarie de pouvoir, à notre tour, faire profiter nos lecteurs de ces observations si justes et si consolantes.
Ce préambule posé, citons M. le Curé de St.-Sulpice :

Monsieur le Directeur,

Voulez-vous me permettre de vous soumettre une considération qui m’a beaucoup frappé, au cours de mon dernier pèlerinage, et qui, à mon sens, mérite l’attention de tout esprit sérieux, positif et loyal.
Les adversaires des guérisons miraculeuses de Lourdes exposent souvent leur pensée de la manière suivante :
“Les Catholiques, disent-ils, obtiennent à volonté des révolutions physiologiques surprenantes par l’éclat de leurs cérémonies sublimes, par leur culte grandiose, par leurs dogmes stupéfiants, etc.”
“Il n’y a donc pas lieu d’être surpris de ce qui se passe à Lourdes. Encore un coup, les Catholiques, par des procédés connus, peuvent obtenir des transformations biologiques très salutaires aux malades.”

Au premier abord, ce raisonnement paraît solide, scientifique, décisif, à beaucoup d’esprits sérieux. De fait, ce raisonnement n’est ni solide ni scientifique ni décisif. Où est la preuve de cette affirmation solennelle : “Les Catholiques produisent à volonté des phénomènes analogues à ceux de Lourdes ?”
Sur quelle observation sérieuse repose cette assertion ?
Cette assertion ne s’appuie sur aucune base réelle.
Il est tout à fait faux que les Catholiques puissent, à volonté, produire des phénomènes semblables à ceux de Lourdes.
S’ils en étaient les maîtres, ils ne manqueraient pas d’user de ce pouvoir.
De fait, ils n’y songent même pas.
Depuis 44 ans, il y a eu en France, en Italie, en Espagne, en Belgique, en Prusse rhénane, en Irlande, au Canada, au Mexique, etc., des manifestations religieuses très nombreuses et très grandioses.
Comment se fait-il que nulle part, absolument nulle part, on n’a constaté une série de phénomènes semblables aux guérisons de Lourdes ?
On a pu constater, ici ou là, quelques guérisons rares, très rares, isolées, très isolées.
Nulle part on n’a observé une succession analogue à celle de Lourdes.
En vérité, les Catholiques ne peuvent pas s’empêcher de rire lorsqu’on vient leur dire tranquillement qu’ils ont dans les mains un pouvoir magique capable de toutes les révolutions physiologiques. Supposons que, demain, le Supérieur des Chapelains de Montmartre ou de Paray-le-Monial, le Recteur de Fourvière ou le Curé de N.D. des Victoires viennent annoncer au public que, pendant l’hiver prochain, ils vont perfectionner toutes leurs cérémonies, les rendre plus splendides, plus enivrantes (?) que jamais, – et que par ces moyens, ils comptent obtenir des guérisons comme à Lourdes. Quelle sera l’attitude des Catholiques en face de ces annonces stupéfiantes ? Ils souriront ou, plutôt, ils gémiront en voyant ces prêtres vénérables débiter des choses aussi insensées.
Non, nous n’avons pas le pouvoir de produire à volonté des guérisons comme à Lourdes ; et, s’il se passe à Lourdes depuis 44 ans, des phénomènes extraordinaires qui ne sont pas constatés ailleurs, c’est que nous nous trouvons, à Lourdes, en face d’une puissance  secrète qui, depuis 44 ans agit spécialement en ce lieu, et non ailleurs. Et, si l’on veut être sincère, positif, loyal, on doit se mettre à chercher la nature de cette cause cachée qui opère à Lourdes d’une manière si singulière.
Vous connaissez le nom béni de cette Puissance mystérieuse, Monsieur le Docteur, et vous le révérez depuis longtemps. Vous souffrez, je le sens de voir que tant de savants, tant de médecins, même catholiques, refusent d’honorer cette Puissance céleste dont la gloire vous est chère. Vous connaissez l’admirable mot de Pascal que Paul Bourget cite d’une manière si opportune à la fin de son Disciple : “Tu ne me chercherais pas, si tu ne m’avais déjà trouvé.”
Comme Dieu, la Sainte Vierge peut dire aux cœurs rebelles : “Tu ne me fuirais pas, si tu ne m’avais déjà rencontré.

Veuillez agréer, Monsieur le Docteur, mes sentiments de respectueuse sympathie, avec tous mes remerciements pour l’accueil que vous m’avez fait.

J. LETOURNEAU
Curé de S.S.

UN “EX-VOTO” DE LA BASILIQUE DE NOTRE-DAME DE LOURDES. M. L’ABBE HAMON, CONSACRANT LA PAROISSE DE S. SULPICE A NOTRE-DAME DE LOURDES

André-Hamon-Curé-de-St-Sulpice-1851-1874Nous sommes heureux de pouvoir, – à l’occasion de la publication de la Lettre adressée par M. l’abbé Letourneau, curé de St.-Sulpice, de Paris, à M. le Docteur Boissarie, mettre sous les yeux de nos lecteurs l’un des Ex-voto de notre Basilique. Il représente un prédécesseur du Curé actuel de S. Sulpice, consacrant sa paroisse à N.D. de Lourdes. Cet Ex-voto consiste en une statue de bronze argenté. Sur son soubassement de marbre blanc, une plaque de cuivre porte cette inscription : “André Hamon, XIIè Successeur de Jean-Jacques Olier – Dans la Cure de S. Sulpice à Paris – consacre sa paroisse à N.D. de Lourdes – 10 juin 1874. Cet Ex-voto se trouve à la Basilique, dans la chapelle dédiée à N.D. des Victoires, à droite.

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