Homélie pour l’Ascension

Berna - Ascension-A« L’Ascension de ton Fils est déjà notre victoire : nous sommes les membres de son corps, il nous a précédés dans la gloire auprès de toi et c’est là que nous vivons en espérance. »

Ces mots sont adressés à Dieu. C’était la prière d’ouverture de cette messe. Elle exprime ce que nous croyons, ce que nous espérons.

L’Ascension du Christ nous concerne tous au plus haut point. Elle n’est pas seulement sa victoire ; elle est la nôtre. La gloire du Christ monté aux cieux, c’est quelque chose qui nous est destiné. Un jour, elle sera pour nous.

Est-ce que nous sentons bien les choses ainsi ? Je n’en suis pas très sûr.

Disons-le franchement, il se pourrait bien que, quand on nous parle de la gloire du Christ, cela sonne à nos oreilles comme ces mots creux, qu’on écoute au mieux avec indifférence.

Il y a les mots, et il y a l’événement : l’Ascension du Christ. Est-ce que cet événement nous parle ? Est-ce qu’il nous touche ? Peut-être pas assez.

La gloire céleste, nous fait-elle encore rêver ?

Dans son récit de l’Ascension, saint Luc raconte joliment que les Apôtres restaient à regarder le Ciel. Jésus avait disparu. Il n’y avait plus rien à voir. Ils ne se décidaient pourtant pas à admettre qu’ils ne le reverraient plus. Deux anges leur apparaissent : « Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? » On peut se demander si nous n’avons pas trop bien retenu la leçon. Ou plutôt : si nous ne l’avons pas déformée. Le problème n’est pas de regarder vers le ciel. Il est de « rester là », nostalgiques. Les anges annoncent que Jésus « viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. » En avant de nous, au bout de notre chemin, il y a cet avènement du Christ glorieux.

Peut-être sommes-nous gênés par la peur de nous montrer trop naïfs. Non, le Ciel que le Christ habite n’est pas quelque part au-dessus des nuages. Pas même plus haut, entre le soleil et les étoiles. Ni plus loin encore, dans quelque repli de l’espace-temps. Nous ne croyons pas ce genre de choses !

Quand Jésus monte au ciel, il s’en va vers une lumière qui dépasse toute imagination. Une immensité sans limite qui est la demeure de Dieu. Là où Dieu habite, pour dire les choses ainsi, mais plus encore là où l’on peut habiter auprès de lui. Dans une intimité d’amour.

Au jour de l’Ascension, pour essayer de dire les choses aussi exactement que possible, le Fils éternel de Dieu fait monter son humanité, corps et âme, dans ce « ciel » qui n’a jamais cessé d’être sa demeure. L’événement, c’est qu’un être humain est désormais, et pour toujours, celui qui règne au plus haut des Cieux.

Si nous cherchons des images pour mieux saisir cela, il faut les chercher dans tout ce qui exprime une réussite exceptionnelle : ce qui donne envie d’applaudir et de crier son enthousiasme.

Des artistes savent susciter cela. Des sportifs, aussi. D’autres encore. Ils savent se dépasser, faire ce qui semblait impossible. On est alors saisi. On comprend qu’il serait lamentable de réagir comme celui que plus rien n’étonne. On est enthousiaste et on voudrait que tout le monde le soit. Celui qui ne veut pas applaudir ne nous apparaît pas comme quelqu’un dont les goûts sont différents des nôtres, mais comme un sourd, un aveugle ou un ignorant.

Cet enthousiasme qui nous saisit devant ce que nous trouvons littéralement sublime peut nous aider à comprendre le sens véritable de la « gloire » dont parle l’Écriture Sainte. Elle n’est pas la renommée. Elle n’est pas ce qui se dit. Elle est cette beauté exceptionnelle qui mérite, en effet, que l’on en parle, mais qui n’est pas moins sublime si elle demeure méconnue.

La gloire du Christ demeure jusqu’à aujourd’hui une « gloire cachée », ce qui n’est pas contradictoire (voir Col 3,3-4).

Parfois, un spectacle n’est qu’à moitié réussi mais un acteur le « sauve » à lui seul par la qualité de son jeu. Parfois, de même, un chœur ou un orchestre reste loin de la perfection, mais un soliste donne le meilleur de son art et « rachète » l’ensemble. Il arrive aussi que tous soient au sommet de leur art, ensemble, portés les uns par les autres.

Le Christ est aujourd’hui comme cet artiste sublime qui « sauve » la prestation de ses partenaires. Notre grâce présente est d’unir nos voix à la sienne, ce que nous ne méritons pas.

En chantant avec lui, nous sommes « tirés vers le haut ». Il nous commande d’être « parfaits ». C’est chose impossible. Pourtant, c’est bien l’objectif qu’il nous fixe (Mt 5,48).

Notre rêve est de parvenir un jour à son niveau, non pas à force de travail, ni parce que nous en aurions les capacités, mais par un don venant de lui. Par pure grâce, littéralement. Ce jour-là, au ciel, nous chanterons avec lui avec tous les saints, parmi les chœurs angéliques.

Un rêve ? Trop beau pour ne pas être ridicule ? Non. C’est une promesse. Pour tous.

Je citais en commençant la prière d’ouverture de cette messe de l’Ascension. La préface, tout à l’heure, insistera encore : « Le Seigneur Jésus est aujourd’hui ce roi de gloire devant qui s’émerveillent les anges. Il s’élève au plus haut des cieux. En entrant le premier dans le Royaume, il donne aux membres de son corps l’espérance de le rejoindre un jour. »

29 mai 2014

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