La Victoire sur la mort

Rubens-incrédulité-saint-ThomasDans l’Église orientale, l’image de Pâques figure l’événement que nous confessons dans le credo en disant : « Il est descendu au royaume de la mort. » Elle montre comment le Seigneur a fait sauter les verrous de ce royaume. Elle le montre comme le vainqueur, celui qui a fait céder la forteresse apparemment imprenable de la mort.

Dans une ancienne homélie pour la nuit de Pâques, nous entendons les mots de Jésus Christ tels qu’on se les est imaginés. Il s’adresse à Adam : « Je suis ton Dieu, mais je suis devenu ton fils. Éveille-toi, toi qui dors, lève-toi d’entre les morts. Je ne t’ai pas créé pour la prison. » Cette phrase contient tout le message chrétien de Pâques. Et cette prison qu’ouvre le Christ n’est pas, bien sûr, en quelque abîme caché de la terre. Cette prison peut être partout, non seulement dans les prisons de ce monde, mais aussi en plein cœur du luxe et dans l’apparente liberté.

Autrefois, les prisonniers étaient coupés de la lumière du jour. La prison les condamnait aux ténèbres. En creusant la réflexion, on se rend compte que la captivité de l’homme consiste dans la perte de la vérité. S’il ne connaît pas la vérité, s’il ne sait pas qui il est lui-même, pourquoi il est sur terre, ce qu’est la réalité du monde, alors il ne peut que marcher à tâtons dans l’obscurité, il est captif.

C’est justement là que résident la noirceur et l’aliénation de notre époque : nous ne sommes plus capables de discerner la vérité et de croire en elle. Notre philosophie est celle de Pilate : qu’est-ce que la vérité ?

Nous considérons comme présomptueux et triomphaliste de prétendre que la foi chrétienne nous dit la vérité. Nous avons vaguement entendu dire que toutes les religions sont nées à tel ou tel moment de l’histoire, l’une comme ceci, l’autre comme cela, et que chacun doit se conformer à ce qui lui a été transmis par les hasards de sa naissance. Mais de cette manière, la religion, de vérité, devient habitude ; elle devient un jeu vain de tra­ditions qui ne signifient plus rien.

Chaque année, la fête de Pâques nous invite à faire un retour à notre baptême ; à saisir la main de la vérité qui nous est tendue et à nous laisser guider par elle jusqu’à la lumière. Renouveler le baptême et, par conséquent vivre la véritable fête de Pâques, qui est une libération, consiste pour nous à accueillir à nouveau la vérité de la foi et, en tant que croyants, à vaincre les ténèbres de l’absence de vérité.

Quiconque remet à plus tard la question de la vérité et la déclare peu importante ampute l’homme en lui ôtant justement l’essence de sa dignité d’homme. S’il n’est pas de vérité, tout le reste n’est qu’arbitraire. L’ordre social se transforme alors très rapidement en contrainte et en participation à la violence.

En cette heure pascale, nous voulons demander au Seigneur d’entrer dans les prisons du monde ; dans toutes les prisons qui sont occultées par la désinformation qui nous maintient tous dans les ténèbres et qui est alors notre prison à nous tous. Nous voulons lui demander d’entrer dans les prisons spirituelles de notre époque, dans les ténèbres de notre absence de vérité, qu’il se montre en vainqueur qui ouvre les portes et nous dise aussi : Sors!

Jésus nous tient la main, il nous entraîne dans son message pascal, dans le mystère des sacrements, pour que Pâques advienne maintenant, pour que la lumière du ciel illumine ce monde et que les portes s’ouvrent. Prenons sa main !

Joseph RATZINGER (Benoît XVI), « Le Christ libérateur », 1981

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